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Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /Jan /2008 17:43
- Par Hen - Publié dans : Société

Il est 15h, John Kifgrave pousse la porte de A La Bonne Heure SA. Il retient précautionneusement la porte avant qu’elle ne claque et réveille sa migraine latente. Hier, John a organisé une petite fête privée à l'occasion du divorce de son petit frère. C’était un mardi soir mais tout le monde invité (et même d’autres) ont répondu présent tant les sauteries de John sont réputées. Depuis le décès de ses parents, il n’a cessé de trouver de bons prétextes pour célébrer la vie fastueuse. L’argent hérité, dégoulinant de sueur, est converti en alcools, drogues et aphrodisiaques.

Aujourd’hui, il a quand même tenu à se rendre au travail, car son emploi du temps ne lui permettra pas d’y retourner avant la semaine prochaine. Et aussi parce que ça fait un moment qu’il n’ y est pas allé et que ça le changera. Béa, son assistante poly compétente, est sûrement déjà là depuis tôt ce matin. Quand elle aperçoit le visage marqué de son patron, elle le salue d’un gloussement radieux et s’élance vers lui à ce qui auraient été de grandes foulées si elle ne portait pas une micro jupe et des tétra talons. John plonge sa langue dans la bouche de Béa et déguste littéralement la fraîcheur de son haleine. Elle est vraiment pleine de qualités, il suffit de lui permettre de les révéler. Toute émoustillée par ce profond baiser, elle quitte l’office du chef en poinçonnant le parquet : « je vais vous faire un café Max Haavelar bien fort monsieur Kifgrave ! » lui hurle-t-elle du bureau d’à côté. Une fois installé dans son siège, le PC allumé et la tasse de café fumante, John se souvient du travail auquel il avait pensé et qui l’avait poussé à se rendre jusqu’à la boîte : il avait eu une pulsion créatrice en se levant ce matin. L’idée novatrice n’était pas encore bien définie, mais l’envie y était. Cependant, une fois devant l’ordi, il n’a soudain plus le goût, en tout cas pas tout de suite, et préfère entamer la journée doucement en surfant sur quelques sites diffusant gratuitement des petites vidéos X amateurs. C’est la meilleure façon de démarrer et de conclure une journée de labeur : ça accélère l’éjaculation, intensifie le plaisir et, dans les bons jours, ça l’aide même à contenter virilement son assistante, ou une autre. Mais pour pouvoir s’accorder ce petit break de début de journée, sa conscience professionnelle lui impose au préalable de déléguer la réalisation de son projet innovant.

Bertrand Quile et Constant Louse feront un bon binôme. Constant a les cheveux rares, raides, gras et constellés de pellicules. Ses lunettes à grosse monture carrée lui dévorent le visage sans dissimuler ses soucis de purulence dermique. Constant n’aime pas spécialement travailler et Bertrand n’est certainement pas son meilleur ami. Mais à A La Bonne Heure SA, on lui permet de s’enfermer dans son bureau, d’y dormir et de ne communiquer que par MSN. C’est tout ce qu’il souhaitait : pouvoir éviter de souffrir, c'est-à-dire pour lui d’éviter d’être en contact direct et prolongé avec le genre humain. Ses domaines de compétence – l’archivage et la maintenance du réseau informatique interne – lui permettent de conserver son mode de vie moyennant un peu d’organisation.

Bertrand Quile a beaucoup de cheveux,longs et frisés, le bas de son visage est recouvert d’une épaisse couche de poils et il écoute souvent –à l’aide d’un gros casque audio, des enregistrements de clapotis de rivières en crue ou de chuintements des vents sur les cimes de montagnes. Il ne jure que par la Nature : sa lenteur sereine, son équilibre, sa justice désintéressée. Il a obtenu que l’on démolisse toute la cloison de son bureau qui donne sur l’extérieur, et qu’on la remplace par une immense baie vitrée. Il a ensuite lui-même percé de petits trous dans la vitre pour combattre l’atmosphère climatisée et polluée par les émanations des imprimantes.

John tente de joindre Bertrand par téléphone. Personne ne répond. Eh oui, Bertrand avait stipulé dans son contrat de travail qu’il pourrait se libérer de ces obligations professionnelles aussitôt qu’un barrage évacue une crue ou que la météo prévoit l’arrivée d’une tempête sur un massif montagneux. Or, Evelyne Dhéliat avait bien annoncé « de fortes rafales sur tout le quart sud-est, notamment les Alpes du sud ». John Kifgrave interrompt le chargement de la video de « Alicia gets nailed in both holes » le temps d’envoyer un message instantané à Constant :

« Salut Constant,

 j’aimerais que tu te penches

sur un projet innovant et impactant

merci d’avance

;-) @+ »

John n’a plus qu’à cliquer sur Send et Constant se mettra sans délai au travail. Car ce dernier se doit d’être réactif pour protéger son bonheur : plus le travail est vite et bien fait, et moins on le surveillera, moins on lui demandera de travailler en équipe. Malheureusement, la fenêtre de MSN reste insensible au click de la souris. John reclique trois ou quatre fois d’impatience, une nouvelle fenêtre s’ouvre et dévoile l’opulente poitrine d’une énorme mère de famille, une « horny MILF waiting for ur cum ». John réagit immédiatement et appelle son assistante pour que l’érection soit rapidement maîtrisée.

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Mardi 15 janvier 2008 2 15 /01 /Jan /2008 15:05
- Par Pachamamico - Publié dans : Psyché
undefined Don Floro manie à merveille les ficelles ancestrales du chamane. Le prix d’abord, merveilleusement élevé, sert aussi à persuader du sérieux de son travail. L’attente participe également à l’auto conviction du client : grâce aux temps d’attente apparemment injustifiés, celui qui sollicite les talents du chamane se sent déjà en contact avec l’irrationnel. Le tarif prodigieux de Don Floro les avait déjà bien perturbés : dans une campagne si reculée, où ni l’eau courante ni l’électricité s’y aventuraient, 400 soles (soient 4 salaires minimums) est un prix surnaturel ! Et puis en laissant les deux gringos seuls pendant 3 heures, avec pour seule compagnie les bougies et les moustiques, le vieux chamane leur a fait comprendre qu’un rendez-vous avec les esprits ne s’exige pas, comme le passage obligé des étrangers en voie de régularisation qui doivent passer des journées d’attente en préfecture pour réaliser qu’ils ne sont pas au bout de leur peine. Le voyage inter dimensionnel est une chance qui se mérite.
 
