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Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /2007 01:48
- Par Henito - Publié dans : Psyché

 

 

Le soir commence à tomber sur la lagune. Fernando et Jeannot finissent de digérer le festin financé par la vente d’un banal collier à un prix inespéré. Il fut un temps où Fernando aurait culpabilisé de vendre à un prix si extravagant. Mais il s’est depuis trouvé une parade morale, qui n’est d’ailleurs pas de lui : considérer que le prix juste d’un objet qu’il a fabriqué en une heure vaut 5 soles revient à se référer au salaire péruvien. Mais vu qu’il s’agissait de finlandaises, il faut considérer leur salaire pour connaître le prix juste. En somme, ce n’est pas un objet qu’il vend, ce sont des heures de travail qu’ils échangent : une heure de travail péruvien produit un collier de graines colorées, une heure de travail finlandais produit un salaire de 40 soles. Une heure contre une heure, le collier vaut bien 40 soles…Heureux, il sourit, fier de son raisonnement encore une fois appliqué.

Allongés dans le sable, ils ont été rejoints par la dizaine de nomades présents ce jour-là. Ils se connaissent tous : Hugo le sympa d’Ayacucho, Jose le mexicain, Jorge l’équatorien, Angelino l’excentrique, Nadia la belle rasta… On s’échange des nouvelles de connaissances communes, expose les projets de chacun, évoque de possibles retrouvailles ultérieures, échangent les contacts mails manquants au carnet d’adresses.

Profitant de l’obscurité naissante, Angelino embrase les deux extrémités de sa perche et se lance dans une chorégraphie à mi-chemin entre les mouvements de majorette et le kata de kung-fu. Son look très travaillé le rend encore plus fascinant : ses longues pattes de cheveux en pointe, ses lunettes de chips, ses sandales de grec… Et ses déplacements de félin ! Ce ne sont pas les jongleries d’un équilibriste qu’ils voient, c’est une image, une sorte de petite œuvre humaine. Alors que Fernando se décide à l’accompagner avec des torches enflammées, la longue silhouette de Patrick apparaît. Il fait déjà bien nuit, il faut partir tout de suite. Heureusement la lune presque pleine éclairera leurs pas. Avant de s’enfoncer dans le désert, Jeannot tient absolument à boire la décoction de San Pedro ; il l’a préparé une journée durant spécialement pour l’occasion. Dans une grimace d’amertume, il ingurgite la moitié du jus visqueux et passe la bouteille à Fernando. Les premiers effets de la substance hallucinogène devraient se manifester d’ici une heure, ce qui devrait correspondre à leur arrivée au camp.

Dans le désert, Patrick a l’air de flotter, il distance très facilement ses hôtes qui doivent se contenter de suivre ses traces pour ne pas se perdre. Jeannot et Fernando soufflent comme s’ils progressaient à 5000 mètres d’altitude ; devant, le gardien du désert souffle continuellement dans son didgeridoo, un peu comme Mihai, le berger roumain qui guide ses moutons au son de sa flûte.

Après avoir gravi de nombreuses dunes, ils découvrent enfin le campement : 3 hamacs, un abri pour les poubelles collectées et une tente arborant des messages de dévotion à Pachamama, entendez « Terre Mère ». Epuisés par la marche et le début de nausée provoquée par la potion, les deux compères s’effondrent littéralement dans les hamacs. Patrick leur donne rapidement les consignes de sécurité, comme ne pas tenter de rejoindre la lagune en pleine journée ou ne pas quitter le campement sans eau, puis repart pour la lagune. Alors qu’il a déjà disparu derrière les dunes, les deux compères restent immobiles à suivre les vibrations du didgeridoo qu’ils entendent d’abord et qu’ils finissent par imaginer.

Le projet initial du barbecue est tacitement abandonné : le breuvage amer leur donne plus envie de dégurgiter que de d’avaler quoi que ce soit. Il devient par contre impératif de faire un feu : le froid tenaille et leur état de faiblesse les fait grelotter. Le feu de camp lancé, les deux ermites d’un soir se serrent autour de la source de chaleur et se glissent doucement dans un état d’hypnose. Le combustible est tellement sec qu’il faut sans arrêt alimenter les flammes gourmandes. Les yeux rivés sur le feu, ils enfouissent leurs pieds nus dans le sable chauffé par les braises. Leurs visages sont travaillés, leurs sentiments confus oscillent entre l’état de béatitude, de contemplation et la douleur de se trouver seuls face à eux-mêmes. Fernando sent son visage vieillir, dévoré par la culpabilité et la peur de disparaître. Dans un état proche de la transe, des pensées le bousculent : Que dois-je faire ? Tout avouer et tout perdre ? Ou m’accrocher aux dernières apparences qui me protègent ? Jeannot pourrait-il comprendre ? Ne m’abandonnerait-il pas immédiatement, effrayé ? C’est sûr qu’il m’en voudra, il est déjà trop tard pour le dire… Et puis je suis déjà en train de disparaître !

Il sursaute, prenant conscience qu’il vient de dire la dernière phrase à haute voix ! Il n’ose pas lever les yeux vers Jeannot, peut-être est-il trop fasciné par les flammes pour avoir entendu… Mais Jeannot a ressenti le malaise. Plus que le murmure, c’est le sursaut qui l’intrigue. Qu’est ce qui ne va pas ?

Fernando se sent complètement transparent, il panique, chaque seconde silencieuse qui s’écoule le décontenance et l’oppresse plus encore. Finalement, au bout d’une minute infinie, de grosses larmes viennent combler l’absence de mots. Entre deux sanglots, il crie presque : la tuberculose est en train de me dévorer !

A suivre.
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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /2007 21:27
- Par Henito - Publié dans : Psyché

A-DSC04103.JPG Passées les premières dunes, on découvre un petit hameau structuré comme un cadre de tableau enjolivant la peinture qu’est cette grande flaque d’eau : la laguna de Huacachina. En soit, ce n’est pas extraordinaire, une flaque - surtout qu’elle n’est pas au milieu du désert – mais celle-ci est célèbre, elle apparaît même au dos du billet de 50 soles.

