C'était il y a bientôt un an... un petit surf trip bien comme il faut en indonésie, avec burnwood, benito, simon et benj !

Parmi tout ce que nous entreprenons, les trajets revetent une dimension bien particuliere, reveillant et melangeant simultanement une certaine aprehension, de l'excitation, de l'assurance, de la tranquilite, un sentiment d'insecurite... tout est confu ! La gestion de l'inconnu n'est pas si facile.
Apres 6 jours lagundri, nous avons quitte son "confort et sa facilite" pour nous rendre a Afulu, petit village de la cote ouest de l'ile. Nous sommes desormais les deux seuls blancs, et aussi les deux seuls surfeurs... La vague de Lagundri etait pourtant magnifique, entre 1m et 2m, jour et nuit, avec un vent offshore en permanence qui creusait les vagues a la perfection...mais la 20aine de surfeurs dans le village est devenue de trop pour nous. Nous en avons bien profite, en 6 jours on a du prendre l'equivalent de deux etes en France ! J'y ai eu mon premier tube et Benito a travaille machinalement ses rollers... et meme si en etant a l'eau a 6 heures du mat' on pouvait surfer tranquille avec trois-quatre types, ce n'etait pas suffisant ! On voulait notre vague, rien que pour nous... et on l'a bien trouve ! Une gauche parfaite, bien longue, assez dangereuse a l'inside et sur la fin... rien que pour nous !
Ahmid, l'algerien de notre losmen nous a donne des infos plus ou moins precises pour nous rendre a Afulu, et nous voila donc a nouveau sur la route... On a rebrousse chemin vers Gunung Sitoli (ville principale de l'ile), en micro bus, bien entasses comme d'habitude avec des indonesiens ramasses sur le chemin. Dans toutes les conversations que nous avons eues a propos d'Afulu, ce petit village isole deserte des rares occidentaux depuis le tremblement de terre, l'idee principale qui emergeait etait toujours la meme : '" faites attention la bas, les gens et la nourriture sont bizares..." On essayait de comprendre pourquoi tout etait bizarre et de quoi il faudrait nous mefier, mais on en a jamais su davantage. Les gens d'Afulu sont selon certains Gunung sitoliens bizares, un point c'est tout... pas tres rassurant pour un debut ! Changement de micro bus a Gunung sitoli pour Lahewa, village au nord de l'ile. La distance entre ces deux villes n'est pas bien grande, mais les routes sont dans un tel etat de delabrement que le moindre trajet dure de longues heures... Depuis notre depart de Lagundri tout a ete prevu : on nous passe de mains en mains, de cousins en cousins... les uns se chargent de notre logement, d'autres de notre transport... notre argent reste dans leur reseau ! Nous avons vraiment pris conscience de l'isolement qui nous attendait a Afulu lorsque nous sommes arrives a Lahewa et que nous avons negocie notre transport pour le lendemain et prepare les engins : une moto et un chauffeur pour chacun et une moto supplementaire pour nos planches de surfs, qui une fois bien ficelees sur des planches, donnait a notre convoi un caractere bien exceptionnel ! A sept heures du matin, et apres une secousse sismique pendant notre nuit, nous avons quitte Lahewa par l'unique voie possible : un chemin plus ou loins large, longeant les villages, serpentant au milieu du vegetation luxuriante... welcome to the jungle !
On croise des dizaines de petits ecoliers en unifome qui s'arretent et nous regardent ebahis. Les plus temeraires lachent des "Hello mister !", repris de vive voix par les plus timides... Notre convoi est l'attraction du matin, nous sommes meticuleusement scrutes par les enfants comme par les plus vieux. Les expressions du visage different : des grands sourires auxquels nous repondons avec soin, de l'etonnement, de la mefiance... certains sont impassibles, d'autres nous accordent un salut amical. Ce n'est pas evident de s'imaginer l'acceuil qui nous sera reserve a Afulu... Serons nous les bienvenus ? Quoi qu'il en soit nous conservons notre sourire, esperant que celui ci traduira nos bonnes intentions.
