Lundi 20 août 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl

J’étais assis sur le banc à attendre le métro dans cette odeur nauséabonde d’un lendemain de samedi soir berlinois, le sol jonché de bouteilles de bière à moitié vides. J’étais donc assis sur ce banc lorsque je l’ai aperçue. Elle descendait consciencieusement les marches menant aux quais, derrière ce jeune homme qui, la clope au bec, portait son cadi de supermarché. Elle s’est arrêtée à ma hauteur, me scrutant de la tête aux pieds, un sourire au coin des lèvres. J’ai d’abord cru qu’elle était une de ces « collectionneuses » qui pour se payer de quoi manger sillonnent la ville et ses poubelles en quête de précieuses bouteilles consignées. Mais il n’en était rien : pas de bouteilles vides dans son cadi mais des livres, un tas de livres. Elle a engagé la discussion, me demandant de l’aider à monter son cadi dans le métro, car avec ses « un peu plus de 80 ans » elle n’y arrivait plus toute seule. Mon léger accent français l’a fait tiquer, elle souhaitait alors en savoir davantage.

Mamie Braille a consacré sa vie aux aveugles. Elle pousse tous les jours son cadi rempli de livres en braille, se rendant chez des non-voyants, petits et grands, qu’elle initie à la lecture. J’ai été étonné par sa lucidité, sa curiosité, son savoir et son envie de partager. Nous avons abordé bien des sujets, ses petits yeux bleu clair me fixant sans relâche. J’ai appris pêle-mêle, qu’elle avait été « victime de la Stasi », la police politique du temps de la RDA. Depuis, la politique la dégoûte : ils n’ont tous qu’une préoccupation, « Merkel, comme ces beaux messieurs de l’UE », c’est le pouvoir et l’argent. J’essayais de tempérer ses propos, lui faisant remarquer que l’Union Européenne était une belle réalisation, porteuse d’espoir. Elle s’empressa de me mettre en garde contre « le fossé entre la théorie et la réalité ». Elle s’offusquait de la politique sociale en Allemagne, de l’inexistence du salaire minimum, de la répression de l’opposition en Russie. De temps à autres elle s’interrompait pour me poser une question, puis, écoutant ma réponse, elle enchaînait sur un autre sujet, inspirée par l’actualité ou un souvenir enfoui. Son visage s’est éclairé en évoquant son voyage à Paris. C’était il y a à peine deux ans, elle faisait découvrir cette ville, qu’elle découvrait pour la  première fois, à une jeune aveugle. Elle a fini par me demander ce que j’étudiais. « Economie ? Ah oui, ce truc, c’est bien la mode en ce moment… les jeunes ne font plus des études de sociologie ».

Je l’ai quitté un pincement au cœur, deux arrêts avant le sien. Elle s’est levée, m’a accompagné jusqu’à la porte et m’a serré longuement la main. Elle m’a souhaité une belle vie, pleine de bonheur. Le métro est reparti, Mamie Braille à l’intérieur, le visage collé à la fenêtre, agitant ses deux mains en guise d’adieu.

commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mercredi 20 juin 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl
Son, lumière, nuages, champs, usine, espace, feux, electro, bière, athmosphère, contraste, amis, berlin... c'était le week end dernier, au nord est de Berlin, le festival suédois, oy oy oy...

commentaires (2)    ajouter un commentaire
Jeudi 3 mai 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl
Jean Claude Popot est un médecin français qui vit à Berlin depuis de nombreuses années maintenant. C’est la deuxième fois que je vais le voir, et je crois que ce sera bien la dernière. Popot ne paye vraiment pas de mine, son cabinet non plus. Il a la cinquantaine, des grosses lunettes carrées aux montures bariolées bien épaisses qui lui tombent sur le bout du nez, il porte des vêtements qui sentent le vécu. Quand il tape, à un doigt, sur le clavier de son ordinateur, il relève le menton et prend cet air de taupe qui vous rend plein de compassion. Popot s’embrouille facilement quand il entame une discussion. Hésitant, il faut, pour lui donner toute sa confiance, bien s’accrocher, être attentif, se pencher en avant, froncer les sourcils et hocher lentement de la tête.

Je suis allé voir Popot pour un banal certificat médical de « bonne santé », certificat nécessaire pour établir mon contrat de travail temporaire à l’Organisation Mondiale de la Santé. Je précise, car ce détail n’est pas sans importance.