Patrick est une figure emblématique du site et tout le monde sait où le trouver. Voyant Fernando, c’est lui qui vient à notre rencontre, suivi de près par une jeune baba humanitaire française. Son physique est à l’image de sa personnalité charismatique ; grand et svelte, les joues légèrement creusées habillées d’une barbe christique, des lunettes profilées aux verres opaques. La jeune fille ne parait pas bien parler ni même bien comprendre l'espagnol. Néanmoins, elle sourit ou acquiesce à chaque intervention de Patrick. Il accepte tout de suite d’entreposer leur bataclan dans sa chambre minuscule qu’il doit en plus partager avec ses deux filles présentes pour le week-end. La discussion prend l’allure d’un dialogue entre Patrick et Jeannot. Patrick raconte son campement à une heure de marche dans le désert, les volontaires qui l’accompagnent pour l’aider dans son ramassage de détritus, ses petits tracas avec la police qui s’oppose à sa mission, son entêtement pacifique et sans haine…

Fernando connaît déjà bien toutes ces histoires. Sans le sou, il se fait la réflexion que ce n’est pas des paroles qui vont le nourrir. Il se retire poliment et va s’installer non loin de là, au bord de la lagune, sur un banc situé dans un lieu de passage. Il déballe sa sacoche en bandouillère, déploie un petit tapis sur le banc et y dispose méthodiquement, avec des gestes déjà mille fois répétés, tous les colliers, bracelets et autres pipes de sa confection. Non loin de là, de l’autre côté de la lagune, un de ses pairs a lui aussi installé son petit stand, son "patch". Mais lui a déjà plusieurs touristes amassés autour de son tapis, tous à triturer un fossile ramassé au brésil ou un pendentif de dent de requin récupérée d'un ami. Fernando regrette de ne pas pouvoir s’installer dans cette rue nettement plus fréquentée, il sait que les locaux l’expulseraient immédiatement. Il se ressaisit aussitôt : il ne s’agit pas de vendre un maximum, mais simplement de faire une affaire suffisamment bonne pour couvrir les dépenses de la journée. C’est tout le sens du « patchage » : plus un mode de vie qu’un métier ; un moyen de vivre en voyageant, pas de s’enrichir. Les artisans comme lui parcourent les pays d’Amérique Latine et étalent leurs babioles sur des carrés de tissu présentoirs qui sont autant de patches de trottoir. Entre eux, pas de concurrence, mais plutôt un esprit communautaire. Si l’un n’a pas ce que recherche le touriste, il l’orientera vers un autre collègue qui pourra satisfaire son besoin. Quand l’un d’eux découvre un bon plan pour le logement ou la nourriture, l’information circule instantanément. La communauté ne pourrait d’ailleurs pas survivre sans ce sens du partage et de la solidarité : où qu’ils aillent, l’exclusion et la discrimination les assaillent. Souvent trop bronzés, les cheveux parfois trop longs,un mode de vie pas assez conventionnel, c’est plus qu’il n’en faut pour être montré du doigt et chassé. A l'image des municipalités françaises qui rechignent à investir dans des structures d’accueil pour gens du voyage, la police et les représentants de villes péruviennes s’efforcent de dissuader les touristes d’acheter à « ces dangereux marginaux », des restaurants et hôtels refusent de servir les artisans, certains hôtels pour backpackers refusent même carrément d’héberger des péruviens, pour « protéger les touristes ».
Jeannot et la petite française continuent de boire les paroles de Patrick. Ce dernier leur décrit les joies du désert : la sérénité et la puissance du lieu bien sûr, mais aussi le plaisir de dévaler une dune en courant en arrière, faire des galipettes, courir en faisant les plus grandes enjambées possible… Ce gars doit avoir 30 ans de moins une fois dans le désert. Puis le thème de la discussion dérive vers le mysticisme : les hommes de connaissance – comprenez shaman, l’ayahuasca et surtout le San Pedro. Ce cactus est un symbole du Pérou : disposé au seuil de la porte, il assure bonheur et protection au foyer ; bu lors de cérémonies religieuse, il enseigne au shaman curandero comment soigner son patient. Enfin, Patrick propose à Jeannot de passer une nuit dans son campement au cœur du désert. Les yeux du jeune européen pétillent, c’est la seule chose qu’il voulait entendre. Ils partiront dès que le soleil s’adoucira.

A suivre.

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Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /2007 09:56
- Par Gabo - Publié dans : Société

J’ai entre temps à nouveau rencontré mon amie Phoebe, celle qui m’avait introduit auprès du « président », l’ancien dictateur coréen Chun Doo-hwan. Je lui ai avoué que je ne souhaitais plus rencontrer cet homme à l’avenir. Etonnée, Phoebe m’avait alors demandé si ce genre de réaction (à savoir, ne pas vouloir côtoyer un dictateur qui a été directement responsable de la mort de centaines, voire de milliers de personnes) était typiquement française, arguant que cet homme avait payé pour ses actes – pas bien cher ceci dit au passage – et  que tout cela appartenait au passé. Je lui expliquais alors rapidement qu’à mon sens cela n’avait rien de français, et que c’était plutôt lié au fait que je me sentais « mal à l’aise » en présence d’un tel individu. Mais bon c’est vrai, peut être que le culturel y est aussi pour quelque chose et que les américains pardonnent plus facilement aux dictateurs sanguinaires que nous autres de la vielle Europe. Je n’en sais rien et ne m’avancerai d’ailleurs pas trop à ce sujet.

 

C’est mon camarade de classe Kim Man Kon (que j’appelle « Man Gone ») qui m’a invité à ce dîner, lui-même ayant à l’époque été un fervent opposant au régime de Chun Doo-hwan. Lors d’un « socialize event » (comprendre beuverie générale entre copains de classe jusqu’au petit matin, après être passé par deux voire trois bars, avoir mangé une sorte de poulpe séché et un bouillon de vers à soie, un passage en boîte et un détour au karaoké) Man Gone avait évoqué ses années d’étudiant militant à la Seoul National University. En apprenant que j’avais rencontré son dictateur en personne, il m’invita illico, empli d’émotions rempli de boissons, à le joindre lundi soir au restaurant Main Liebes Alps (dont seule la consonance est allemande et qui correctement orthographié signifie « Mes chères Alpes »). Un dîner était organisé pour commémorer les soulèvements étudiants, dont l’aboutissement fut l’instauration de la démocratie dans le sud de la péninsule en 1987.

 

Man Gone à la quarantaine et comme la grande majorité de mes copains de classe, il fait une pause études pour passer son MBA. C’est un homme engagé, un militant plein de convictions qui aborde avec la même aisance la structure hiérarchisée de la société coréenne et l’augmentation de la production de spermatozoïdes chez l’homme qui se pense cocu.

Le restaurant est plein à craquer. Ses copains d’antan l’accueillent par de franches accolades ; l’ambiance est très joviale, ils ont tous déjà bien bu. Sur les tables s’empilent pêle-mêle bouteilles de whisky et de vin, canettes de bière et restes de poissons séchés. On s’empresse de nous faire de la place à une table et en seul occidental présent, qui plus est tout jeunot, je suscite naturellement la curiosité. Man Gone me présente à ses acolytes et leur glisse quelques mots au sujet de ma fameuse rencontre. Un type bondit aussitôt en bout de table et braille tout sourire dans un anglais incompréhensible « Here, we hate Chun Doo-hwan ! » Le ton est donné ! Tous sont d’anciens étudiants de la Seoul National University, qu’ils ont intégré dans les années 80’. A l’époque ils étaient au cœur de la révolte, aujourd’hui ils sont pour la plupart cadres chez Samsung, Hyundai ou LG et s’échangent leurs cartes de visite. Chacun porte un badge sur lequel figurent le nom et l’année d’entrée à l’université. Ce petit détail à nos yeux revêt ici toute son importance : en Corée, il est primordial de déceler rapidement l’âge de son interlocuteur afin de se soumettre aux règles de la hiérarchie confucéenne. On appelle ainsi une personne plus âgée par son nom précédé de son titre (oncle, grande sœur, professeur…), on lui voue respect et dévouement dans chacun de nos gestes (on place par exemple son verre légèrement en deçà du sien lorsque l’on trinque et on tourne la tête pour boire), et en contrepartie tu bois et manges à l’oeil, l’aîné t’entretiens toute la soirée !