Voila maintenant trois jours que nous sommes arrives et l'apprehension que nous avions s'est bien estompee. Nous sommes ici comme des princes, loges dans la maison la plus chic du village, tout le monde est aux petits soins. Chaque jour, Benito prete une planche a un type qui vient s'essayer au surf, plus par plaisir de nous accompagner que par reelle motivation pour la glisse. Nous avons dix minutes de marche pour nous rendre a la plage et a notre passage les petits nous lancent des "hello mister" de tous les cotes. Avec ma taille, j'ai herite du surnom "mister long" et je suis le number one du badminton, car le soir venu une des occupations principales est le badminton sur le terrain eclaire a l'aide d'un groupe electrogene.
Encore une dizaine de jours ici, puis nous descendrons a Bali dans la jungle humaine... On passe d'une jungle a l'autre, l'essentiel etant de ne pas se perdre !
(je publie ces articles sur le blog depuis Bali... on est arrive hier, tout va bien, je donnerai un peu plus de news plus tard ! Papa, Mama, pas de stress, j'ai tout ce qu'il me faut et le tsunami de la semaine passee ne pas encore emporte !)
Il existe differentes especes de surfeurs, mais d'une maniere generale on peut assez facilement affirmer que les surfeurs sont des cons, des imbeciles pas bien lucides, difficilement raisonables. Suivant leurs pays d'origine, on peut leurs attribuer certaines caracteristiques propres. Les francais par exemple ont une facheuse tendance a ramer dans tous les sens, et sans aucune patience, ils cherchent a prendre des vagues sans attendre leur tour. Les australiens taxent impassiblement , ils ne se posent pas de questions et te prennent sans aucuns scrupules les vagues qui te revenaient.
En plus de ces influences regionales, s'ajoute le caractere du surfeur. Il y a ceux qui transpirent l'aggressivite : le moindre geste, le moindre regard, la voix... tout est agressif, mieux vaut ne pas s'y frotter. Il y a ensuite les "gardiens du temple". Nous avons le notre a lagundri, on le distingue facilement : il a une gueule de viking, les cheveux et la barbe rousse, il pese sans exagerer 150 kilos et il a une board bien fat, ajustee a son poids. Il est americain, vient ici tous les etes depuis de nombreuses annees, il attend les vagues bien loin devant. Il se pretend local, ne jure que par le bon vieux temps ou il etait seul a l'eau. Il hait les touristes et gromele dans sa barbe, le tout avec un accent bien texan. Plus penible, ce sont les jeunes kids du coin, ils sont chez eux et te le font bien sentir : ils veulent ta vague, ils la prennent et t'en mettent ensuite plein la vue. Ils aiment narguer le blanc, parfois assez mechament d'ailleurs et te balancent sans trop de raisons des gros "Fuck you, Fuck you... FUCK !" Les faux culs, autre espece, essaient de se les mettre rapidement dans la poche en rigolant niaisement a toutes leurs blagues et pitreries. Espece plus rare, ce sont les "sages emerveilles". Tellement gentils, si doux, ils prennent leur temps, attendent patiemment leur vague, la bonne. Souvent assez ages, ils aiment contempler et savourent tous ces instants a l'eau...
Il y a encore bien d'autres especes, mais vous comprendrez aisement qu'un tel melting pot au pic ne peut etre helas source d'harmonie et de bienvaillance. L'atmosphere est tendue, les derapages bien trop frequents, et il emane parfois une certaine aigreur generale a la sortie de l'eau, chacun ayant ses raisons. Mais bon, c'est ainsi, et ca ne changera pas de sitot. Heureusement donc que l'on arrive toujours a se mettre une bonne session parfaite de temps a autres, entre potes, tous bien detendus... Une seule de ces sessions te redonne le smile pour longtemps...