Nous engageons la conversation et lorsqu’il apprend que je ne suis pas vacciné contre l’Hépatite B, Popot s’excite soudainement : « Ahhh, baffff, ahhhh, mais ca faut pas ca, hein ! Faut faire l’Hepatite B ! Nous, c’est le seul pays, la France qui voulait pas le faire. Mais tous les autres pays, ils ont rien dit, ils font l’Hépatite B. En France, y a eu un débat au moment, avec Kouchner, et il a hésité avec les tests, du coup, y en a un il s’est fait dessus. Ouais ouais, y en a un il s’est fait dessus, il avait peur avec les tests, et du coup, y a des gens qui ont pas le vaccin. Mais faut le faire hein ! Ca craint rien, c’est juste il s’est fait dessus, mais tous les autres ils ont l’Hépatite B, hein ! » Puis, Popot m’osculte, pas plus de trente secondes. Il tâte mes ganglions sous les dessous de bras, à la gorge, prends ma respiration et c’est fini, c’est bon, je suis en bonne santé !

Entre temps nous discutons, il me pose pas mal de questions sur mon boulot à l’OMS, me demande si je travaille dans d’autres organisations et si j’ai de la famille dans ces organisations. Lorsque j’évoque l’OIT, l'Organisation Internationale du Travail, il devient assez nerveux, s’arrête soudainement, et me demande : « C’est quoi ça ? C’est pas un syndicat hein ? » Je le rassure, lui explique rapidement ce qu’est l’OIT. Puis c’est l’heure de remplir mon certificat, je lui tends l’exemplaire pré rempli fourni par l’OMS, sur lequel il n’a qu’à cocher une case, signer et apposer son tampon. Il le lit silencieusement, très très attentivement, mot pour mot, jusqu’en pied de page où il est spécifié que je serai dédommagé à hauteur de $ 50 pour les frais de ma visite médicale. Popot se tourne vers son écran, se met en mode taupe, utilise son doigt à ordinateur pour accéder à mes informations, rempli le certificat, me sort sa facture et m’annonce «  41, 56 euros. Euuh vous pouvez virer sur mon compte… euhh en plus c’est moins que 50 dollars. »

Hum hum, je me gratte la gorge, et lui tend innocemment ma carte Vitale et ma carte de sécurité sociale européenne. « Ahhh non ! ça marche pas la, c’est pas bon, ah non bahhh non ca marche pas. » « Enfin comment ça ça ne marche pas ? La dernière fois, vous avez utilisé ma carte vitale, et je vous ai réglé 10 euros. Qu’est ce qui change ? »

Et la, envolée lyrique de monsieur Popot !

« Ahh bahh c’était la dernière fois, euuhhh je sais pas, c’était pas pareil, ouais ouais, c’était la dernière fois. Vous aviez une vraie maladie, la c’est de l’administratif que je vous ai fait. La dernière fois, vous étiez malade, donc bahh j’étais gentil, je sais pas moi, c’est pour ca que vous avez payé dix euros, ouais parce que j’étais gentil. Mais bon euhh je peux pas etre gentil tout le temps moi. La en plus, je vous ai donné des conseils, je vous ai orienté, c’est pas rien, hein… euhhh c’est pas gratuit hein, moi je vous oriente, hein, bahhh 8 ans d’étude et les gens y croient que c’est rien la, et que c’est gratuit ce qu’on dit. Cette fois, c’est autre chose, je peux pas vous expliquer, c’est trop long mais ca marche pas, hein la carte vitale. C’est pour la France, et la c’est pas la France, c’est différent, et je peux pas vous dire, c’est trop long… »

Voyant mon air hébété, il se veut rassurant :

« Mais je peux vous faire une réduction hein, euhhh je veux dire, une réduction… moi aussi j’ai étudié, pas de bourse, pas d’argent… mais bon, faut comprendre, faut payer, faut que je vive, hein, ma secrétaire c’est 2500 euros par mois, c’est pas gratuit ca hein. Moi ici je gagne rien, hein, je gagne moins qu’un enseignant, hein, mais ça vous le savez pas… »


Mais le meilleur restait à venir !

« Hein moi je vous conseille, hein je vous oriente ! C’est nécessaire, hein… parce que une fois sur deux, quand on a des gros ganglions sous les bras, et bahhh c’est le… SIDA ! Ouais ouais, c’est le sida, une fois sur deux avec les gros ganglions ! Bon bon… euh voila ! »

Je me lève tranquillement, le rassure du mieux que je peux en lui disant que je ne sous estime absolument pas son travail et que je ferai le virement sur son compte rapidement. Il me raccompagne, prend encore le temps de m’expliquer que la vie est chère, qu’il ne gagne pas beaucoup, et qu’il boit du bon pinard le soir mais n’en abuse pas, qu’il a une voiture d’occasion qui avait déjà 5 ans quand il l’a acheté, etc…

Sur sa facture, les soins administrés sont détaillés et mentionnent :

-          Consultation détaillée : 20,11 euros

-          Examen d’un organe : 21,45 euros

-          Diagnostic : Certificat d’aptitude pour mission à Genève à l’OMS

Ahh mon cher Popot, tu m’as bien fait rire sur le chemin du retour. Cependant, même si tu me fais de la peine, je ne pourrai te régler cette brillante consultation, ce ne serait pas bien raisonnable, n’est ce pas ?