 

Une question revient souvent : « Sais tu pourquoi nous sommes réunis ce soir ? »

Oui, je sais pourquoi vous êtes tous là ! J’en sais d’ailleurs plus que vous ne le pensez… Je feins cependant de ne pas vraiment avoir saisi le but de cette réunion, leur laissant le plaisir d’évoquer leurs années rebelles. J’ai écouté leurs histoires et j’ai ainsi appris comment les étudiants se massaient autour des leaders pour éviter leur arrestation et permettre aux manifestations de durer plus longtemps. L’un me parle de ses deux années passées derrière les barreaux, l’autre évoque les déchirements lorsque un étudiant se retrouvait pendant les affrontements nez à nez avec son frère, militaire le temps de son service. Man Gone me détaille la mort de ses deux copains de classe, suicidés pour la cause, en signe de protestation ultime (le premier s’est immolé, le second s’est jeté du haut d’une église après s’être ouvert le bide). Les anecdotes s’enchaînent, mais toutes se concluent sur la même note : « we have sacrificed our lives for democracy ! »

Ils sont hilares en apprenant que je suis né en 1984, en pleine tourmente. Je suis jeune mais certains insistent pour que je les appelle « friend » et non pas « uncle ». Man Gone m’offre un livre qui retrace ces années de révolte, il s’intitule « Two beautiful men » en l’honneur de ses copains disparus.

 

Les verres se remplissent, se vident et les cigarettes se consument à une vitesse impressionnante ; le serveur a bien du mal à suivre. Sur l’estrade un micro a été installé, il est rapidement pris d’assaut. Les chants et slogans de l’époque sont entamés à pleins poumons, repris en cœur par les copains attablés. Il est temps pour moi de filer. Je me fais tout petit, siffle mon verre d’un trait, remercie chaleureusement mon ami Man Gone et m’éclipse discrètement avec à la main un livre écrit rien qu’en coréen. 

 

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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /2007 04:15
- Par Henito - Publié dans : Psyché

Aïe, aïe, laeticia… elle va me manquer ! Les yeux enfoncés dans les orbites, il n’arrive plus à retenir ses larmes et préfère épargner Jeannot d'un spectacle gênant en se réfugiant dans les toilettes. Quand Fernando ressort de son refuge, sa silhouette et ses mouvements témoignent d’une grande faiblesse attendrissante. Les larmes versées ont dû finir de dessécher son corps.
Une fois assis, les émotions rassemblées, il entame sans prévenir une rétrospective de son existence à voix haute. Jeannot, légèrement distrait par les longs cheveux noirs de son interlocuteur mélancolique, s’efforce de prendre sa posture d’oreille attentive. Au fil de la longue confidence, Jeannot retient certains mots – abandon des études, drogue, décadence, vol, deal, désintoxication, nouvelle vie, voyage, rencontres… – et réinterprète la vie de Fernando. Imprégné d’images de films sur l’obscure et violente Amérique Latine ( Cidade de Deus, Ser mexicano es un orgullo pero…ser de Tepito es un don de Dios…), il imagine un parcours chaotique et passionné, jonché d’injustices et de drames. Heureusement, le récit de Fernando se termine sur une note autrement plus positive que les films du genre : il se dit changé, sa volonté s’est renforcé, ses parents lui refont confiance, il ne travaille pas trop et réalise ses rêves.

Je n’ai rien, et pourtant je vis dans l’abondance !
Pendant ses deux ans passés en Colombie et depuis lors, il s’est levé tous les matins sans un sou en poche. Et tous les soirs, il s’est couché repus et heureux. Chaque jour est une histoire différente, pleine de surprises, et rien ne subsiste jusqu’au lendemain. Réconcilié avec lui-même, Il se met à se préoccuper pour ses parents. Cette liberté, cette absence de manque dont il jouit, il regrette qu’eux en soient privés.
Moi qui ne fais rien pour, je ne manque jamais de rien, alors que mes parents se laissent se faire exploiter, se tuent à la tâche sans jamais satisfaire leurs besoins.
Fernando explique au suisse qu’il voudrait enseigner à ses parents qu’ils n’ont pas besoin de portable pour garder contact, de voiture pour se déplacer ni d’appareils photo pour profiter du paysage.
Fumant du bout des lèvres et sirotant son rhum mauvais-mais-péruvien, il continue de développer les aspects épanouissants de sa nouvelle vie : sa sérénité nouvelle, les compagnons de voyage de toutes les nationalités, tous les pays du continent qu’il a visité, les expériences uniques en tout genre, les aventures sexuelles hors du commun… Cette exhaustivité devient presque politique aux yeux de Jeannot. Il doit encore avoir du mal à l’assumer, sûrement vis-à-vis des sacrifices de ses parents, et cherche en conséquence à justifier son choix, songe-t-il.
Alors qu’il en est au chapitre du formidable réseau de ses pairs artisans voyageurs, il mentionne un certain Patrick qui, sédentarisé, s’évertuerait à ramasser les déchets accumulés
dans un désert non loin de là. Jeannot réagit sur-le-champ, s’il y a un désert pas loin, pourquoi ne pas y aller ! La décision était prise : le départ est prévu pour le surlendemain.

Il a fallu plus de quatre heures pour arriver à Ica. La nuit est déjà bien avancée. Fernando connaît bien la ville, mais malgré tout, ils 
rebroussent chemin à plusieurs reprises. Il n’était pas revenu depuis le séisme du 15 août, et la plupart de ses points de repère ne sont plus que des tas de gravas et de détritus. La marche est pénible avec les gros sacs dans le dos, l’air trop sec quasi irrespirable tant il est chargé de poussière des décombres et de sable du désert.
Après une courte nuit dans un hôtel douteux, un copieux petit déjeuner de poulet-riz et une nouvelle longue marche, les deux nouveaux acolytes hèlent une mototaxi qui les emmène pour quelques soles à la lagune de Huacachina, aux portes du désert.     


A suivre.

  DSC04083.JPG Ruines d'un centre commercial, Ica.
 



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Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /2007 02:55
- Par hen - Publié dans : Vagabond

 

Retour de pêche de pyranhas
Vidéo envoyée par dubitatif
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Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /2007 01:29
- Par Henito - Publié dans : Portraits

Résumé des épisodes précédents : Jeannot  aime à laisser le hasard remplir son agenda.  Mais aujourd'hui, le grand rouleau paraît décidé à être moins clément que d'habitude.