Benito prend sa douche avec une louche, qui sert aussi de chasse d'eau, j'ai la flemme donc je resterai sale pour cette nuit... il sort de la douche, s'ouvre une Bintang, la biere locale, et m'annonce fierement "ce soir on se la colle !" Cinq jours que nous sommes a nias, cette petite grande ile a l'est de Sumatra, enfin poses dans le losmen de Raffiel avec deux australiens et un algerien expatrie. Le trajet depuis Jakarta ne s'est pas fait dans la facilite...
Une premiere nuit a l'aeroport de jakarta, puis au petit matin on vol pour Padang. On a deja accumule une grosse fatigue, surement accentuee par nos premieres tablettes de malarone (traitement anti palu) et les quelques heures de sommeil grapillees sur la paillasse de notre station de Bus ne suffisent pas. Le trajet de Padang a Sibolga nous a pris une 15aine d'heures , a travers les petits villages, sous les averses frequetnes, entasses dans ce qu'ils appellent le "micro bus"... Cette soiree vous etiez devant votre television a regarder la finale france italie, et chose etrange il en etait de meme dans tous les villages que nous avons traverse... De une heure a trois heures du mat' (avec le decalage horaire), les hommes se sont retrouves dans le "bar du village" et ont pour la plupart vibre pour la france, nous saluant lors de nos pauses pipi et essence avec les noms de zidane, henry et ribery... Arrives a sibolga, petite ville portuaire pas tres acceuillante, la premiere galere se presente enfin : ma trousse a pharmacie et la montre de benoit disparaissaient pendant notre sieste, extenues, dans un hangar desafecte en attendant notre bateau. Puis tout tranquillement, avec le sourire, un gamin de cinq ans vient nous voir avant notre depart et nous fait comprendre qu'il detient nos affaires avec ses copains... Contre un peu moins de deux euros que nous lui cedons de bon coeur, nous recuperons nos affaires et embarquons enfin sur le ferry, en business Class, indispensable si l'on veut passer une nuit correcte, a l'ecart de la jungle humaine, des cris, de la chaleur etouffante et des odeurs nauseabondes... Fraichement debarques a Nias, le lendemain matin, nous avons ete une fois de plus rapidement convoites de toutes parts, interpelles par des "Hello Mister !" et c'est a nouveau entasses dans un micro bus familial que nous sommes partis pour Lagundri, premiere destination finale, sur des routes delabrees... L'ile de Nias a ete successivement touchee par le Tsunami de 2004 et un fort tremblement de terre en 2005. Les villages sont pour une bonne part completement devastes et les abris de fortune, ainsi que les baraques financees par l'aide internationale, se sont substituees aux habitations traditionelles.
J'ecris ces quelques lignes sur le papier, sur notre terrasse, en face des lignes de houle qui entrent machinalement dans la baie, jour et nuit. Notre programme depuis notre arrivee se resume a des sessions de surf, du matin au soir, dans cette eau bien chaude, sous le soleil ou sous les averses violentes... Des vagues parfaites, dont nous revons meme la nuit...
Nias, kick ass !
Pour quelques liasses,
et des corones bien grasses,
on fuit la masse...
l'avion, le bus et le bateau,
quatre jours non-stop c'est chaud,
grave de galeres pour ses rouleaux...
Le palu est dans la place,
l'aviaire est sur nos traces,
j'vous parle pas de la chiasse...
Mais qui c'est qui envoie du gros?
dans les tubes vierges c'est le duo,
l'blondin gabo et l'clodo benito !
depuis Padang, cyber cafe miteux, 24 heures de vol, une nuit sur les bancs de l'aeroport, des ptites galeres, des belles rencontres, des sourires incroyables, une chaleur etouffante, une lethargie criante, 24 heures de bus et de bateau a venir, des plages epoustouflantes.... bref de nouveau le sac sur le dos, les surfs sous le bras, cette fois ci c'est l'indonesie, bientot perdus a nias avec le benito, ca rend heureux !
Bise a tous,
gabo
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