Le chamane réapparaît enfin dans la pièce. Pas de costume ni plumes d’oiseau rare sur la tête, juste une grosse marmite encrassée encore fumante au bout des bras. Une fois la gamelle posée, Don Floro allume une lampe torche et ordonne de s’approcher. Il leur sert une bonne louche dans un vieux calice. Chacun avale sa mixture d’un trait, comme un ouvrier assoiffé par le cagnard descendrait un Inca Kola, sans que l’amertume du San Pedro ne les fasse grimacer. Il est vrai qu’ils se sont vantés d’avoir déjà DSC00400.JPG goûté le cactus en le préparant eux-mêmes, ils doivent être habitués... Espérons qu’ils réagiront quand même à la décoction, que l’accoutumance n’est pas déjà trop grande pense-t-il. Lui aussi s’envoie sa dose sans effort, mais c’est plus normal : ça fait 60 ans qu’il est chamane, donc 60 ans qu’il boit une à trois fois par semaine de ce jus verdâtre, ça donne le temps de s’habituer.
La cérémonie commence, même si la mescaline ne se fera sentir que d’ici une heure. Don Floro pose toutes sortes de questions : les unes très matérielles, comme demander où ils ont dormi la veille, mélangées à d’autres beaucoup plus intimes, sentimentales et spirituelles : les morts de la famille, les amours, les envies, projets… Ce faisant, le curandero se renseigne sur leur situation, attentes et craintes tout en les plongeant dans leur propre sensibilité, leurs représentations, les idées auxquelles ils veulent croire. A ces questions, le maître de cérémonie y mêle des bribes d’Histoire : tous les Incas buvaient du san Pedro une fois par mois pour purifier l’estomac par le vomissement et l’âme par le dialogue avec les esprits. Ensuite, il leur demande de se lever et de se déplacer dans l’obscurité, bouger les bras, la tête, tout le corps pour que la mescaline atteigne tous les recoins du corps et de l’esprit. Pendant qu’ils se déplacent à tâtons, Floro les accompagne d’incantations rythmées de crachats et d’onomatopées. Heeeuuussa est un appel lancé aux esprits, le crachat permettant de se débarrasser des esprits indésirables. Si un esprit mauvais persiste, il peut toujours s’armer d’un des trois sabres plantés au sol pour se défendre. Tout le monde spirituel est mobilisé : celui qui provient de la terre, c'est-à-dire les plantes, mais aussi des cieux, comme Sainte Marie et Jésus Christ. Don Floro s’adresse tantôt au christianisme, tantôt au savoir des plantes, et tantôt aux jeunes explorateurs. Sur le ton de la récitation, les mots ont tendance à se bousculer à la sortie de sa bouche. Les jeunes n’ont pas toujours l’air de saisir à quel moment le chamane s’adresse à eux ou aux esprits.
Au bout de 2 heures d’incantations, Floro s’inquiète de ne pas voir ses clients vomir. Quand il leur demande, ils prétendent ne rien ressentir, si ce n’est le sommeil. Pour les réveiller, il décide d’avancer l’heure du « lever de tabac ». Ils se voient confier une coquille d’escargot de mer chacun et sont invités à sortir. Dehors, les milliers d’étoiles éclairent autant qu’une pleine lune. Dans la cour, Floro avait planté 2 cannes métalliques au sol. Il les fait tourner autour de ces totems, comme les indiens dans Lucky Luke, et les accompagne d’un chant Icaro : Abre hierba, guiding guiding guiding… peja hierba, guiding guiding guiding… cura hierba, guiding guiding guiding. Son phrasé est voisin du slam, mais le ton est plus profond, plus lugubre, guttural. La cadence du chant s’emballe, les aventuriers en herbe accélèrent inconsciemment leur ronde, emportés par leur propre inertie. Soudain, il les arrêtent, verse un liquide dans leur coquillage et leur ordonne de l’inhaler par la pointe de la coquille. L’Allemande CIMG1952.JPG reste hébétée, mais le garçon a compris et lui ouvre la voie. Dans un grand reniflement entrecoupé d’une toux explosive, le jeune ingurgite par la narine la totalité de l’alcool de tabac contenu dans le coquillage. La jeune fille tente de l’imiter et vomit aussitôt. Deuxième tournée. Leur narine s’y est accoutumée cette fois. Ils doivent maintenant reprendre leur ronde. Un peu saoule, la fille l’interroge sur l’utilité de ce rituel, mais Don Floro n’a pas à s’expliquer sur le sens rationnel de la cérémonie. Elle reprend docilement la ronde étourdissante.
Retour dans la salle. Après sondage, Floro constate, un peu préoccupé, que ces sacrés petits blondins sont toujours aussi sereins. Pas de fièvre, pas d’inconfort, encore moins d’hallucinations. On reprend les prières dirigées à la Sainte Trinité catholique, aux esprits des plantes, des pierres et des forêts. …Heeussssa…Floro décrit des esprits qui viennent le visiter : une grand-mère et son bâton, une momie, un Alberto, une Maria, un Jorge… Tout cela n’évoque rien pour ces jeunes. Il aurait fallu qu’il se renseigne sur des noms européens. …Heeussssa… Ah si, Pedro, enfin Pierre en français. Mais apparemment, ça ne suscite pas d’inquiétude chez le petit français… Passons aux lieux : de l’eau, un port…attention à la noyade ! Rien non plus… Nouvelles incantations. Les mots se bousculent, s’empêtrent dans la bouche pâteuse, la voix s’égosille, la puissance diminue. Les mêmes mots sont prononcés, mais les rythmes sont cassés, la transe est maintenant hors d’atteinte.
Rien ne va plus pour Don Floro Navarro. Fuyant l’échec, il prend la Russo-allemande à parti et lui indique- en éclairant brièvement sa lampe torche - l’endroit exact où elle doit venir s’asseoir. Crois-tu en Jésus Christ ? La jeune fille, effrayée et mal à l’aise avec l’espagnol, ne parvient pas à lui faire comprendre qu’elle a grandit dans un pays communiste, où la foi n’est pas une éventualité. Elle voudrait bien croire, elle essaie, autrement elle ne serait pas là ; mais pour l’instant elle n’est qu’agnostique, c’est un début. Elle retourne aux côtés du garçon. Heeussssa…Floro reprend sans y croire incantations et crachats.
 
Le lendemain matin sur le chemin du retour au village. Bien sûr il n’y avait pas de mototaxi qui les attendait devant chez le chamane. A pieds, il doit y en avoir pour quatre heures. Ils n’ont dormi que deux heures, de 4 à 6 heure du matin, mais ils sont relativement alertes, capables d’apprécier le paysage, très plat, travaillé par les agriculteurs et leurs chevaux. Sur la route, ils ne passent pas inaperçus : les campesinos relèvent la tête, déplient leur dos fourbu et leur font de grands signes joyeux. Des enfants tentent même de courir dans l’eau stagnante pour rattraper les deux étrangers égarés. Les deux voyageurs sont eux aussi satisfaits finalement : pendant quelques instants, ils se sont pris pour des explorateurs, des vrais aventuriers, loin des sentiers battus. Enfin un mototaxi soulève de la poussière au loin. Le moteur encrassé rugit, la cabine des passagers se balance dangereusement au rythme des creux et bosses de la piste. Dans un élan épique, ils se disent qu’ils pourraient peut-être finir à pieds. Le taxi s’arrête à leur hauteur : …Vous allez à Mochumi ? mais vous allez dans le sens contraire, vous lui tournez le dos ! Têtes basses, ils s’installent laborieusement à l’arrière de l’engin, les sacs à dos dans les bras et le caméscope autour du cou.
  DSC00425.JPG
Fin 
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Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /Jan /2008 17:39
- Par Pachamamico - Publié dans : Psyché
DSC00410.JPG
Le lendemain.
La mototaxi arrive dans sa cour et fait demi-tour, prêt à repartir. Don Floro s’extirpe habilement de la banquette arrière, fait glisser la anse de son panier dans le creux de son coude et paye le jeune taxi.
Il y a du monde chez lui : sa benjamine qui s’affaire dans la cuisine. Des 4 enfants du vieux chamane, seul la plus jeune vit encore dans la région. Les autres se sont expatriés au terme d’études prestigieuses financées par Papa. Installée aux « Etats »[-Unis], l’aînée a même été décorée par l’ancien président péruvien Fujimori (aujourd’hui en prison).Une autre est en Suisse, et son fils s’est installé en Espagne. La petite dernière est arrivée chez son Papa tôt ce matin. Elle vient régulièrement lui donner la main. Elle lui apporte des denrées introuvables à Mochumi, passe le balai sur les dalles de terre crue, lui mitonne un bon repas… Ce matin, elle lui a préparé un puissant feu de cheminée, et l’eau de la marmite suspendue frémit déjà. Les herbes, cactus et racines du marché sont étalés sur la table. Les racines juteuses et odorantes sont écrasées dans le mortier, les herbes découpées en petits brins, le gros cactus coupé en tranches, puis broyé au mixer. La marmite est remontée d’un cran pour réduire l’ébullition, les ingrédients immergés. Ensuite, il faut aller nourrir toutes les bêtes de la ferme qui réclament depuis l’aurore : les « cuyes » (cochons d’inde élevés pour leur chair) couinent même dès la fin de la nuit, les poules et surtout les coqs criards perchés dans les arbres, les vaches squelettiques, l’âne… Et comme tous les matins, l’envie d’aller aux WC survient alors que le tour des auges n’est pas encore achevé. La ration de luzerne pour l’âne est rapidement expédiée, à la suite de quoi Don Floro trottine jusqu’aux toilettes du coin de la cour. Quatre pans de murs d’1m30 encadrant deux fosses surmontées d’un trône de pierre taillée, une cloison séparant le trou pour filles du trou pour garçon, des journaux en guise de PQ. Pour les touristes, Floro a pris soin d’écrire à la peinture blanche « Damas » et « Hombres » et de mettre des flèches pour éviter les confusions.
Soulagé, le vieil homme s’allonge dans son hamac, sous le vieil arbre noueux dominant la cour. Son cerveau rumine encore. Les deux gamins vont arriver qu’il n’aura toujours pas trouvé la sérénité nécessaire à son travail. Les heures passent, il ne quitte son hamac que brièvement pour avaler le déjeuner préparé par sa fille. A la nuit tombante enfin, un bruit de moteur vient le rassurer : ils arrivent. Il n’est toujours pas prêt, mais au moins le trac qui tenaille va enfin cesser.
Les deux curieux s’approchent prudemment du vieux sorcier, un sourire hésitant aux lèvres. Ils ont autour de 25 ans. Ils se ressemblent un peu : châtains blonds, blancs de peau et de taille moyenne. Pas frère et sœur non plus, peut-être un couple.
Don Floro les conduit silencieusement dans une salle qui sépare son habitation d undefined u poulailler et des cages à cuyes. Avec sa large entrée qui donne sur la cour, cette salle aurait pu être un garage. La lumière ne peut entrer que par deux petites ouvertures creusées dans le plafond de terre. Des lambeaux de moustiquaire n’empêchent pas les bestioles d’entrer, mais ondulent gracieusement au rythme des courants d’air. Le sorcier assoit les deux étrangers sur des bottes de paille enrobées de plastique. Puis l’obscurité lui rappelle d’allumer les bougies de l’autel. La lumière rouge et vacillante lui révèle deux visages à l’expression mitigée : la bouche crispée par l’odeur de purin et la poussière, le regard fixe et impatient. Rassuré que la mise en condition prenne sur les visiteurs, Don Floro leur grommelle de se reposer en attendant son retour. En s’éloignant, il s’arrête et se penche sur l’une des flammes vacillantes, fiche une Hamington à la commissure et carbonise maladroitement le premier tiers de la clope. Il se redresse en pompant trois profondes bouffées avant de disparaître.
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Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /Jan /2008 11:06
- Par Pachamamico - Publié dans : Psyché

Chamane, curandero (guérisseur), brujo (sorcier)… Plusieurs noms pour le personnage central des sociétés andines et amazoniennes. Capable de se transformer en homme-oiseau, puma ou jaguar, il est le seul à pouvoir se déplacer dans les différentes dimensions du monde : le monde d’en haut, d’en bas, et le monde visible.

Aujourd’hui, certains se sont constitués une réputation mondiale, avec « lodges » confortables, accueil bilingue, séminaires à la carte et parfois même page Internet à l’appui.

Don Floro Navarro appartient à la vieille école. Sans manager ni secrétaire, l’octogénaire officie à quelques heures de pistes chaotiques de Lambayeque, région autrefois capitale de la civilisation Mochica.

 

 

Vautré sur la banquette du mototaxi, Don Floro laisse défiler le paysage sans le voir. Le panier plein d’herbes médicinales à son côté, il revient du marché de Mochumi encore plus préoccupé qu’à l’aller. C’est que les clients de ce soir sont un sacré défi, même pour un grand curandero comme lui. Croisé au marché, Agustín Rivas, le chamane le plus cher du pays, a tenté de le rassurer :

« Normalement, les étrangers, d’où qu’ils viennent, c’est un peu toujours les mêmes : des riches qui ne veulent pas en avoir l’air, un peu crasseux et les cheveux ébouriffés ; ils aiment généralement nous affirmer – avec le ton condescendant du colon - que notre dénuement nous rapproche de la Vérité autant que l’opulence les en éloigne […] Au final, tout ce qu’ils veulent, c’est se retourner le cerveau, mais en compagnie d’un personnage folklorique pour donner un côté mystique à leur expérience- souvenir. »

Peut-être ben qu'Agustín a raison, sa description tient la route. Ca lui rappelle même l’impression qu’il a eu la veille, au moment de sa rencontre avec les deux jeunes gringos. Mais le doute subsiste, il ne les sent pas.

Hier, les deux jeunes ont débarqué accompagnés de Margot, une cliente régulière qui tient un hôtel CIMG1959.JPG restaurant près de la plage de Pimentel. A l’annonce de son tarif «spécial touriste », les curieux ont fait la grimace. Alors cette crétine de Margot s’est mise à argumenter en sa faveur, vantant le pouvoir et la renommée de Don Floro. Son regard était passionné et insistant comme si une récompense lui avait été promise au cas où elle les convaincrait.                                                                                                                                
« Don Floro est très réputé dans la région. Les jeunes lui amènent leur mototaxi à bénir pour que leur engin ne tombe pas en panne et qu’il  évite les accidents ;  les vieux viennent avec leur entrejambe. Certains viennent de Lima, Cuzco, et même du Brésil, du Chili, de Colombie, de Suède… Grâce à ses connaissances botaniques, il peut tout soigner, répondre à tous nos désirs : il utilise  l’herbe de l’argent, celle de la santé, de l’amour… »

Le chamane l’a fait taire brutalement. D’habitude, c’est lui qui déblatère ce discours commercial, mais venant de la bouche de cette imbécile, ça l’a agacé. Et de toute façon, le couple laissait poliment transparaître son désintérêt pour ces arguments génériques. Alors, pour en finir, il a décidé d’abaisser ses honoraires de 500 à 400 soles. Et qu’ils reviennent le lendemain, il était trop fatigué ce soir-là. lezard-modif.JPG

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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 12:00
- Par Gabo - Publié dans : T'entends ?

Quelques chansons de la bas, où certains prolongent leur périple, alors que d'autres sont maintenant rentrés...


D'Afrique du Sud

Woza ANC - Freedom Choir


D'Argentine, à l'harmonica

Hugo Diaz - Volver


Du Sud de la Corée, en 1932

Han Youngae - Emperor's Old Castle site

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Mardi 25 décembre 2007 2 25 /12 /Déc /2007 23:00
- Par Dubitatif - Publié dans : Vagabond
J´avais bcp lu sur Buenos Aires avant d´y atterir: "la perle de l´Amerique du Sud", "la belle" ou bien encore "l´élegante"...
Et bien, voilá, j´y suis, et c´est tout ce que l´on m´a dit...et bien plus encore!
 
La ville est immense (plus de 10 millions d´habitants) et je n´y ai passé que deux jours, autant dire que j´ai peu (rien) vu et ne délivre ici que des impressions superficielles d´un touriste de passage...Soyez tolérant ceux qui connaissent cette ville mieux que moi!
 
Ville complexe, creuset culturel reprenant les grands traits communs aux mégalopoles sudaméricaines mais avec une influence européenne certaine dans l´architecture, les habitudes, la culture.
Les gens ici sont incroyablement beaux (les argentines, c´est l´hallu!), cela saute au visage! Ils semblent dignes, arborant une fierté tranquille, loin d´être supérieure, qui les rend séduisant et charmant.
L´ambiance est à la fête, à la célébration de la vie, à l´acceuil chaleureux, à la passion qui confine parfois à l´éxagération (les déïfications de Maradona ou de Gardel -"inventeur du tango"- y sont bien réelles!) et, cela mérite mention après plusieurs mois au Chili, à la gastronomie (la supériorité de la viande argentine n´est pas un mythe; elle se coupe quasiment à la fourchette!).
Cette envie de vivre est tangible qd on déambule dans les rues (se poser à un café de la place Serrano en soirée est un régal pr les yeux et l´esprit), un peu comme l´est le dynamisme new yorkais à Manhattan...
 
Evidemment, il est plus facile pr moi, européen nanti, de profiter des avantages de la ville (et Dieu sait qu´il y en a!). Tout n´est pas ausi rose pr tous: le trajet de l´aéroport au centre ville montre un envers du décor, fait de barres HLM délabrées, habitées par les "basureros" et autres pauvres aux profesions inventées pdt la crise des années 90´s.
 
Néanmoins, le peu que j´ai vu de cette ville m´a fait fantasmer, cela m´a semblait être la ville de la beauté (je me répète mais il faut vous en convaincre!), de l´élegance, de la grandeur latine telle que je l´imaginais avant d´arriver sur ce continent, elle m´est apparu comme un lieu de vie sincère, de fêtes et de sensualité où j´ai hâte de revenir pr une plus longue période...
 
 
ps: basurero= enfant ou adulte qui raque les poubelles et décharges de la ville afin de rassembler plastique, papiers ou cartons qu´ils revendent pour recyclage (2pesos les 10kg de plastique par ex, soit 0.6 dollar!). On voit ainsi passer, la nuit surtout, des gamins arnachés comme des mules à des immenses chariots (7 à 10 mètres cubes!) qu´il tracte jusqu´au centre de recyclage local...On se sent bien mal et coupable à les voir passer couvert de sueur et s´arrêter tous les 10m pr se reposer...
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Lundi 10 décembre 2007 1 10 /12 /Déc /2007 08:35
- Par Anthony - Publié dans : Vagabond


As I walked towards A Touch of Madness for another hung-over session of carrying tables, sweeping floors, microwaving peri-peri and pouring tequila to crazed alcoholics, there was a je-ne-sais-quoi somewhat awkward about this day. No sign of the usual plane reactor wind which traditionally blew skirts up and hats off. Rather a warm soothing temperature under a deep-blue summer sky. Observatory's homeless droogs and crystal meth addicts behaved as a herd of wild animals would seconds before an earthquake. I sensed a peculiar vibe as they agitated their ravaged limbs around me and spat an incalculable amount of nonsense. They weren't necessarily asking for money, which is highly atypical. Besides they knew that I hardly ever gave them any, except for an occasional basket of wedges and lit cigarette. Also there were quite many of them, which is also unusual at a time of day (12AM) when they are traditionally passed out in some filthy dead end.

 

Alex walked in shortly after I opened the place up. Decades ago, Red-Wine-Englishman Alex was a diplomat, he worked in Greece as a spokesperson for the Lebanese consul, and in Israel in the BoBotswana Republic's diplomatic mission. Nowadays he is a red-nosed intellectual who happens to be very fond of our house red wine. Alex was one of the first customers I served when I started working at Touch of Madness. It was the only time I ever asked him what he wanted to drink. He speaks Greek and Latin and quotes Clemenceau. "The United States miraculously went from Barbarism to Degeneracy without the usual transition of Civilization", says he in a grin.

 

Anyways, Alex walked in earlier than usual and ordered a snack platter to go with his glass of red. What's peculiar is that he was remarkably tipsy… Sober enough to reach for the feta cubes and cucumber I served him at the bar, but very chatty just like the freaks outside. After a common enquiry about the political situation in Lebanon ("Dear Consul, have you a President yet?") today's topic was the Hittite civilization (near-eastern tribe 2000 B.C., pronounced "hit-tight"). British accent: "You do realize, Anthony that you are probably a Hittite yourself?? In fact I shall henceforth call you…'My Hittite'". Alex wouldn't usually address me so casually in the presence of other customers. On an ordinary day he would quietly read the newspapers or one of his decomposing books while slowly enjoying a glass of our cheapest red. But today he got carried away to the extent of telling me more about his relationship with our common friend Maayan, the Israeli left-wing pacifist alcoholic lesbian. It appears Maayan has a collection of Lesbian soft-porn images, all of them neatly cut out and delivered in sealed envelopes by Alex himself! Hilarious when you know the man, although the homosexual parties he gives at his place now and then are very much talked about in Obs.

 

Hence the first oddity was Alex's strongly energized loquacity. But worse was to come… In fact as he was telling me about his ability to decipher cuneiform script, a fairly odd couple walked in and ordered two double Jameson's on the rocks (nothing unusual so far but wait for it). While en soi early afternoon whisky enthusiasts were an everyday type of customer at A Touch of Madness, a 40 year-old coloured guy (coloured in South Africa meaning Afrikaans-speaking dudes with partly white descent) walking in with a pimpled redhead teenager and ordering 4 rounds of double whiskies, 2 rounds of tequila shooters, 2 double rum and orange, another round of whisky and a shot of Frangelico on crushed ice, with no food whatsoever, at 2PM, was preoccupying. Lisa (the owner) complained about the guy's eccentricity. She only tolerated quirk from the mentally disabled and this guy seemed to be more or less sane. Nevertheless, he was fully satisfied with service and said that I was to replace Richard (the head barman) on his throne of glory, which obviously earned him my most insincere sympathy. But anyways, hours went by and they were getting increasingly goosed (Canadian slang for drunk)... In a vain effort to enunciate, pimple-face gave me the Finger every time I cynically hinted at them being so outrageously smashed. Coloured-skinny-dude ceremoniously ordered additional rounds (Afrikaner accent): "Much respect my bru!!! May we have a Retrospective Therapy please man?!"

 

They were sitting in the courtyard, an outside area by the kitchen, and by 4PM I was behind the bar talking to Alex when Lisa came to me with a vague expression of shock on her face. Out came the story: skinny-bru was going down on pimple-face in the courtyard (!). Lisa used an unheard-of expression but when I looked at her with my stupid I-don't-get-it face, she made it very clear: "He's giving his girlfriend a fucking blowjob!".

 

Outrage! Felony! This was highly improper in Observatory's most respected trade. I immediately decided on an action plan, which was to courteously invite them to get their horny asses off the premises. But compared to Richard, Lisa was rather tolerant, and since there were no customers in the adjacent ballroom, she asked me to bring them their drinks and kindly ask for them to 'calm down or get a room'. Hence I quickly poured a couple of double Havana clubs with lemon and orange and went straight to the courtyard only to find nobody was there! I left the drinks on their drenched wooden table and went back to Lisa's office. "Look behind the kitchen" she said, without taking her eyes off the computer screen. When I got there and took a peak from one of the backyard windows I was, as you can understand, tremendously shocked and amused by the sight of skinny-moustachioed-fellow with his pants down, going in-out in-out on his oh-so-ugly better half. You should've seen him go! Agitated as he was, all shaking and bouncing about her rear wagon… While determined to put an end to this disgrace I couldn't help the perversity of enjoying the situation, so I walked back to the office for orders, which were surprisingly to let the lovebirds finish each other off and do the talking afterwards. Five minutes later I walked back into the courtyard; pimple-face was sitting face down on the table with a filthy little grin on her red orgasmic face, while coloured-boy was yet to catch his breath. Alex joked that were this intercourse to bear fruits, the resulting creature should be called Anthony...

 

To make it short, the charming couple eventually ordered another few drinks, got all up-and-running again and next thing you know they were at it for a second time! This time it was in the ladies' room and since dinnertime customers were starting to come in, I was forced to brutally interrupt their lovemaking. In a very masculine fashion I banged on the door and asked them to come out at once and leave the house... "Bye chief!" he said as they walked out all sweaty and sticky like.

Those odd events were more than enough entertainment for Alex, who in turn got up, said to me 'goodbye lizard' in Latin – which was the closest he could get to 'see you later alligator' – and made his way towards whatever amusement the New Moon might bring.  

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Samedi 24 novembre 2007 6 24 /11 /Nov /2007 18:09
- Par Dubitatif - Publié dans : Vagabond
Jacquot avait entendu parlé de Jeannot et de ses aventures liméniennes… Après qlq hésitations, il se décida donc à le rejoindre à Lima, dans cette immense cité tentaculaire. Le quadrillage de « blocs » mal ajustés, les grandes rues éclairées dont les lueurs s’évanouissent dans l’horizon, cette ville grise et brumeuse qui se jette dans la mer, tt cela impressionna Jacquot lorsqu’il survola la ville…
 
Jacquot retrouva bien vite Jeannot, qui le pris sous son aile ; lui, était bien plus habitué aux baroudages dans les contrées latines et savait rassurer son camarade par son espagnol chantant et sa connaissance des lieux. Nos deux comparses étaient enfin rassemblés pr 15jrs d’équipée sauvage dans 3 univers différents…
 
D'abord, le chemin des Incas avec Cuzco et le Macchu Picchu, l'incontournable touristique, une des "7 nouvelles merveilles du monde"...
3 pleines journées dans Cuzco et sa région parsemée de ruines Incas permettent à Jeannot et Jacquot de se remémorer doucement cette culture disparue: à force de rencontres, de discussions, de lectures, de souvenirs, ils se représentent à nouveau cet empire du 13e siècle qui s'étendait de l'actuelle Colombie au Nord du Chili, et qui fut réduit au silence et à l’esclavagisme qlq siècles plus tard par les conquistadores espagnols.
Les deux amis arpenteront les rues escarpées de San Blas, le quartier bohème et calme de Cuzco, ils feront leurs emplettes botaniques sur le marché central de la ville, se vêtiront auprès des artisans de Pisaq, hanteront les bars cusquenos jusqu’aux premières lueurs du jour, avant de se succomber aux charmes de l’Hydre touristique qui leur promit le « graal » régional, le Macchu Picchu. De nombreux dollars plus tard (l’Hydre étant très assoiffée et même un peu cruelle...), Jeannot et Jacquot pénétrèrent enfin dans le sanctuaire Incas, perché sur une crête surplombant deux vallées de forêt sauvage. Ils s’étonnent alors de la liberté qu’ils trouvent sur le site, traversant les cultures en terrasse et les maisons sans toitures, dévalant les marches qui sillonnent la ville en ruine, et s’extasiant sur les pierres Incas à 12 ou 22 angles… Abandonnant leur guide folklorique, ils se lanceront ensuite dans une balade enchanteresse de 6-7h dans cette végétation tropicale des Andes, sur les chemins des Incas, bâtis ou creusés à flanc de montagne, enjambant rochers, ruisseaux ou fossés, uniques voies pour se rendre dans des temples plus reculés ou pr apprécier différents panoramas depuis les sommets avoisinants. Le lieu est sublime, grandiose et majestueux, il exhale la culture, le sacré et le mystère. Jacquot sera très touché par le poids de cette civilisation et de l’Histoire qu'il ressent ici…
 
Nos deux compères poursuivirent leur route dans un bus de nuit pr le lac Titicaca. Ces trajets interminables sur les routes (36h Lima-Cuzco, 7h Cuzco-Puno, 8h pr Puno-Arequipa) les réjouissent et les usent tour à tour ; des moments de repos, de discussions, truffés d’anecdotes rigolotes ou rageantes, mais la longueur de ces correspondances les rends parfois énervantes et ennuyeuses…
 
A peine arrivés sur les rives du lago Titicaca, Jeannot et Jacquot s’embarquèrent sur le premier bateau pr les îles péruviennes (Amantani et Taquilé) de ce lac immense, encerclé de montagnes, qui sépare le Pérou de la Bolivie. Au delà des curiosités touristiques comme les iles flottantes des Uros (fabriquées de ttes pièces à partir du roseau local) ou les traditions vestimentaires des habitants de Taquilé (ils montrent leur statut marital par la couleur de leur habits), c’est d’abord l’expérience humaine qui ravît Jacquot. Les deux amis dorment en effet chez une insulaire, madame Irma (et ses 2 enfants), dont le flegme quechua et la dignité indienne s’accordent à merveille avec le dénuement, l’isolement et la pureté de ces petites iles dont on fait le tour en 2-3h de marche. Jacquot se sent apaisé dans cet environnement minéral et silencieux, où l’impact humain est quasi imperceptible (pas d’électricité, d’hotel, de voiture, de vélo ou de chien). La vie au rythme du soleil et de la bougie, la lumière des soleils couchants, épurée par l’altitude, inciteront même nos amis à rester une nuit de plus sur ces îles protégées par les temples des antiques Pachamama et Pachapapa… Un petit goût d’éternel…
 
Aprés une brève escale a Aréquipa, ville culturellement et architecturalement marquée par l'emprunte coloniale espagnole et 2eme ville du pays (700 000 habitants contre 9 millions à Lima!), une nuit de transit dans un club liménien, Jacquot et Jeannot repartirent pr le Nord du Pérou, à Iquitos, ville tropicale posée sur les rives de l'Amazone, accessible seulement par bateau ou avion... C’est la porte de la « selva », la jungle amazonienne.
Jacquot hallucine en arrivant dans cette ville où l’humidité le fait transpirait à grosse goutte. C’est pourtant la saison sèche !
On ne circule quasiment qu’en motos ou mototaxis (sorte de rickshaw). Les rares bus n’ont pas de fenêtres, il fait bien trop chaud ; et de tte façon, tout s’arrête s’il pleut donc ca n’est pas gênant. Nos amis trouveront sur la Plaza de Armas de la ville une maison en fer, construite par Gustave Eiffel, transportée et remontée par un nabab du caoutchouc le siècle dernier… Esthétiquement sans intérêt, Jacquot reste persuadé que cette anachronisme illustre un peu le surréalisme de cette ville ! Le marché de Belén aussi ; espèce de bidonville de huttes sur pilotis construit dans le lit du fleuve. Jeannot et Jacquot le traverseront sous le cagnard de midi rendant le lieu encore plus insupportable et suffocant. Incommodés par les odeurs de poissons qui flétrissent au soleil, les étals trop bas qui oblige à avancer courbés en permanence, les ordures qui jonchent le sol, les groupes de charognards (vautours) qui se régalent à qlq mètres des enfants, Jacquot et Jeannot ne peuvent qu’imaginer ce même marché pdt la saison des pluies, qd le fleuve est au plus haut et que ces mêmes détritus sont recouverts par des mètres d’eau. Le gens se déplacent alors en kayak pr faire leurs courses ; c’est certainement moins sordide… Là, Jacquot a un peu l'impression de "visiter" la misère des autres, comme s'il s'agissait d'une attraction exotique...Le crépitement du flash de son camarade et d'autres touristes le mirent mal à l'aise...
 
En fait, c’est surtout les 4 jrs passés dans la selva qui ont motivé nos compères à venir là où naît le fleuve roi, l’Amazone, qui s’écoule ensuite sinueusement jusqu’aux côtes atlantiques brésiliennes. 
Jacquot et Jeannot s'éloignèrent de qlq centaines de km d'Iquitos, par l'unique route qui rejoint Nauta, puis par bateaux à moteurs et à rames afin de s'immerger dans 
« l’enfert vert » de la jungle.
L'enfer s'est avéré être un paradis.
Le climat tropical, la chaleur humide, les moustiques et autres bestioles (fourmis très agressives) n'étaient que de très petits désagréments face à la découverte du gigantisme de cette jungle : les deux amis partageront la vie tranquille et rigolote des indiens locaux (cultiver-yucca/fruits/riz, pêcher-piranhas/tucunaré, manger-ananas/papaye/pastèque, boire-whisky de la selva, glander et converser dans des hamacs/dans des bars de la selva, boire-biere/rhum, jouer au foot/après avoir tondu le terrain municipal à la machette bien sur, ...), ils verront qlq animaux exotiques (singes, bébé caiman -goût très proche du poulet-, anaconda, toucans, perroquets, etc), s’endormiront bercer par les mouvements de hamacs -un délice de paresse- ou le tangage des lanchas, avec toujours en fond sonore le bruit des animaux. Enfin, ils profiteront des cours de botanique donné par leur hôte -de la liane qui fournit de l'eau potable qd on la coupe, aux plantes médicinales et épices de la jungle-, se doucheront sous la pluie tropicale ou se baigneront dans le rio verdâtre...
Cette simplicité de vie, les gens rencontrés là-bas, la quiétude des lieux ont fait de cette découverte de la jungle le coup de cœur de Jacquot. Il repense souvent depuis à ce qu’il a ressenti là-bas : être à l’écart du monde, à l’abri de la pression sociale et des contraintes de tps. Une liberté paradoxale puisque la nature parfois hostile nous emprisonne (Nous avons rencontré qlq’un qui s’est perdu 8jrs dans la jungle en allant de balader à coté de chez lui !!!) mais nous protège de l’extérieur…
 
C’est sur ce petit nuage vert que Jacquot a du quitter son ami et retourner étudier sous les latitudes chiliennes…
Les deux amis n’auront pas rencontrés de shamane comme il l’avait d’abord espéré, mais cette dose d’émotions accumulée dans les regions pittoresques du Pérou a fourni à Jacquot le « fix de voyage » dont il avait besoin après son arrivée décevante dans l’américanisme chilien.

Il prend peu à peu conscience de l’immensité et de la complexité de ce continent latin avec tous ces reliefs à surmonter (jungle, salars, Andes, déserts), de son unité disloquée à l’image de la langue : cet espagnol que l’on parle partout, mais dans chaque pays différemment... Il attend avec une impatience difficilement contenue sa prochaine expédition dans les steppes patagones du Chili et de l’Argentine…
Eh oui, un fix est un fix, il en appelle toujours un suivant !
 
A suivre ???
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Lundi 12 novembre 2007 1 12 /11 /Nov /2007 22:25
- Par hen - Publié dans : Psyché

Nauta, un an auparavant. Séparé depuis deux jours de ses compagnons de route, Fernando progresse péniblement au cœur du marché central. Il se faufile entre les stands et les passants, la tête baissée pour passer sous les bâches. L’atmosphère est suffocante. La chaleur poisseuse, commune à toute la jungle, est intensifiée par l’effet de serre des bâches. Le peu d’air disponible, imprégné d’odeurs de poisson, de corne brûlée, de volière… Pas de quoi mettre en appétit, mais il est décidé à se forcer à manger un bout. Il a déjà perdu tellement de poids, il se sent trop faible pour continuer à l’ignorer. D’ailleurs, il a décidé d’aller consulter un homme de connaissance l’après-midi même. Une adresse dans sa poche, un ermite dont on dit beaucoup de bien. Dans le labyrinthe des cantines du marché, il s’assoit comme un habitué sur le premier tabouret de libre, sans prendre le temps de consulter le menu. Avalant mécaniquement sa soupe au riz, il jette un œil à l’adresse gribouillée sur son paquet de Hamilton : Juan Salas Mesa, Rio Yarapa, caserio Nuevo Loreto. C’est à au moins deux heures de peke-peke[1].

Sur la berge de l’Amazone, il y a déjà pas mal de monde qui attend pour embarquer. Et surtout beaucoup de marchandises : des gros sacs de vêtements, des ananas, des régimes de bananes de toutes tailles, des yuccas et même quelques poules… Tout le monde est mis à contribution pour charger le bateau : les enfants dockers et les usagers se passent les fruits et les sacs à la chaîne. Le moteur de l‘embarcation entame sa quinte de toux caractéristique, Fernando tente de se faire une petite place parmi les ananas qui lui piquent les fesses. Les visages sont fatigués après la journée de marché. Les corps entassés à l’avant et à l’arrière du bateau, pêle-mêle avec les marchandises. Le centre de la barque est le territoire réservé de deux jeunes touristes. Ils sont confortablement étendus dans des hamacs fixés aux chevrons du toit. Leurs appareils photo futuristes mitraillent le paysage, les nuages, les dauphins roses, les fruits et les passagers, Fernando compris. Le bateau zigzague lentement entre les courants pour remonter le fleuve. Sur demande, des villageois embarquent ou débarquent. Après une demi-heure de trajet, le guide des étrangers réclame une pause de 5 minutes au prochain village. Au ton sans appel, le conducteur du bateau suppose que c’est sérieux et obéit sans un mot. Arrivé au « port », quelques rondins entrecroisés, la barque s’amarre. Quinze minutes plus tard, le guide et son assistant reviennent tranquillement du village. Très vite, le conducteur constate dans un froncement de sourcil que leur besoin pressant, c’était l’alcool. Une bouteille de Coca Cola de 50 cl pleine d’Aguardiente[2]. Les deux guides s’enivreront le reste du trajet, s’amusant à forcer un peu la main aux deux gringos.

Tu es arrivé mon frère ! Fernando est réveillé en sursaut par le conducteur. Un peu paniqué, il jette son sac sur le dos et saute sur la plateforme flottante. Dans la précipitation, son pied droit glisse entre deux rondins, il se rattrape lourdement, ce qui a pour effet de faire couler un autre rondin. Au terme d’une danse épileptique, Fernando a évité le pire, il n’est trempé que jusqu’à la ceinture.

Cet épisode fait bien rire Juan ! Le médecin-botaniste-guérisseur a conservé toute son espièglerie de gamin malgré ses 57 ans. Il installe Fernando dans un hamac, puis disparaît dans son jardin luxuriant. Quand il revient, ses bras sont chargés de racines et de plantes de toutes les couleurs. Il les écrase, pèle, malaxe, et cuisine toute l’après-midi. L’odeur émanant du feu est de plus en plus écoeurante. La nuit tombée, les bougies allumées, Juan apporte une décoction noire encore fumante dans une vieille bouteille plastique. Pas de mots pour décrire l’expérience de Fernando. Il passe du rire aux larmes, pousse des cris inhumains, se sent mourir, vomit ses entrailles, dévoré de l’intérieur par le serpent de l’ayahuasca.  

  Animation de Antonio Soho Cahuas, PUCP.

A son réveil le matin suivant, il a le sentiment d’être un nouveau-né, comme s’il prenait contact avec la réalité pour la première fois. Mécaniquement, il se lève, remercie son soigneur et repart pour la ville. Il ne sait pas pourquoi, mais il doit appeler sa famille. Son frère répond, Fernando parle sans savoir ce qu’il dit, le serpent est encore aux manettes de son esprit. Venez me chercher, je souffre d’un début de tuberculose.

Son premier réflexe est de se rattraper et se corriger, mais il sent que c’est réel. Le serpent le lui a enseigné.



[1] Barque équipée d’un moteur de tondeuse au bruit éponyme. Principal transport en commun d’Amazonie.

[2] Le « whiskey de la selva » : alcool de canne à quatre soles le litre.    

anti_
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Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 01:48
- Par Henito - Publié dans : Psyché

 

 

Le soir commence à tomber sur la lagune. Fernando et Jeannot finissent de digérer le festin financé par la vente d’un banal collier à un prix inespéré. Il fut un temps où Fernando aurait culpabilisé de vendre à un prix si extravagant. Mais il s’est depuis trouvé une parade morale, qui n’est d’ailleurs pas de lui : considérer que le prix juste d’un objet qu’il a fabriqué en une heure vaut 5 soles revient à se référer au salaire péruvien. Mais vu qu’il s’agissait de finlandaises, il faut considérer leur salaire pour connaître le prix juste. En somme, ce n’est pas un objet qu’il vend, ce sont des heures de travail qu’ils échangent : une heure de travail péruvien produit un collier de graines colorées, une heure de travail finlandais produit un salaire de 40 soles. Une heure contre une heure, le collier vaut bien 40 soles…Heureux, il sourit, fier de son raisonnement encore une fois appliqué.

Allongés dans le sable, ils ont été rejoints par la dizaine de nomades présents ce jour-là. Ils se connaissent tous : Hugo le sympa d’Ayacucho, Jose le mexicain, Jorge l’équatorien, Angelino l’excentrique, Nadia la belle rasta… On s’échange des nouvelles de connaissances communes, expose les projets de chacun, évoque de possibles retrouvailles ultérieures, échangent les contacts mails manquants au carnet d’adresses.

Profitant de l’obscurité naissante, Angelino embrase les deux extrémités de sa perche et se lance dans une chorégraphie à mi-chemin entre les mouvements de majorette et le kata de kung-fu. Son look très travaillé le rend encore plus fascinant : ses longues pattes de cheveux en pointe, ses lunettes de chips, ses sandales de grec… Et ses déplacements de félin ! Ce ne sont pas les jongleries d’un équilibriste qu’ils voient, c’est une image, une sorte de petite œuvre humaine. Alors que Fernando se décide à l’accompagner avec des torches enflammées, la longue silhouette de Patrick apparaît. Il fait déjà bien nuit, il faut partir tout de suite. Heureusement la lune presque pleine éclairera leurs pas. Avant de s’enfoncer dans le désert, Jeannot tient absolument à boire la décoction de San Pedro ; il l’a préparé une journée durant spécialement pour l’occasion. Dans une grimace d’amertume, il ingurgite la moitié du jus visqueux et passe la bouteille à Fernando. Les premiers effets de la substance hallucinogène devraient se manifester d’ici une heure, ce qui devrait correspondre à leur arrivée au camp.

Dans le désert, Patrick a l’air de flotter, il distance très facilement ses hôtes qui doivent se contenter de suivre ses traces pour ne pas se perdre. Jeannot et Fernando soufflent comme s’ils progressaient à 5000 mètres d’altitude ; devant, le gardien du désert souffle continuellement dans son didgeridoo, un peu comme Mihai, le berger roumain qui guide ses moutons au son de sa flûte.

Après avoir gravi de nombreuses dunes, ils découvrent enfin le campement : 3 hamacs, un abri pour les poubelles collectées et une tente arborant des messages de dévotion à Pachamama, entendez « Terre Mère ». Epuisés par la marche et le début de nausée provoquée par la potion, les deux compères s’effondrent littéralement dans les hamacs. Patrick leur donne rapidement les consignes de sécurité, comme ne pas tenter de rejoindre la lagune en pleine journée ou ne pas quitter le campement sans eau, puis repart pour la lagune. Alors qu’il a déjà disparu derrière les dunes, les deux compères restent immobiles à suivre les vibrations du didgeridoo qu’ils entendent d’abord et qu’ils finissent par imaginer.

Le projet initial du barbecue est tacitement abandonné : le breuvage amer leur donne plus envie de dégurgiter que de d’avaler quoi que ce soit. Il devient par contre impératif de faire un feu : le froid tenaille et leur état de faiblesse les fait grelotter. Le feu de camp lancé, les deux ermites d’un soir se serrent autour de la source de chaleur et se glissent doucement dans un état d’hypnose. Le combustible est tellement sec qu’il faut sans arrêt alimenter les flammes gourmandes. Les yeux rivés sur le feu, ils enfouissent leurs pieds nus dans le sable chauffé par les braises. Leurs visages sont travaillés, leurs sentiments confus oscillent entre l’état de béatitude, de contemplation et la douleur de se trouver seuls face à eux-mêmes. Fernando sent son visage vieillir, dévoré par la culpabilité et la peur de disparaître. Dans un état proche de la transe, des pensées le bousculent : Que dois-je faire ? Tout avouer et tout perdre ? Ou m’accrocher aux dernières apparences qui me protègent ? Jeannot pourrait-il comprendre ? Ne m’abandonnerait-il pas immédiatement, effrayé ? C’est sûr qu’il m’en voudra, il est déjà trop tard pour le dire… Et puis je suis déjà en train de disparaître !

Il sursaute, prenant conscience qu’il vient de dire la dernière phrase à haute voix ! Il n’ose pas lever les yeux vers Jeannot, peut-être est-il trop fasciné par les flammes pour avoir entendu… Mais Jeannot a ressenti le malaise. Plus que le murmure, c’est le sursaut qui l’intrigue. Qu’est ce qui ne va pas ?

Fernando se sent complètement transparent, il panique, chaque seconde silencieuse qui s’écoule le décontenance et l’oppresse plus encore. Finalement, au bout d’une minute infinie, de grosses larmes viennent combler l’absence de mots. Entre deux sanglots, il crie presque : la tuberculose est en train de me dévorer !

A suivre.
DSC04134.JPG

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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /Nov /2007 21:27
- Par Henito - Publié dans : Psyché

A-DSC04103.JPG Passées les premières dunes, on découvre un petit hameau structuré comme un cadre de tableau enjolivant la peinture qu’est cette grande flaque d’eau : la laguna de Huacachina. En soit, ce n’est pas extraordinaire, une flaque - surtout qu’elle n’est pas au milieu du désert – mais celle-ci est célèbre, elle apparaît même au dos du billet de 50 soles.

Patrick est une figure emblématique du site et tout le monde sait où le trouver. Voyant Fernando, c’est lui qui vient à notre rencontre, suivi de près par une jeune baba humanitaire française. Son physique est à l’image de sa personnalité charismatique ; grand et svelte, les joues légèrement creusées habillées d’une barbe christique, des lunettes profilées aux verres opaques. La jeune fille ne parait pas bien parler ni même bien comprendre l'espagnol. Néanmoins, elle sourit ou acquiesce à chaque intervention de Patrick. Il accepte tout de suite d’entreposer leur bataclan dans sa chambre minuscule qu’il doit en plus partager avec ses deux filles présentes pour le week-end. La discussion prend l’allure d’un dialogue entre Patrick et Jeannot. Patrick raconte son campement à une heure de marche dans le désert, les volontaires qui l’accompagnent pour l’aider dans son ramassage de détritus, ses petits tracas avec la police qui s’oppose à sa mission, son entêtement pacifique et sans haine…

Fernando connaît déjà bien toutes ces histoires. Sans le sou, il se fait la réflexion que ce n’est pas des paroles qui vont le nourrir. Il se retire poliment et va s’installer non loin de là, au bord de la lagune, sur un banc situé dans un lieu de passage. Il déballe sa sacoche en bandouillère, déploie un petit tapis sur le banc et y dispose méthodiquement, avec des gestes déjà mille fois répétés, tous les colliers, bracelets et autres pipes de sa confection. Non loin de là, de l’autre côté de la lagune, un de ses pairs a lui aussi installé son petit stand, son "patch". Mais lui a déjà plusieurs touristes amassés autour de son tapis, tous à triturer un fossile ramassé au brésil ou un pendentif de dent de requin récupérée d'un ami. Fernando regrette de ne pas pouvoir s’installer dans cette rue nettement plus fréquentée, il sait que les locaux l’expulseraient immédiatement. Il se ressaisit aussitôt : il ne s’agit pas de vendre un maximum, mais simplement de faire une affaire suffisamment bonne pour couvrir les dépenses de la journée. C’est tout le sens du « patchage » : plus un mode de vie qu’un métier ; un moyen de vivre en voyageant, pas de s’enrichir. Les artisans comme lui parcourent les pays d’Amérique Latine et étalent leurs babioles sur des carrés de tissu présentoirs qui sont autant de patches de trottoir. Entre eux, pas de concurrence, mais plutôt un esprit communautaire. Si l’un n’a pas ce que recherche le touriste, il l’orientera vers un autre collègue qui pourra satisfaire son besoin. Quand l’un d’eux découvre un bon plan pour le logement ou la nourriture, l’information circule instantanément. La communauté ne pourrait d’ailleurs pas survivre sans ce sens du partage et de la solidarité : où qu’ils aillent, l’exclusion et la discrimination les assaillent. Souvent trop bronzés, les cheveux parfois trop longs,un mode de vie pas assez conventionnel, c’est plus qu’il n’en faut pour être montré du doigt et chassé. A l'image des municipalités françaises qui rechignent à investir dans des structures d’accueil pour gens du voyage, la police et les représentants de villes péruviennes s’efforcent de dissuader les touristes d’acheter à « ces dangereux marginaux », des restaurants et hôtels refusent de servir les artisans, certains hôtels pour backpackers refusent même carrément d’héberger des péruviens, pour « protéger les touristes ».
Jeannot et la petite française continuent de boire les paroles de Patrick. Ce dernier leur décrit les joies du désert : la sérénité et la puissance du lieu bien sûr, mais aussi le plaisir de dévaler une dune en courant en arrière, faire des galipettes, courir en faisant les plus grandes enjambées possible… Ce gars doit avoir 30 ans de moins une fois dans le désert. Puis le thème de la discussion dérive vers le mysticisme : les hommes de connaissance – comprenez shaman, l’ayahuasca et surtout le San Pedro. Ce cactus est un symbole du Pérou : disposé au seuil de la porte, il assure bonheur et protection au foyer ; bu lors de cérémonies religieuse, il enseigne au shaman curandero comment soigner son patient. Enfin, Patrick propose à Jeannot de passer une nuit dans son campement au cœur du désert. Les yeux du jeune européen pétillent, c’est la seule chose qu’il voulait entendre. Ils partiront dès que le soleil s’adoucira.

A suivre.

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Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /Nov /2007 09:56
- Par Gabo - Publié dans : Société

J’ai entre temps à nouveau rencontré mon amie Phoebe, celle qui m’avait introduit auprès du « président », l’ancien dictateur coréen Chun Doo-hwan. Je lui ai avoué que je ne souhaitais plus rencontrer cet homme à l’avenir. Etonnée, Phoebe m’avait alors demandé si ce genre de réaction (à savoir, ne pas vouloir côtoyer un dictateur qui a été directement responsable de la mort de centaines, voire de milliers de personnes) était typiquement française, arguant que cet homme avait payé pour ses actes – pas bien cher ceci dit au passage – et  que tout cela appartenait au passé. Je lui expliquais alors rapidement qu’à mon sens cela n’avait rien de français, et que c’était plutôt lié au fait que je me sentais « mal à l’aise » en présence d’un tel individu. Mais bon c’est vrai, peut être que le culturel y est aussi pour quelque chose et que les américains pardonnent plus facilement aux dictateurs sanguinaires que nous autres de la vielle Europe. Je n’en sais rien et ne m’avancerai d’ailleurs pas trop à ce sujet.

 

C’est mon camarade de classe Kim Man Kon (que j’appelle « Man Gone ») qui m’a invité à ce dîner, lui-même ayant à l’époque été un fervent opposant au régime de Chun Doo-hwan. Lors d’un « socialize event » (comprendre beuverie générale entre copains de classe jusqu’au petit matin, après être passé par deux voire trois bars, avoir mangé une sorte de poulpe séché et un bouillon de vers à soie, un passage en boîte et un détour au karaoké) Man Gone avait évoqué ses années d’étudiant militant à la Seoul National University. En apprenant que j’avais rencontré son dictateur en personne, il m’invita illico, empli d’émotions rempli de boissons, à le joindre lundi soir au restaurant Main Liebes Alps (dont seule la consonance est allemande et qui correctement orthographié signifie « Mes chères Alpes »). Un dîner était organisé pour commémorer les soulèvements étudiants, dont l’aboutissement fut l’instauration de la démocratie dans le sud de la péninsule en 1987.

 

Man Gone à la quarantaine et comme la grande majorité de mes copains de classe, il fait une pause études pour passer son MBA. C’est un homme engagé, un militant plein de convictions qui aborde avec la même aisance la structure hiérarchisée de la société coréenne et l’augmentation de la production de spermatozoïdes chez l’homme qui se pense cocu.

Le restaurant est plein à craquer. Ses copains d’antan l’accueillent par de franches accolades ; l’ambiance est très joviale, ils ont tous déjà bien bu. Sur les tables s’empilent pêle-mêle bouteilles de whisky et de vin, canettes de bière et restes de poissons séchés. On s’empresse de nous faire de la place à une table et en seul occidental présent, qui plus est tout jeunot, je suscite naturellement la curiosité. Man Gone me présente à ses acolytes et leur glisse quelques mots au sujet de ma fameuse rencontre. Un type bondit aussitôt en bout de table et braille tout sourire dans un anglais incompréhensible « Here, we hate Chun Doo-hwan ! » Le ton est donné ! Tous sont d’anciens étudiants de la Seoul National University, qu’ils ont intégré dans les années 80’. A l’époque ils étaient au cœur de la révolte, aujourd’hui ils sont pour la plupart cadres chez Samsung, Hyundai ou LG et s’échangent leurs cartes de visite. Chacun porte un badge sur lequel figurent le nom et l’année d’entrée à l’université. Ce petit détail à nos yeux revêt ici toute son importance : en Corée, il est primordial de déceler rapidement l’âge de son interlocuteur afin de se soumettre aux règles de la hiérarchie confucéenne. On appelle ainsi une personne plus âgée par son nom précédé de son titre (oncle, grande sœur, professeur…), on lui voue respect et dévouement dans chacun de nos gestes (on place par exemple son verre légèrement en deçà du sien lorsque l’on trinque et on tourne la tête pour boire), et en contrepartie tu bois et manges à l’oeil, l’aîné t’entretiens toute la soirée !

 

Une question revient souvent : « Sais tu pourquoi nous sommes réunis ce soir ? »

Oui, je sais pourquoi vous êtes tous là ! J’en sais d’ailleurs plus que vous ne le pensez… Je feins cependant de ne pas vraiment avoir saisi le but de cette réunion, leur laissant le plaisir d’évoquer leurs années rebelles. J’ai écouté leurs histoires et j’ai ainsi appris comment les étudiants se massaient autour des leaders pour éviter leur arrestation et permettre aux manifestations de durer plus longtemps. L’un me parle de ses deux années passées derrière les barreaux, l’autre évoque les déchirements lorsque un étudiant se retrouvait pendant les affrontements nez à nez avec son frère, militaire le temps de son service. Man Gone me détaille la mort de ses deux copains de classe, suicidés pour la cause, en signe de protestation ultime (le premier s’est immolé, le second s’est jeté du haut d’une église après s’être ouvert le bide). Les anecdotes s’enchaînent, mais toutes se concluent sur la même note : « we have sacrificed our lives for democracy ! »

Ils sont hilares en apprenant que je suis né en 1984, en pleine tourmente. Je suis jeune mais certains insistent pour que je les appelle « friend » et non pas « uncle ». Man Gone m’offre un livre qui retrace ces années de révolte, il s’intitule « Two beautiful men » en l’honneur de ses copains disparus.

 

Les verres se remplissent, se vident et les cigarettes se consument à une vitesse impressionnante ; le serveur a bien du mal à suivre. Sur l’estrade un micro a été installé, il est rapidement pris d’assaut. Les chants et slogans de l’époque sont entamés à pleins poumons, repris en cœur par les copains attablés. Il est temps pour moi de filer. Je me fais tout petit, siffle mon verre d’un trait, remercie chaleureusement mon ami Man Gone et m’éclipse discrètement avec à la main un livre écrit rien qu’en coréen. 

 

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