En appliquant la méthode Thérèse je me suis épargné toute perte de temps inutile à la fac. C'est ainsi que j'ai pu explorer les nuits de Cape Town en profondeur et
rencontrer ceux qui allaient devenir de bons amis. Ayant quitté mon logement initial suite à une bataille judiciaire avec les proprios rosbifs, j'ai emménagé dans une grande maison où vivent 12
sud-africains des trois principales – pardonnez l'expression – "catégories" (Whites, Blacks & Coloureds) et je partage avec eux le quotidien du jeune sud-africain au revenu moyen. Pour un
visiteur européen, la vie ici est bon marché, comme le montre le panier de produits et services ci-dessous :
1 verre de Jack Daniel's : 1.3 €
1 bière locale ou Namibienne : 0.8 €
1 sachet rempli de ganja : 5 €
1 litre d'essence : 0.68 €
1 succulent prego steak roll chez le portugais du coin : 2.5 €
1 préservatif : 0 €
1 tente pour 4 personnes : 30 €
1 nuit dans un backpackers : 8 € (camping : 4 €)
1 diner asiatique "high-end" avec massage en même temps : 10 €
1 bouteille de vin rouge Pinotage (cépage local) à faire rosir de bonheur un bordelais : 3 €
Tout nostalgique et triste d'avoir provisoirement abandonné mes velléités artistiques, quelle n'était ma surprise en découvrant la communauté compacte mais
extrêmement douée du Jazz au Cap. Les nuits passent vite au fameux Armchair Theatre où, tous les mercredi soir, viennent s'exprimer des créatures enivrées et virtuoses. Shannon Mowday au saxe
baryton, Kesivan Naidoo qui répond au nom de Blakey, the Restless Natives enchaînent des performances où les mélodies outrageusement rythmées l'emportent sur la pesanteur. Légère déception
toutefois au niveau des boîtes où à maintes reprises j'ai hurlé le nom de Ricardo Villalobos dans des oreilles de DJ qui ne réagissaient que par un regard confus. Ça ne m'a pas empêché de me
trémousser sur l'afro-beat et autre hip-hop souverains. Comme je l'ai évoqué plus haut, tout est moins cher ici, par conséquent les nuits gagnent vite en intensité.
WOZA 2 - Drive
Démarrant ainsi au quart de tour, j'ai éventuellement atteint une sorte de fatigue, allant jusqu'à me demander si l'énergie était sur le point de retomber, si le
passé allait recommencer à exister. Ce fut le cas pendant un certain temps, jusqu'à l'arrivée du tant attendu "spring break". Après mon dernier cours, je m'arrêtai à Canal Walk, le plus grand
shopping mall d'Afrique sub-saharienne (!), pour en ressortir avec une carte d'Afrique du Sud, un sac de couchage, l'indispensable Lonely Planet, une "hurricane lamp" que j'ai fracassée
aussitôt, ainsi qu'un Atlas routier. Quelques heures plus tard je me retrouvai dans une station-service de ma compagnie préférée, avec Peder (Norvège), Nadine (Allemagne), Charlie (USA) et
Bettina (Ecuador). Le temps de faire le plein d'huile, d'essence et de vérifier la pression des cinq pneus de Heidi (Heidi "you're fat and you're old but baby boring you ain't" est le prénom de
ma Mercedes rouge), nous avons quitté Cape Town en prenant la N2 plein Est.
Confortablement installé sur la fourrure qui recouvre les sièges en cuir (et qui dissimule divers petits sachets), équipé d'une sélection de disques parmi lesquels
Fela Kuti, Rabih Abou-Khalil (que je n'ai sorti qu'au retour) et Winds of Change (une compilation de musique sud-africaine), je fis pression sur la pédale d'accélérateur et du haut de ses six
cylindres, la Benz sensuelle nous propulsa hors de la capitale législative, fixant l'horizon à travers l'étoile fière et droite de la marque allemande. Nous étions en pleine heure de pointe, le
périple commença donc par un embouteillage. On traversa lentement les banlieues tantôt richissimes, tantôt miséreuses du Cap. Deux mondes: A Rondebosch de belles maisons flanquées de
l'indispensable "Guarded by Armed Response" et entourées de barbelés sous tension; et aux abords de Khayelitsha, un concentré de tôle dont s'extirpaient ça et là quelques adolescents pour faire
leurs besoins aux abords de l'autoroute.
Il fallu ensuite escalader l'incontournable chaîne montagneuse qui entoure le Cap. Le passage fut baptisé Overberg par les Afrikaners, terme qui signifie "par-delà
la montagne" (je crois) car effectivement, aussitôt la pente inversée, le paysage se métamorphose. L'autoroute spacieuse et sinueuse entourée d'un climat urbain laisse place à une route étroite
et rectiligne bordée de babouins, rivières et champs de fleurs (c'est la saison). Notre première destination était Cape Agulhas, la "pointe" de l'Afrique (qui n'est pas Cape Point contrairement
à la rumeur). J'accélérai et quelques premiers insectes vinrent s'écraser sur le pare-brise.
WOZA 3 – Garden route
Pour les amoureux de Google Earth, voici la liste de nos arrêts : Cape Town, Napier, George, Wilderness, Jeffrey's Bay, Port Elizabeth, Addo Elephant Park,
Graham's Town, Chintsa, Coffee Bay, Bulungula. Retour: Bulungula - Mthatha – Ngcobo – Queenstown – Cape Town. Au total environ 3000Km parcouru en 9 jours. Le retour fut effectué en un seul coup
(de Bulungula à Cape Town en passant cette fois-ci par l'intérieur des terres) soit 1300km parcourus en 17h dont 3h en 1ère vitesse sur des routes qui n'en sont pas.
Le but étant d'atteindre Bulungula, nous fûmes obligés de traverser de belles régions sans nous arrêter, et ce souvent dans le noir. Ainsi nous avons
indifféremment passé Oudtshoorn, la reserve naturelle de Tsitsikamma, Mossel bay où se trouve le plus haut bungee jump du monde, Oyster Bay (où je suppose qu'il y a beaucoup d'huîtres) et des
lieux plus touristiques comme Knysna et Plettenberg Bay, convaincus que quelque chose de peu commun nous attendait sur la côte sauvage. Celle-ci se trouve près de Mthatha qui est tout de même à
1400Km donc il n'y avait pas de temps à perdre. Généralement quand les jeunes du Cap font un road-trip vers la côte est, ils se limitent à la "Garden Route" qui en théorie se termine à Port
Elizabeth. Rares sont ceux qui atteignent la lointaine côte sauvage et la plupart n'y songent même pas car le Transkei est réputé comme étant particulièrement dangereux, sans oublier l'état
déplorable des routes.
George fut la première étape de nuit, c'est là-bas que (#%@ et -))!%$, deux norvégiens qui avaient décidé de nous suivre au dernier moment, durent jeter l'éponge.
Leur vieille mercedes avait prématurément rendu l'âme (contrairement à la mienne qui se porte comme une fleur) et on était entré dans George en la poussant. S'ensuivit une nuit de festivités et
d'organisation et au réveil nous reprîmes la route pour Wilderness, une région qui comme son nom l'indique, est quasi-sauvage, quoique moins que ce qui nous attendait plus loin. A bord de
canoës de location nous nous sommes enfoncés dans une forêt un peu trop silencieuse. Comme on nous l'avait indiqué, il fallait laisser les embarcations sur une plage de sable et marcher dans la
même direction pendant une heure, une idée dont nous saisîmes le bienfondé lorsque tout d'un coup surgit une chute d'eau en plein nulle part. Sans prévenir, Peder (prononcer Pèdre et non Pédé)
rassembla son courage et fit le grand saut en premier, je suivi. Les autres attendaient au pied de la rivière verticale, étendus sur d'énormes rochers polis par l'eau douce. Après quelques
minutes de repos le soleil fut vite assez bas et nous retraversâmes la forêt en vitesse, se prenant à l'occasion une branche ou liane dans le front. On courait tous car même si Charlie était le
seul à avoir vu les babouins dentus, tout le monde les avait entendu grogner.
Jeffrey's Bay (ou Jay Bay) est une immense plage de sable ultra fin. C'est aussi un haut-lieu du surf sud-africain. On y a bronzé, joué au football sur la plage
(si si… j'ai même marqué un but!), bouffé un mexicain dégueu avant de repartir car pas assez de vent pour surfer.
Port Elizabeth est une ville de merde.
Addo
A l'intérieur de Addo Elephant Park les règles sont simples: 1 il ne faut pas sortir du véhicule, 2 il ne faut pas avoir de citrons ou d'oranges sur soi car les
éléphants en raffolent. Apparemment ils n'hésiteraient pas à poursuivre indéfiniment une voiture contenant des oranges, bien entendu en écrasant tout sur leur chemin. Nadine a donc dû se
séparer du gros citron qu'elle trainait partout et auquel, pour une raison que j'ignore, elle attachait beaucoup d'importance. Le reste de la journée nous étions tous les cinq entassés dans
Heidi qui se promenait paisiblement parmi éléphants, zèbres, autruches, kudus, singes, serpents, warhogs, buffles etc. Aucun signe de la part des lions et autres prédateurs malgré maintes
pancartes de mise en garde mentionnant explicitement le roi de la jungle.
Graham's Town est une ville sympa.
WOZA 4 – Wild Coast
Chintsa n'est pas vraiment un village, plutôt un lieu-dit qui marque le début de la côte sauvage. C'est là que je donnai à Heidi un avant-goût de la violence qui
l'attendait: les routes commençaient déjà à se gater. Buccaneers, le backpackers du coin, est selon le guide coast2coast le meilleur backpacker d'Afrique. Arrivés vers minuit après s'être
paumés mille fois et manquant de tomber en panne sèche, on s'est contenté de fumer quelques doobies en compagnie d'un écossais incroyable qui est sorti de nulle part avec des pizzas; Un quasi
miracle car dans les backpackers, si tu arrives après l'heure du dîner c'est tant pis pour ta gueule… surtout dans un coin perdu comme Chintsa où l'unique alternative serait de pêcher. Réveil
hébété en découvrant les environs. Nous sommes sur une pente, le BP est une série de cabanes en bois masquées par les arbres. En contrebas j'aperçois une étendue d'eau plate que je crois
d'abord être l'océan (indien depuis Agulhas), avant de comprendre en regardant plus loin qu'une gigantesque plage renferme ce qui semble être un immense lagon. Le vent souffle et de l'autre
côté de la plage les vagues se lèvent l'une après l'autre sur plusieurs centaines de mètres au large. J'aperçois une tâche noire au loin, c'est une baleine échouée. Les habitués du coin nous
mirent en garde contre la puissance du vent mais la décision était prise: "Let's go surfin'!". Toutes les chansons des Beach Boys refirent surface dans mon esprit tandis que nous longions le
lagon sur un chemin étroit, armés de longues planches qui ne cessaient de pivoter obstinément sous l'effet du vent. La jeune baleine s'était manifestement aventurée trop loin durant la marée
haute. Après s'être recueilli auprès de cette grande et magnifique créature on s'est avancé, pieds dans l'eau, en direction des vagues quelque peu menaçantes... Au moins la température était
correcte comparée à celle, glaciale, de l'Atlantique. Néanmoins j'appréhendais sensiblement le fait de n'avoir reçu aucune instruction sur l'art de surfer. Je savais juste qu'il fallait se
coucher à plat ventre, nager vigoureusement vers une vague de taille correcte (elles se succédaient rapidement), puis, une fois la vague élue, faire demi-tour, nager en sens inverse, se laisser
emporter ou pas, le cas échéant se tenir debout sur la planche et enfin savourer un moment éphémère de toute-puissance. Au début la moindre vague me jetait à l'eau, puis je parvins à nager une
cinquantaine de mètres vers le large, là où elles devenaient substantielles, et je réussi quelques glissades, bien que toujours couché, et curieux de savoir où se trouvait le requin le plus
proche… Après plusieurs tentatives je décidai de souffler quelques secondes. Toujours dans l'eau, j'abandonnai la planche un instant le temps de me frotter les yeux et faire une blague con,
mais l'engin diabolique profita de ce moment pour se glisser entre l'horizon et moi. La première vague vint gifler l'instrument qui à son tour me frappa violemment à la mâchoire. Manquant de
perdre connaissance j'expectorai la phrase très motion-picturesque "Holy shit man! I'm hit!!". Je sorti de l'eau tel une james bond girl en déversant ma toxique
hémoglobine.
De retour sur la route je laissai pour la première fois quelqu'un d'autre conduire Heidi. Charlie fut l'heureux élu. Nadine, qui n'avait aucune expérience de
conduite à gauche, faisait la gueule à l'avant. Quant à moi, toujours un peu sonné par l'anesthésie et les antibiotiques, j'étais très confortablement allongé sur la banquette arrière. La plaie
mesurait environ 3 centimètres de long, profonde jusqu'à l'os. Il avait fallu trois points de sutures et une agrafe chirurgicale pour la refermer. Négligeant les painkillers prescrits par le
médecin j'optai pour des substances alternatives et me laissai émerveiller par la beauté du décor. Nous avions atteint le Transkei (prononcer transe caille), un ancien homeland Africain dont
est originaire le vieux Nelson, et nous dirigions vers Coffee Bay: avant-dernière étape du voyage. Les villages qui défilaient étaient désormais dépourvus de blancs, car historiquement les
"homelands" ou "Bantustans" (Bantu = Peuple en isiXhosa) furent généreusement "concédés" par les Boers aux Africains avec à la clef une autonomie factice basée sur l'éternel stratagème du
"divide & conquer". Des villages de tailles moyennes, frappés d'une pauvreté flagrante, furent bientôt remplacés par d'autres, plus petits, moins misérables, et composés de huttes, ou
logements traditionnels africains, de forme circulaire, recouverts de toits coniques en paille, et parfois agrémentés d'une minuscule fenêtre. Les routes, jusque là toujours goudronnées,
commençaient à sérieusement se gâter. A l'occasion je jetai de subtils coups d'œil à l'indicateur de température moteur qui, sans vouloir me vanter, était deux fois plus élevée que lorsque
j'étais au volant! Mais je faisais confiance à Charlie qui se débrouillait plutôt bien pour un américain. Jusqu'au moment où, quittant la route des yeux pour essayer de comprendre comment
fonctionnaient les phares, il se laissa dériver et heurta un "pothole" ou "énorme trou"; hantise de toute voiture digne de ce nom… à 100km/h ça fait très mal. Le bruit fut abominable, Heidi fut
prise de panique et j'émergeai, affolé, de mon univers enfumé. Jetant un œil par la fenêtre je découvris avec effarement le couvercle de jante (ou enjoliveur) qui roula quelques secondes aux
côtés de la voiture avant de s'engloutir dans un champ de blé. Je tiens à préciser que les enjoliveurs de Heidi sont vraiment enjolivants car peints en rouge orangé comme le reste de la
voiture… pas question qu'il en manque un donc. Ce serait un signe de vieillesse par trop cruel.
"Stop the goddamn car!" je bondis à l'extérieur et amorçai un sprint dans la direction opposée. Quelques vieux considérèrent avec
surprise l'homme blanc qui courrait bruyamment en gesticulant, l'air alarmé et un peu ridicule. Je saluai poliment. Au loin j'aperçus deux jeunes filles du village qui elles aussi courraient
vers moi, pieds nus et munies… de l'enjoliveur! Je les saluai et les remerciai dans leur propre langue, geste qu'elles accueillirent avec le sourire avant d'articuler l'inévitable "Money!".
J'acquiesçai et elles me suivirent jusqu'à la voiture où j'invitai Charlie à récompenser copieusement ces jeunes demoiselles pour leur effort, puis de prendre ma place sur la banquette
arrière.
WOZA 5 - Bulungula
Rincés par plusieurs heures de dirt roads accidentées nous arrivâmes à Bumvu, Coffee Bay, juste à temps pour dîner. La soirée fut animée, avec spectacle de danse
traditionnelle donné torse nu par les adolescentes du village. Je les retrouvai après leur performance et elles acceptèrent de chanter Nkosi Sikelel' iAfrika (God Bless Africa). J'appris plus
tard que chanter était le principal gagne-pain des jeunes. Qu'importe, l'hymne nationale sud-africain m'émeut jusqu'aux larmes, c'est un chant africain composé de quatre parties en quatre
langues différentes (Xhosa, Zulu, Afrikaans et Anglais). Après les dernières polyphonies j'offris aux filles un sourire béat accompagné d'un gros billet. Je conserve précieusement une vidéo de
ce moment. S'ensuivit une session de percussions arrosée et enfin une soirée de jeux stupides mais drôles autour d'un feu. Une heure après s'être couchés nous fûmes réveillés par un énorme coq
qui cocoricait juste à l'entrée des dorms. Maudite soit sa mémoire. Le lendemain fut une journée de repos, nous étions épuisés. Quelques ultimes préparatifs et consultations approfondies de
plans imprimés sur internet et nous étions repartis, cette fois-ci en direction de Bulungula dont certains disaient que c'était le plus bel endroit de l'Afrique entière! (affirmation un peu
simpliste mais c'est pour vous donner une idée…)
L'Atlas routier qui jusque-là était notre seul guide n'avait plus aucune utilité car les chemins que nous empruntions n'étaient pas listés. La route fut un
cauchemar pour Heidi, mais un régal pour nos yeux. Parsemée de gros cailloux et de passages à première vue impossibles, elle était néanmoins bordée d'un décor époustouflant composé d'animaux,
d'enfants qui criaient "Sweets! Sweets!", d'ici et là quelques maisons rondes auprès desquelles ronflaient d'éventuelles grand-mères en habit traditionnel et bien sûr les champs à perte de vue.
Collines dorées et vallées profondes rendues spectaculaires par le soleil orange d'un soir d'hiver. Après plus d'une heure nous atteignîmes l'épicerie Embekweni, lieu de pèlerinage pour les
habitants des villages environnants. Je fis de mon mieux pour demander poliment à une vieille dame le chemin vers Zizamele, une autre épicerie quelque 20km plus loin. Un gros 4x4 nous y
attendait et nous patientâmes une demi-heure de plus le temps qu'arrivent une poignée d'étasuniens accompagnés d'Elisabeth, une française sympathique du Touquet qui n'est pas passée inaperçue.
Je m'explique. Nous étions dans un 4x4 qui rebondissait dans un coin de l'Afrique dont très peu de cartes mentionnaient l'existence, et parler français avec une jeune femme pour le moins
sympathique réveilla en moi des émotions déjà vieilles ainsi qu'une familiarité nostalgique. En général mes amis préféraient mettre en avant mon Libanisme, exotique et rare dans ce pays, mais
face à Elisabeth je pus mesurer l'ampleur de mon attachement à la France. La nuit tomba durant le trajet et très vite nous n'arrivions à voir qu'un petit morceau du chemin flippant sur lequel
évoluait l'engin avec peine. Sur place quelques amis du Cap nous attendaient autour du feu et je constatai avec intérêt qu'on entendait à la fois un bruit de rivière, et le souffle de l'océan.
Dave, qui est à l'origine de ce projet, nous fit faire un tour des lieux.
Bulungula Lodge est composé d'une petite bâtisse centrale qui abrite un lounge, le bar et la cuisine. Ce lieu de rassemblement est entouré d'une dizaine de huttes:
une pour les douches, une pour les toilettes et le reste sert de dortoirs. Bien entendu il n'y a pas d'électricité. Energies solaire et éolienne alimentent une poignée d'ampoules, un frigo
rempli de bière, des enceintes branchées à un lecteur MP3 et l'unique prise électrique qu'utilisent ceux qui ont besoin de recharger quelque chose. Découverte du jour: Les "rocket showers".
Pour se laver la procédure est la suivante:
1 Remplir une petite fiole de paraffine (ou kérosène)
2 Vider le liquide à la base du gros tube métallique qui monte jusqu'au plafond et duquel pend la douche
3 Allumer le carburant en utilisant un des briquets qui pendouillent du plafond
4 L'eau coule, chauffée en temps réel par le feu
En fait le tube prend feu une fois sur deux et si par mégarde on oublie d'essuyer le sol et les murs en cas d'éclaboussures de kérosène, en quelques secondes le
feu gagne l'extérieur du cylindre puis le mur le plus proche. Patience, il suffit de terminer sa douche bien au chaud et le feu finit par s'éteindre. It's a way of life!
Après un délicieux diner Xhosa préparé par des villageoises auxquelles s'agrippaient des bébés, on gagna nos dorms qui étaient tous décorés de fresques africaines
réalisées par les gens du village, ainsi que quelques peintures psychédéliques faites par une artiste londonienne. Une fois de plus on avait déboulé dans un backpacker durant la nuit,
impatients donc de découvrir les lieux au réveil. A force d'imaginer à quoi cela pouvait ressembler je sombrai vite dans un sommeil des plus profonds.
Le lendemain matin je sorti de ma hutte en hâte et me précipitai vers le haut de la colline derrière laquelle semblait se cacher l'océan. Je lâchai des good
mornings à la va vite en traversant le lounge et trois secondes plus tard le spectacle tant espéré s'offrit à moi. Je fus enveloppé d'une mystique naturelle et à mon tour j'offris ma personne
et mon amour à ce paradis terrestre.
Nkosi Sikelel' iAfrika.



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