 

commentaires (2)    ajouter un commentaire
Mardi 17 avril 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl


Mauerpark heute.


bier frisbee joy

rufen mich an

Welly Welly Will        
April, the 15th  
       
commentaires (1)    ajouter un commentaire
Mardi 24 octobre 2006
par gabo publié dans : Berliner Kindl

Champion, Mr Champion. C’était son nom à ce vieux monsieur chauve au ventre rebondi. Il dispensait les colles de philo aux prépas du lycée Champollion du temps où je réfléchissais encore. Je me souviens parfaitement du soir où il m’a scotché en me demandant de préparer ma colle, prestation orale de 20 minutes, sur le sujet, je cite : « bonjour, vous allez bien ? » Je vous épargne les détails de mon exposé raté, venons en à l’essentiel : la fonction phatique du langage.

Cette fonction me disait Mr Champion est utilisée afin de provoquer et de maintenir le contact entre le locuteur et l’allocutaire. Les banalités du genre « ca roule mec ? », « tu viens d’où ? », ou encore « quel beau temps Charles n’est ce pas ? » se rangent par exemple dans la catégorie phatique de notre langage. On ne parle pas de faits, on cherche à nouer le contact et on est simplement en relation. C’est une manière de reconnaitre la présence de l’autre et de lui manifester de l’intérêt. Il s’agit en général d’une première étape de mise en confiance qui peut par la suite mener à un dialogue riche, construit, instructif, ou tout simplement plaisant. Ce n’est cependant pas toujours le cas : cette fonction peut également avoir le désagrément, ou l’avantage, de mettre à nu et de dévoiler en un rien de temps la personnalité et la connerie du locuteur. Bref, pour résumer, dès les premiers mots prononcés, c'est-à-dire à peine la phase phatique entamée, on peut très bien éprouver la folle envie d’asséner au malheureux type qui vous parle un enchaînement coup de tête-balayette-manchette.

Ca m’a plusieurs fois démangé samedi dernier. J’étais à Wedding, un quartier tout à fait respectable du nord de Berlin. Les turcs y sont un peu plus nombreux que dans le reste de la ville. M’étant incrusté dans la soirée d’une prestigieuse école de commerce française aux multiples campus, j’observais timidement, un verre à la main, les jeun’s troooop cooooools se déhancher sur du son troooooop coooool aussi. Un type m’interpelle : « Salut, tu viens d’où ? » Je lui explique brièvement que j’habite à Friedrichshain (quartier est de Berlin) et que je suis ici pour un stage de 6 mois. Sur quoi il répond : « Moi, à Paris j’habite dans le Marais (quartier très chic de Paris à ce que j’en ai déduis), à Londres j’étais plein centre, par contre à Berlin j’habite à Wedding ! Si ça continue, l’année prochaine je vais finir dans un bidonville de Calcutta ! » Et ça le fait marrer. Bruyamment d’ailleurs, pas peu fier de sa blague le bougre. Moi je suis resté tout con, avec un léger sourire, par compassion…

Un peu plus tard, après un interrogatoire musclé mené par un gringalet à lunettes, je lâche enfin le morceau : « En fait je suis en école de commerce aussi, à l’Edhec ». A ces mots, sa copine se retourne et me lance phatiquement : « Ah mais t’es Edhec ! » Exactement ce que je ne voulais pas entendre, le genre de remarque qui te range dans ta boîte. Je fronce les sourcils, feins de ne pas comprendre et lui réponds innocemment : « non non, moi c’est Gabriel, je m’appelle Gabriel. » Ca ne l’a pas fait rire… tant mieux. A ce moment précis ma tête a pris forme, je suis démasqué : le grand blond est Edhec ! Les gens comprennent qui je suis, ils peuvent m’identifier et s’identifier par rapport à moi.