Luis, au volant de sa vieille Hyundai cabossée, apprécie à sa juste valeur la naïveté et l’obéissance perplexe de son hôte. Ce dernier a été tellement prompt à tout donner - ses papiers, son téléphone, son appareil photo, son argent – pour presque rien que Luis est convaincu qu’il n’y aura pas d’encombres et que sa sortie aura valu le coup. Sur la banquette arrière, Alberto interpelle sa recrue et semble lui demander quelque chose. Jeannot reste hébété, sans sembler comprendre. Pour rester discret, Alberto fixe le rétroviseur central face à lui, tout en tordant la bouche du côté de Jeannot. Il lui baragouine des mots de spanglish assortis de l’anglais couramment parlé par les amateurs de chanson qui n’ont que l’air en tête, genre « awonnaway a wannagain ». La sueur perle de plus en plus abondamment sur le front de Jeannot, de nouvelles cernes se sont dessinées autour de ses yeux légèrement exorbités. Drogué, piégé comme un bleu, il n’en peut plus des marmonnements d’Alberto. Il est persuadé que c’est ce connard qui a tout monté contre lui, pourquoi est-ce qu’il a tant insisté pour qu’il teste la marchandise dans la rue, si ce n’est pour qu’il se fasse chopper ? Il décide donc de faire cavalier seul, tenter de sauver ses fesses sans se mouiller pour le possible traître.

Le flic continue de rouler dans les rues chaotiques de Rimac, « quartier jeune », comme ils appellent les (presque) bidonvilles. Pas d’éclairage public. Les visages que l’on peut apercevoir sont tous déformés, les bouches édentées, les regards obliques, les silhouettes monstrueuses. Parfois le dénuement révèle la beauté des gens, mais ici il ne subsiste que le sordide. Les rues sont sales, jonchées de papiers gras virevoltants et de tas d’ordures en décomposition. Bizarrement, Jeannot se laisse porter par l’atmosphère « cour des miracles » régnante. Il oublie les menaces d’expulsion, de scandale médiatique et de prison proférées par le ripou. Il profite du voyage, continue sa visite.

Hé ! tu veux de l’aide ou des problèmes ?

Visiblement, Luis a senti que son client se déconcentrait, et il ne veut pas faire 4 fois le tour de la ville non plus. Voyant que ça a fait sursauter Jeannot, il réprime un petit sourire satisfait, et redemande de sa voix la plus terrible :

Qu’est ce que tu veux ? de l’aide ? ou tu veux des problèmes ?

Jeannot joue le jeu, il implore son aide. La drogue lui fait décidément vivre la péripétie d’une façon bien étrange. C’est comme s’il n’était que virtuellement dans la voiture, comme s’il n’était pas vraiment menacé par un policier, comme s’il pouvait mettre fin au cauchemar en ouvrant les yeux. Il se met alors même à en rajouter, comme s’il était un acteur de théâtre. Les yeux et le front crispés, il essaie de verser quelques larmes et prend une voix de petit garçon. Il supplie, sèche des larmes imaginaires, se prend la tête dans les mains…mais il n’oublie pas de jeter discrètement des coups d’œil pour s’assurer que le flic se satisfait de la scène. Si ça amuse Alberto, Luis lui se moque bien que la scène soit jouée ou sincère, le tout est que ce morveux crache de quoi se faire pardonner.
Avec 500 dollars, je peux t'aider !
Evidemment, le gamin ne les donnera pas. Mais même s’il faut descendre jusqu’à 100 soles, la soirée n’aura pas été perdue. Et son pressentiment était le bon, le gamin est un généreux : il accepte rapidement de lâcher 100 soles, plus 50 francs suisse qui traînaient dans son portefeuille.
Luis est comblé. La cerise sur le gateau, c'est qu'il a le même modèle de téléphone que le gamin, mais en plus éprouvé et le clapet branlant. Il a suffi d'intervertir les cartes sim pendant que le gamin retirait sa rançon au distributeur. Il n’a pas besoin d’aller plus loin, il ne reste plus qu’à faire descendre le gamin et ramener Alberto chez sa mère. Il arrivera pile pour l’heure du dîner.

Au moment de sortir, le blanc bec demande pourquoi Alberto ne peut pas s’en aller aussi. Peut-être qu’il se doute de quelque chose, ou alors il est vraiment trop bon trop con… Rien à foutre de toute façon, il peut croire ce qu’il veut, il n’y a plus rien à tirer de lui. C’est ce qu’il croyait jusqu’au moment de tirer le frein à main devant chez lui. Entre les deux sièges s’est logé une carte d’identité suisse…ça peut toujours servir !

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Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /2007 01:44
- Par hen - Publié dans : Portraits

Résumé de l'épisode précédent : La veille, Jeannot le suisse a trouvé ce qu'il ne cherchait pas et s'en est senti comblé. Dès le lendemain, il arpente les rues à la recherche de sa surprise du jour.

L’accent traînant de Jeannot n’est pas nécessaire pour deviner qu’il n’est pas d’ici. Le jeune homme, Alberto, est plus grand que le gars de la veille, sans non plus dépasser Jeannot de beaucoup. Il est plus costaud par contre, et ses petites lunettes n’arrivent pas à lui donner un air intellectuel. Inventant sans originalité qu’il a justement des amis Suisses, Alberto se débarrasse rapidement de l’introduction pour sonder la liasse sur pattes. Herbe, crack, cocaïne, filles. Après les hésitations d’usage, Jeannot décide de couper court à la monotonie de l’avenue rectiligne et suit Alberto qui monte dans un taxi.

Il est 18h, il va bientôt faire nuit, les routes s’engorgent de taxis hurlants et de minibus asphyxiants. Jeannot a collé son nez sur la vitre. Il regarde encore d’un œil intrigué ces petits combis pleins à raz bord, souvent rouillés et sales, mais toujours décorés de belles bandes de couleurs, avec des directions incertaines peintes en lettres calligraphiées. Ce qu’il savoure le plus, c’est le message inscrit à l’arrière de chaque véhicule, collé sur le pare-brise ou peint sur la carrosserie. Beaucoup sont religieux, du genre « Dieu est Amour », mais il préfère les dédicaces aux parents, à l’amoureuse ou aux enfants. C’est quand même mieux que les plaques d’immatriculation sur les autoroutes de son comté. Son regard s’attarde sur une petite dame usée qui tente de convaincre les automobilistes de prendre leur mal en patience en achetant un chewing-gum. Il n’évite pas le parallèle et remarque que les gens sont comme les voitures, ils ne sont pas aussi lisses que chez lui.

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Avachi sur le vieux sofa enveloppé d’une couverture multicolore, Luis ravale la remontée acide de son rot retentissant. La journée a été longue, pleine de minutes étirées par le mauvais temps et le froid. Coup de téléphone. Il écoute attentivement puis raccroche sans rien avoir dit. Rendez-vous dans 45 minutes. Il se dit qu’il a largement le temps de finit sa bière Cristal avant de remettre son uniforme.

 

Après un coup de fil passé à sa cousine pour la rassurer, Alberto envoie une tape sur l’épaule du blondin rêveur. Elle est bonne celle-là, non ? interroge Alberto exhibant une vidéo sur son portable. Jeannot a beau regarder, les deux paires de fesses agitées et piquées de cellulite ont du mal à lui faire décrocher le sourire coquin de rigueur. Il a plutôt envie de rentrer chez lui, rester éloigné de ces quartiers pauvres qui se dressent devant lui et respirer autre chose que les vapeurs d’essence qui s’accumulent dans l’habitacle. T’inquiètes pas, anticipe Alberto, on est bientôt arrivé. Le pire, c’est que c’est vrai ! Le taxi les abandonne vite dans une rue sans éclairage, envahie de papiers gras et d’odeurs suffocantes. Rapide aller-retour d’Alberto, le suisse sur un banc, soigneusement encapuchonné comme il lui a été recommandé. Alberto tente de dissimuler comme il peut son excitation, son esprit tordu lui dit que s’il avait une deuxième queue, il la remuerait. Il l’emmène comme prévu dans la petite rue de l’épicerie, bien sûr fermée à cette heure. Le jeune contrebandier ne doit commettre aucune erreur, tout est minuté. Mets ta main en creux! le ton autoritaire prend sur le petit blanc. Alberto y verse grossièrement le contenu d’un sachet. Aussitôt, il est percuté par l’arrière, des cris, deux claques, un coup de crosse de revolver dans l’épaule. Témoin bête, Jeannot ne voit que le pistolet et le képi, il est hypnotisé. Son seul réflexe est de tendre sa main pleine au képi armé.

 

A suivre

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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /2007 19:25
- Par Jean - Publié dans : Portraits

Il supposait qu’il marchait dans la bonne direction. Pour s’en assurer, il sondait les passants du regard avant de leur demander son chemin. Jeannot aime bien partir en se laissant guider par les rues, à tâtons. Cette désinvolture lui donne l’impression de tout découvrir ; il retrouve cette sensation d’aventure que connaissaient les voyageurs avant la grande uniformisation du monde.

Alors qu’il s’apprête à interroger un petit indien emmitouflé dans sa veste, ce dernier parle le premier :

« Tu veux weeds ? »

Pris de court, Jeannot hausse les épaules, ce qui suffit à éclairer le visage fermé et le regard fixe du promeneur de petite taille. Après la discussion classique qu’ont les drogués avec leur drogueur, Jeannot se ravise et le questionne au sujet de la rue Jose Galvez. Parfait, ca n’est pas loin et le petit homme connait un lieu calme dans la même direction.

« Et le crack, tu aimes le crack ? Parce que les français aiment bien fumer le crack. »

Au lieu de s’indigner, Jeannot explique tranquillement qu’il ne veut pas s’éparpiller en voulant tout découvrir d’un coup. Déçu, le petit homme lui arrache que c’est quand même très sympa, par exemple pour passer de bons week-ends, « même si ça te crame ».

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Ils viennent de passer la rue résidentielle Jose Galvez et s’approchent d’un parc boisé parfaitement entretenu. L’herbe, tondue à raz, y pousse d’un vert franc. L’air venu du large augmente l’aspect laiteux de l’atmosphère, effaçant les épaisseurs et les limites de chaque chose. L’ouverture sur l’océan en contrebas prolonge le parc à l’infini. Malgré le froid qui tenaille, les surfeurs frétillent dans leur élément ; les vagues se forment régulièrement, tout le monde s’amuse sans heurts.

A force de chercher la surprise, Jeannot en oublie l’utilité de la mémoire. Voyant que l’indigène confectionne une cigarette sans le moindre brin de tabac, il se rappelle qu’il devra faire bonne impression lors de sa rencontre avec la fille de la rue Galvez. Une fois séparé de son fournisseur, en route vers la fameuse rue, Jeannot entame sa préparation à l’entretien. Ce sont toujours les mêmes gestes et mimiques, à la limite du toc maladif : il cligne des yeux pour mieux humidifier la rétine, puis les ouvre au maximum en espérant que ça va le réveiller. Dans le même temps, il tente de récupérer une voix moins suspecte : il fait forcer sa gorge, 2 ou 3 fois, jusqu'à déclencher un petit toussotement qui aboutit sur un raclement productif. Le processus est immanquablement ponctué par un crachat discret et quelques derniers « humm » de gorge.

Personne ne répond aux coups de sonnette. Le gardien aborde sympathiquement Jeannot :
« Tu cherches Giuliana ? Elle est sortie, mais je vais lui envoyer un sms pour lui dire que t’es passé. »
Jeannot, en plus d’être reconnaissant, est très impressionné par ce garde qui connait les numéros d’appartement et de téléphone de tous les locataires de ce grand immeuble. Il s’égare au fil de déductions douteuses et conclut que ce doit être ça, la légendaire proximité et chaleur humaine latina. En tout cas, se dit-il, s’il y a une chose pas légendaire pour un sou, bien palpable au contraire, c’est ce froid insupportable en petite veste. Retour a la base.

Aujourd’hui, il n’a même pas pris la peine de se définir un objectif comme prétexte à sa sortie. Giuliana lui a donné rendez-vous le lendemain. Apres avoir déambulé a rumbo perdido, il entre sur une des grandes artères touristiques de Lima : la Avenida Larco. Jonchée de casinos et de grands hôtels, cette avenue débouche sur LarcoMar, le complexe à fric de Lima. Plus ou moins en route vers ce grand centre commercial de bord de mer, Jeannot s’adonne à son passe-temps préféré : il dévisage les passants qu’il croise avant de leur lancer un sourire désarmant dont il a le secret. Mais cette fois encore, il est surpris par un badaud qui le dépasse :

« tu as l’heure ? »

A suivre
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Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /2007 09:42
- Par Gabo - Publié dans : Dubitatif
Extrait tiré du livre d'Alain Gras "Fragilité de la puissance technologique. Se libérer de l'emprise technologique"

Dans un petit village côtier mexicain, un Américain avise un pêcheur en train de faire la sieste et lui demande:

- Pourquoi ne restez vous pas en mer plus longtemps?
Le mexicain répond que sa pêche quotidienne suffit à subvenir aux besoins de sa famille.
L'Américain demande alors:
- Que faites-vous le reste du temps ?
- Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme, le soir je vais voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie.
L'Américain l'interrompt:
- Suivez mon conseil : commencez par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices, vous achèterez un gros bateau, vous ouvrirez votre propre usine. Vous quitterez votre village pour Mexico, puis New York, d'où vous dirigerez toutes vos affaires.
- Et après ? interroge le Mexicain.
- Après, dit l'Américain, vous introduirez votre société en Bourse et vous gagnerez des millions.
- Des millions ! Mais après ? réplique le pêcheur.
- Après vous pourrez prendre votre retraite, habiter un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.






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Mercredi 10 octobre 2007 3 10 /10 /2007 07:35
- Par Gabo - Publié dans : Société

Je n’en savais rien. Qui il était, je ne l’ai su qu’après.

S’il est désormais trop usé pour jouer, il se rend néanmoins chaque dimanche dans « son club ». Assis sur sa chaise qui fait face aux deux terrains spécialement montés pour l’occasion, il suit posément les rencontres amicales. Le « club » compte des anciens champions olympiques, un ex entraîneur national, ses deux fils, sa femme, ses belles filles, ses petits enfants, quelques hommes, d’affaires sûrement, amis de longue date, et Phoebe.

 

Phoebe est prof depuis une dizaine d’année à Séoul. Elle m’a fixé rendez-vous à 9 heures au gymnase du campus, m’assurant que le service de sécurité serait avisé de mon arrivée. « This is my church » me confie t’elle en évoquant ces dimanche matins. Phoebe est croyante mais n’a pas trouvé son église à Séoul, ce n’est pourtant pas ce qui manque. Elle vient donc à la place se défouler sur les terrains de badminton du très select « president’s club ». 

J’ai pris le temps de mémoriser le nom des différents présidents coréens qui s’étaient succédés depuis 1979, date de l’assassinat du dictateur Park Chung-Hee. Devant mon bol de céréales je me demandais lequel d’entre eux j’allais rencontrer. Chun Doo-hwan, le général responsable du bain de sang de 1980 ? Son dauphin et ex-bras droit Roh Tae-woo ? Kim Young-sam, l’anti-corruption au fils corrompu ? Ou alors le prix nobel de la paix Kim Dae-jung ?

Tout est calme, Phoebe monte les terrains avec des types de la sécurité en survet’ qui utilisent micros et oreillettes pour se parler dans un rayon de cinq mètres. Je suis briefé et elle m’introduit gracieusement à chaque membre du club par « Hey, this is my friend Gabriel ! » Nous tapotons doucement quelques volants histoire de s’échauffer, rien de bien violent. Soudain c’est la panique, une voie s’élève en coréen : « le président arrive ! » On pose les raquettes en vitesse, essuie toute trace de sueur et on s’aligne à intervalles réguliers le long du mur. « Le président », car c’est ainsi que tout le monde l’appelle, fait son apparition, suivi de près par le reste de la famille. De taille moyenne, dans les 70 ans, un chapeau en tissu légèrement posé sur son crâne dégarni, il s’arrête de temps à autres pour une poignée de main. Tout le monde s’incline profondément à son passage. C’est bientôt mon tour. Il s’arrête à ma gauche devant Phoebe, lui adresse un sourire puis tourne la tête et me dévisage, intrigué. Phoebe s’empresse de me présenter. Pris de court, je m’incline d’abord puis lui serre la main qu’il me tend et lâche un très timide, presque inaudible, « nice to meet you ». Il hoche la tête et continue son inspection. Je sens des grosses gouttes de sueur perler le long de mes bras. Qu’est ce qui m’a pris ? Pourquoi ce « nice to meet you » ? Ce n’est pas un truc qu’on dit à un président, non ? J’aurais mieux fait de la fermer !

M. Chang s’exécute en vrai chef d’orchestre. Il planifie les rencontres, donne les instructions et se soumet aux demandes du président. Phoebe est toute excitée à l’idée de jouer avec moi. En bonne américaine, elle me glisse au creux de l’oreille « I want to beat those guys ! » La coutume coréenne veut que l’on s’incline par respect devant ses adversaires avant chaque début de match. Ici il faut également compter avec le président : nous le saluons bien bas dans un second temps. Je ne sais toujours pas qui il est.

Phoebe rythme les rencontres par des « nice shot partner ! », « this was great !», ou encore les très paternels « well done Gabriel ». Nous gagnons notre premier match et perdons le suivant contre M. Chang et Lee, le médaillé d’argent aux JO de Sydney et d’Athènes en double homme. C’est l’heure de la pause, Phoebe se lance finalement, hésitante : « Do you know a bit about Korean history Gabriel ? » Mon haussement d’épaules l’incite à continuer, elle baisse d’un ton. « His name is Mister Chun, he was president in the early 80’s, and if you have read the lonely planet, then you might know that this wasn’t an easy time in Korea. »

Effectivement Phoebe, les années 80 ne sont pas les plus fastes qu’aient connues la Corée, bien au contraire. Cet homme qui est assis paisiblement à une dizaine de mètres de moi, le Général Chun, en est la sombre incarnation.


(Petite parenthèse historique…

 

Le 26 octobre 1979, le dictateur coréen Park Chung Hee est assassiné par son plus proche collaborateur, le chef de la KCIA (les services secrets coréens). La trêve laissée par la disparition du dictateur ne sera que de courte durée : le 12 décembre, le major-général Chun Doo Hwan réussit un putsch au sein de l’armée, il fait arrêter son principal rival le général Ching et prend le contrôle total de l’armée.

Le retour à la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une répression brutale est déclenchée : tous les dirigeants de l’opposition sont arrêtés. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l’insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.

L’armée est envoyée, environ 17 000 hommes prennent d’assaut la ville à l’aube du 27 mai et l’occupent. Le conflit est d’une rare violence, les manifestants parviennent à s’emparer d’armes dans les commissariats pour riposter. Ils  résisteront huit jours. Selon le gouvernement, les affrontements ont fait 191 morts parmi les civils, chiffre aujourd’hui encore contesté par la population qui estime le nombre de victimes à 2000, les corps ayant été brûles, enterrés ou jeté à la mer. Le tout avec la bénédiction de l’armée américaine et de Washington. Dans les mois qui suivent, la répression touche tout le pays. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l’occasion de la ‘Campagne de purification sociale’. Près de 39 000 d’entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une ‘rééducation physique et psychologique’. En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est reçu à la Maison Blanche par le nouveau président des Ėtats-Unis, Ronald Reagan.

Le 10 juin 1987 et les jours suivants, une vague de protestation s’étend à tout le pays  et les affrontements massifs atteignent un tel niveau que le régime commence à reculer : les élections présidentielles directes sont acquises. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu’elle lâche du lest.

En 1988, des élections au suffrage universel sont organisées pour la première fois en Corée. Mais l’opposition est divisée et présente trois candidats différents. Le général Roh Tae woo, candidat soutenu par le président sortant et qui était à ses côtés lors du putsch de 1979 et lors du massacre de Kwangju en mai 1980, est élu.

Chun Doo Hwan et son successeur seront finalement jugés en 1996. Chun écope de la peine de mort pour son implication dans le coup d’état de 1979, sa responsabilité dans le massacre de Kwanju et pour corruption. En 1997, il sera gracié par le nouveau président, lui-même ancienne victime du régime de Chun, dans un geste de réconciliation nationale.

Sommé de rembourser au gouvernement 188 millions de dollars qu’il aurait détourné, il n’en a rendu que 28 millions et a affirmé ne posséder plus que 248 dollars sur son compte en banque. Aujourd’hui, ce serait ses amis qui l’aideraient à subsister.



 

Sources : Eric Toussaint, cnn.com et bbc.co.uk

 

…fin de la parenthèse)

 

Phoebe m’avoue qu’elle a eu un peu de mal à revenir lorsqu’elle a su qui était cet homme. Mais elle aime trop le badminton, et elle estime qu’il a payé sa dette. D’autant plus, qu’il s’est toujours montré très cordial envers elle et qu’après tout, elle ne le connaît que dans le contexte des dimanches matins. Elle a essayé d’en savoir un peu plus sur les malheureux événements de mai 1980, mais apparemment, le dictateur et sa famille nient toute implication. Je ne lui pose pas davantage de questions.

Je regarde silencieusement cet homme qui applaudit ses deux fils en train de se démener dans un match de double. Il sourit, rigole, lâche quelques mots en coréen. Je regarde ses gardes du corps impassibles qui sont postés dans chaque coin du gymnase. Je regarde ses petits enfants qui courent et se chamaillent dans son dos. Je regarde ses belles filles qui s’entretiennent avec sa femme, assises quelques chaises plus loin. La sérénité qui règne dans le gymnase est troublante, j’ai l’impression de regarder un film de mauvais goût. Je divague graduellement et me surprend à m’imaginer en kamikaze infiltré. Les explosifs cachés dans la chaussure, je fais face au dictateur en hurlant un truc du genre « justice ! », tout en pressant le détonateur. Ces pensées stupides et incohérentes me font rire et frissonner.

Phoebe met un terme à mes rêveries: « Would you like to meet him? »

C’est parti ! Nous allons nous poster dans son dos, attendant qu’il nous invite à s’asseoir près de lui. Il s’exprime lentement dans un anglais approximatif. J’apprends qu’il a joué au golf chez lui ce matin, il ne fait cependant plus de badminton. « Now I’m tired » me contie t’il en pesant chacun de ses mots. Sa femme par contre joue toujours. Nous échangeons encore quelques banalités, il me demande ce que je fais en Corée, combien de temps je reste à Séoul, ce que j’étudie. Son fils sert d’interprète lorsque les mots lui manquent. Je lui fais bonne impression, il trouve ça bien que je fasse des études de business. Il sourit et m’adresse un « nice to meet you ». Je lui sers la main et nous repartons avec Phoebe, qui prend le temps d’essuyer discrètement les traces de transpiration laissées par mon postérieur sur la chaise.

 

M. Chang me tend un sac qui contient un coffret de shampoings, gels douche, savons et dentifrices. Cadeau du président. Je remercie Chang et m’incline vers Chun. Sur le coffret on peut lire « more dreams for your life ».

Je suis prié de jouer en double avec l’ancien entraîneur de Corée contre Lee, le champion olympique, et un des fils du président. Chun exulte, il est ravi. Je suis loin d’être du niveau de Lee (qui joue très à la cool et sans forcer) mais nous remportons de justesse le match, sous les applaudissements et les « nice player » répétitifs lancés par le président à mon encontre. A la fin du match, Chang m’informe que le président me convie avec Phoebe à déjeuner chez lui. J’accepte poliment et inspire profondément : comme si mon dimanche matin manquait de piment !

Le président se lève et met ainsi un terme aux rencontres sportives de ce dimanche 16 septembre. On s’aligne en vitesse, pose sa raquette et, un léger rictus au coin des lèvres, je m’essuie discrètement les mains transpirantes sur le mur du gymnase, juste au cas où un ancien dictateur passait dans le coin et souhaitait me serrer la pince. On ne sait jamais ! Je chasse tout cynisme de mon cerveau et reprend la face de l’homme sage-sérieux-serviable-souriant-serein que je maîtrise de mieux en mieux. Le président me serre la main et en ventriloque aguerri fait dire à son Chang que je suis attendu chez lui pour le déjeuner.

Les membres du club sont tous là, ils bavardent autour d’une longue table sur laquelle sont entreposés une quantité de mets coréens, ainsi que les incontournables soucoupes de Kimchi (du choux macéré, plus ou moins pimenté). L’intérieur ne paye pas de mine : un mobilier moche que j’imagine avoir été à la mode dans les années 80’, il n’y a rien de bien clinquant. On s’agite soudainement, c’est le signal dont je connais désormais le rituel : je me poste tourné vers la porte d’entrée, dos à la chaise qui m’a été désignée par Chang. Le président entre, se femme et ses fils suivent. Ample inclinaison, et au passage un petit mot plein d’affection de la first lady : « Oh Gabriel ! Like the angel name ! Nice that you came ! ». Une fois la petite famille installée en bout de table, un ami du président se lève le verre à la main. S’ensuit un long discours en coréen, dont il est inutile de préciser que je n’en ai saisi le moindre mot. La seule chose qui a retenu mon attention et qui m’a d’ailleurs sorti en sursaut de mes divagations kamikazes, c’est le mot « Gabriel » prononcé à la fin du speach et qui a été repris en cœur par tous les convives, le verre de bière levé bien haut. Je saisis hâtivement mon gobelet et le lève à mon tour pour remercier les hôtes et le président du toast qu’ils me portent. Décontenancé, je bois une gorgée, essayant de contenir la rougeur progressive qui gagne mon visage. Ce sera peine perdue car je manque de m’étouffer lorsque le président enchaîne tout sourire sur un très sincère « Welcome Home Gabriel ! »

Le repas débute dans la détente et la bonne humeur ! Sauf pour moi naturellement. Troublé par ce que je viens d’entendre et les scénarios catastrophe parfaitement ficelés qui saturent mon esprit, je ne parviens à saisir ce foutu morceau de kimchi. Ma main droite crispée tremble tellement qu’il m’est impossible d’actionner mon index pour déclencher ce vital mécanisme de pince avec mes baguettes. Je songe d’ailleurs un instant à renoncer complètement, chaque essai infructueux ne faisant qu’accentuer l’ampleur du tremblement. Je souffle un bon coup, me concentre et porte enfin un minuscule morceau de choux à ma bouche. Je me détends et parviens progressivement à apprécier ce moment de convivialité, répondant posément aux nombreuses questions qui fusent de part et d’autre. Le repas s’achève sur décision du président : il se lève, suivit de sa femme et de ses fils. Ils me serrent chaleureusement la main, je leur exprime ma profonde gratitude pour cette matinée et ce délicieux déjeuner. Avant de quitter la pièce, Chang m’informe que je suis invité à venir jouer tous les dimanches. Ca y est, j’ai ma carte de membre du « club ».

En partant avec Phoebe, je leur ai assuré que je reviendrai très rapidement. Je savais pourtant qu’il faudrait que j’en parle à ma conscience, je n’avais toujours pas eu le temps de la consulter. J’y ai beaucoup songé, ça n’a pas été facile de trancher. Je me suis résolu à ne plus y retourner. Parfois je me demande pourquoi je ne devrais pas. Le président était sincère je pense et il s’est montré très généreux à mon égard. A moi il ne m’a rien fait, au contraire. Mais il n’y a pas que moi, il y a les autres aussi. Ceux du passé qui n’auraient pu lui pardonner.



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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /2007 03:52
- Par Dubitatif - Publié dans : Vagabond
29/09/2007
Me voilà de retour a Valparaiso, pour ma première soirée ds cette ville...
 
Aprés qlq pas dans ces rues si singulières du Cerro Alegre, je me pose sur une terrasse en savourant une shisha a la papaye (gout moyen). J'attends la nuit...
Le soleil se couche trés vite semblant fagocyté par les nuages de l'horizon.
Les collines de Valparaiso s'illuminent progressivement de centaines de lumières...
___________________________

Il est maintenant 5h30 du matin et j'ai retrouvé des "nouveaux amis" intercambios et chiliens plus tot ds la soirée avec qui je cherche désormais un resto...
En effet, on sort d'un bar et on a faim: au détour d'un virage, l'un d'eux pousse une grille puis tappe à une porte sous forme de code sonore. Nous sommes une dizaine à attendre, un judas s'ouvre, une bouche édentée échange qlq mots avec le leader autoproclamé de notre grpe puis la porte se dévérouille bruyamment et nous entrons dans ce qui semble etre un appartement aussi grand que délabré. Au bout d'un long couloir où s'aligne qlq tabourets occupés par des clients, nous débouchons dans ce qui pourrait être un immense salon où sont disposées une petite dizaine de tables. L'endroit est bondé; étonnemment, il y a surtout des petits vieux qui sirotent leur cerveza en fumant abusivement. Un guitariste octagénaire anime le lieu avec plus ou moins de succés, mais je déduis assez vite qu'il a du inspirer le nom de l'endroit: "el rincon de la guitarra".
J'apprends alors par un de mes guides qu'il s'agit d'un des 2 ou 3 endroits de la ville (personne ne sait vraiment combien il y en a) ou l'on peut encore servir de l'alcool aprés une certaine heure de la nuit (je n'ai pas tt saisi mais c'est lié à une histoire de loi anti-alcool qui est passé il y a qlq années...). Ce resto clandestin (car on peut aussi manger ici des beignets de poisson avec des pommes de terre froide -menu unique-, c'est d'ailleurs pr ca qu'on est venu!) est le lieu de rencontre de ceux qui finissent leur nuit de travail, de qlq'uns qui commencent leur journée, il y a aussi des habitués qui restent tte la nuit ici (ca ouvre a 2h du matin) et qlq jeunes comme nous prolongeant leur soirée jusqu'au petit matin...
Me voila donc mangeant un poisson bien trop gras pr être bon (même si a cette heure ci, dans cet état, tout me semble gastronomique) dans cet endroit surréaliste.
Les murs laissent apparaitre des lézardes effrayantes de plusieurs centimètres. La peinture qui a du étre bleu clair (comme en témoigne un coin de plafond étrangement intact) a quasiment disparu de tous les murs au profit d'un blanc sale éclairé par un néon violent; le mobilier est plus que spartiate et je doute qu'on vienne ici pr le cadre agréable...
Néanmoins, l'endroit me plait, je le trouve intriguant...En fait, il incarne les valeurs de cette ville qui me séduit tjrs plus: il y a ici du romanesque, du mystérieux, du secret, de l'inattendu, de la folie...
 
On ressort deux heures plus tard, l'estomac un peu lourd. Le soleil s'est entre-tps levé. J'apercois un micro (bus local) qui passe par là; je le héle, salue briévement mes camarades, et court vers le bus qui ralentit afin que je puisse y sauter...
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Dimanche 30 septembre 2007 7 30 /09 /2007 19:58
- Par Ju l'indien - Publié dans : Vagabond

20/09/2007:
Aujourd'hui enfin, après une courte nuit, j´ai enfin trouvé la motivation pr aller a la découverte de Valparaiso, a seulement 15 minutes de "microbus" de Vina del Mar... (Grosse motiv' donc!)

Vu de la mer, ça n´est qu´une ville jumelle de Viña mais une fois passé la rangée d´immeubles du front de mer et le grand port marchand, c une toute autre ambiance. Oublié la laideur de Vina et Santiago, me voila plongé ds un univers radicalement différent des standards urbains chiliens que j'ai vu jusqu'alors...

C'est une ville bigarrée, bariolée, colorée dont les vieilles bâtisses coloniales et les sinueuses rues en pentes suintent la vie et le peuple. La ville est composée de nbeux "cerros" ou collines disposées en amphithéatre qui descendent vers la basse ville, plus commerçante, puis le port et la mer...

La ville basse grouille de monde; je m'y fais happé par des vendeurs à la sauvette, hâbleurs et plutôt sympathiques, je manque de m'étrangler avec ces toiles d'araignées de fils électriques qui s'étalent a tous les coins de rue et je m' ébaudis a chaque instant en découvrant les milliers (voire millions) de tags rebelles qui parsèment les murs.


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Dans les hauteurs, tout semble d'une autre époque, notamment les "acensores", datant de plus d´un siècle, sorte de funiculaires brinquebalants qui s´apparentent à des remontées mécaniques (sur lesquelles on aurait bien évidemment mépriser tte norme de sécurité), facilitant l'accès au sommet des cerros; pr redescendre, on préférera les escaliers qui, s'alternant avec des toboggans et des passerelles de bois, se fraye un chemin entre les charmantes maisons. Peu de voiture et bcp de silence sur ces hauteurs, rien à voir avec la fourmilière d'en bas...

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Une fois au sommet du Cerro Alegre (un des plus beaux avec le Cerro Concepcion), laissant la mer ds mon dos, je jette un oeil aux autres collines: des centaines de maisons aux couleurs vives semblent avoir été jetées sur les cerros avoisinants: de la paillote, au palais, en passant par toute une palette de bicoques sur pilotis ou de bâtiments massifs, tte cette faune architecturale coexiste á merveille sur les pentes escarpées de la ville...

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Je me retourne vers la mer: la vue sur la baie de Valpo est belle, elle a du être superbe autrefois, le port et ses grues gâchant un peu le panorama actuel: le Pacifique s´étend a perte de vue...

C´est, je crois, ce genre d´endroit qui alimente ma soif de voyage: je prends plaisir a me perdre ds les rues de la ville mais aussi bcp á m´évader ds son histoire et ses légendes: je fantasme sur cette ancienne cité
pirate, rêve de de son passé glamour et me délecte de son présent torturé...

Le jour baisse...Il me faudra revenir au plus vite pr continuer mon exploration...
Mais enfin, je pense "Viva Chile"...

 

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