Un mec branché s’approche, il m’a vu discuter avec une polonaise quelques minutes auparavant : « Ah bah ca va tu te fais pas chier avec la polonaise toi ! C’est quoi ton objectif ? » Pris au dépourvu je balbutie « Objectif ? » Sur quoi il répond tout naturellement : « Bah ouais : Objectif ! Faut que t’ais des Objectifs dans ta vie mec ! » Ce n’est que plus tard que j’ai compris ce qu’il entendait par Objectif  (avec un grand O). En bon Edhec, cela aurait donné : « tu veux choper une meuf chopable et chopeuse, ou tu veux démaquer une inchopable indémaquable ? »

Ce soir là j’ai vu plein de monde tout nu, beaucoup de ceux qui parlaient avec moi finissaient à poil. Je pouvais lire ces gens, je voyais à travers leurs vêtement rien qu’en les écoutant débagouler du fatidique phatique. Ca n’avait rien d’excitant. Et je me suis senti en manque d’affection, en manque de gens comme moi : des Edhecs, des  vrais, ceux qui sont fiers d’être Edhec et qui se comportent en Edhecs. Ah triste réalité ces écoles de management du vent.

A l’heure où j’écris ces lignes je viens de me voir refuser l’entrée à une soirée de cette école du vent. Je voulais uniquement m’y rendre pour rencontrer l’amie d’un ami, mais le videur à la rigueur germanique couplé au sectarisme de ces établissements ont eu raison de moi. Sans carte d’étudiant de cette Business School, on me demandait huit euros de droit de cuissage…

 

commentaires (6)    ajouter un commentaire
Mercredi 27 septembre 2006
par gabo publié dans : Berliner Kindl


Le premier lieu sur lequel je me suis arrêté à Berlin est le monument de commémoration de la Shoah. Pourquoi ? Le hasard tout simplement. Je n’avais aucune intention de m’arrêter en priorité à cet endroit et je n’ai vis-à-vis du génocide nazi aucun sentiment de culpabilité particulier à apaiser. Ce champ de blocs noirs parfaitement alignés s’est tout simplement trouvé sur ma route, mais je l’avoue cette coïncidence m’a tout de même surpris et je me suis aussi demandé si je n’avais peut être pas des comptes à régler avec mon inconscient…

Me voici donc à l’entrée du champ, surplombant légèrement le tout, j’observe dubitativement ce quadrillage. La première impression qui me vient est d’être face à un cimetière d’anonymes où les tombeaux, uniformément identiques les uns aux autres, ne se distinguent que par leur hauteur. Je n’éprouve pour l’instant rien de particulier et à vrai dire je ne m’attendais pas à ressentir quoi que ce soit. Par moments j’aperçois d’où je suis la silhouette de gens qui vont et viennent entre ces blocs. Souhaitant poursuivre ma petite balade à travers Berlin, je me lance également dans une des tranchées du quadrillage afin de gagner l’autre coté du champ et ainsi continuer en direction de la porte de Brandebourg.

Je domine les premiers blocs et je peux donc facilement, par un simple regard de coté au dessus des « tombeaux », savoir si je vais rencontrer quelqu’un au prochain croisement. Mais progressivement les blocs gagnent en hauteur et le chemin étant en pente, je suis à chaque pas un peu plus petit, entouré par ces volumes noirs qui me surplombent maintenant à leur tour. Je me sens ralentir, je perds de l’assurance. Mon champ de vision est désormais réduit au long couloir rectiligne que j’emprunte, je ne peux rien maîtriser de plus. A chaque croisement la même interrogation revient : y a-t-il quelqu'un qui va déboucher sur ma droite ou sur ma gauche ? De temps à autres, quelques blocs plus loin, une personne passe furtivement dans une tranchée perpendiculaire à la mienne. Il m’est maintenant impossible de marcher sans la peur d’une collision…

L’expérience du cheminement à travers ce champ de « tombeaux » m’a laissé avec une toute autre impression que celle initiale d’un simple cimetière d’anonymes. Il ne fallait donc pas seulement se contenter de regarder ce tout de l’extérieur, il fallait également le parcourir de l’intérieur pour en saisir l’intérêt. Il y a probablement une multitude d’interprétations possibles de cette expérience et il y a surement aussi de nombreux enseignements à en tirer. Libre à chacun d’y comprendre ce qu’il peut, l’essentiel étant de s’essayer au trajet.

commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mercredi 20 septembre 2006
par gabo publié dans : Berliner Kindl
7 millions de personnes

C'est l'affluence de l'Okotberfest (la fete de la bière) a Münich. 7 millions de personnes du monde entier viennent donc sur une quinzaine de jours pour se bourrer la gueule ensembles a Münich... et alors ?
commentaires (3)    ajouter un commentaire

Clichés

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus