Rechercher

Et aussi...

Liste complète

Commentaires


Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 15:47
- Par CoHen - Publié dans : Société

Charlie Hebdo est tiré à 140 000 exemplaires en moyenne. Pas astronomique. Avec les fameuses caricatures, il s’en est écoulé 400 000. Un record. J’imagine que ces acheteurs d’un jour n’ont regardé que les dessins de Mahomet, de la même façon que je n’ai regardé que les buts lors de la finale du Mondial 98.

Ceux qui ne lisent pas Charlie se justifient souvent sans peine et se plaisent à le faire. La bonne raison – qu’elle soit politique (« journal de gauchistes »), snob (« tu t’informes avec une BD toi ? ») ou empreinte de jeunisme (« ils sont pas morts encore ? ») – est généralement dégoulinante d’ignorance. 

Ceci dit, voyons maintenant le licenciement de Siné (Bob pour les intimes).Cliquer sur le titre pour lire la suite

Tout le monde devrait s’en foutre. A part les lecteurs, bien sûr. Mais ce ne sont pas des journalistes-lecteurs qui encombrent les journaux en ligne d’articles résumé-de-la-situation-telle-qu’ils-l’ont-entendu. D’ailleurs les journalistes en question (je ne dénoncerai pas, il suffit d’aller voir libe.fr ou rue89… faites-vous une opinion documentée !) précisent souvent qu’ils n’apprécient pas l’humour Charlie et encore moins celui de Siné. Ecrire sur l’affaire Siné, d’accord, mais qu’on ne me prenne pas pour un des leurs !

Je disais donc que les gens devraient s’en contrefoutre, puisqu’ils ne lisent pas le canard. Et Siné a 79 ans, il peut bien partir à la retraite. Pour ceux qui veulent une belle cause à défendre, je suggère plutôt l’ancien rédac’chef du site web de Marianne. C’est quand même autre chose : Marianne est l’hebdo le plus vendu en France, le journaliste s’est fait virer sans qu’il n’ait provoqué de scandale et il a à peine 30 ans.

Au lieu de ça, les cons s’égosillent à crier en canon ces inepties inutiles : « Val est un Nazi », « vendu à Sarko », mais aussi « Siné aurait du être viré depuis longtemps »… En fait, il suffisait de lire les deux précédents numéros de Charlie pour comprendre l’évidence : Val a descendu Denis Robert pour avoir supputé une connivence de Val avec l’affaire Clearstream. Là-dessus, Siné défend Denis Robert et laisse un paragraphe blanc (« autocensuré ») dans sa chronique. La semaine suivante, Siné passe à autre chose et… rédige la phrase de la discorde. La voici :     

« Jean Sarkozy vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit! »

Askolovitch, qui ne sait pas bien lire (mais lui, au moins, a essayé), comprend de travers et agite l’épouvantail de l’antisémitisme. Je pense d’ailleurs qu’il a finalement saisi le sens de la phrase, mais qu’il n’ose plus avouer et tente un coup de bluff.

Val attrape la perche et se débarrasse de l’éponge anar sans que ça ait l’air d’une affaire personnelle.

Bon, ça y est ? C’est fini les fantasmes ?

 

Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 17 juillet 2008 4 17 /07 /Juil /2008 14:42
- Par hen - Publié dans : Dubitatif

Du train, on saute dans la navette affrétée par l’hôtel. De l’hôtel, on dévore une « grande assiette » avant de se blottir dans le lit King size. On reprend le lendemain avec un petit déj Continental en compagnie d’hôtesses de l’air noires géantes. Le buffet est tellement fourni que je m’y perds, j’énumère les types de thé, en chaparde un échantillon de chaque, détaille les pots de confiture, soulève les couvercles de casseroles fumantes, compare les graines des petits pains, hume les saucisses, jauge les céréales. Pendant ma flânerie, je suis alerté par une épaisse fumée noire qui s’échappe du grille-pain : mes brioches tranchées ont carbonisé, ce qui fait bien rire les perches en uniforme.Cliquer sur le titre pour lire la suite

De la navette Accor, on check-in, on se fait palper, contrôler, vérifier, valider. Avant le boarding, on passe au salon Artemis pour voyageurs Madras. On sourit, on se fait contrôler : validé. Le buffet est encore plus impressionnant, ce doit être un « intercontinental ». En plus du sucré (jus, confitures, miel, céréales, fruits secs…, du salé (saucisses, chips, œufs…) et des produits laitiers (yaourts blancs, au fruits, au chocolat, Activia, Actimel…) on a le choix de tous les cafés et assimilés (Ristretto, espresso court ou long, cappuccino, cafelatte…), de tous les alcools et de tous les journaux qui passionnent les voyageurs Madras (Golf magazine, wealth magazine, La Tribune, the Herald Tribune, Luxe magazine, Villas de rêves et spa magazines…). J’augmente ma collec’ de thé. 

Du boarding, on s’asseoit en business, ça a l’air de faire de l’effet à une mignonnette blanche non-géante assise en économique. Là, le buffet vient à nous : champagne ? non, c’est encore trop tôt. On commence par 1 jus de goyave, puis 1 espresso, non 2, puis 1 ti’punch, non 2, puis 1 repas servi en plusieurs fois, avec du vin, blanc, puis rouge. Ensuite 1 dijo, des films, des cafés, des jus, des collations, des serviettes rafraîchissantes, 1 petite branlette dans les chiottes à cause de « Plateforme » de Houellebecq que je bouquine pendant le vol… non 2. A chaque passage aux toilettes, la mignonnette prend un air complice : à croire qu’elle est extra-lucide, ou alors elle lit le même livre que moi.

De la navette Europcar, on s’installe dans la BMW, elle séduit instantanément Pascal.Ca sera peut-être même sa prochaine voiture de fonction, plutôt qu’une mercedes. Moi, je remarque surtout les habitantes qui attendent à l’hombre un peu partout. Qu’elles aient 13 ou 40 ans, elles sont pulpeuses, lascives et couvertes de sueur sous le soleil de plomb. Elles ont un air si disponibles… J’ai bientôt fini Houellebecq. Toutes ces petites putes Thaïes évadées du livre vont disparaître. 

De la place de parking trop petite pour la grosse allemande, on s’engouffre dans le hall sur-climatisé de l’hôtel de Pointe-à-Pitre. On check-in. Vérifié, signé, validé. Un bellâtre noir nous tend des serviettes rafraîchissantes, puis un verre de goyave – pas très original. Pascal s’entretient avec le patron de l’hôtel blanc non-obèse. Ils se connaissent bien, ils sont tous les deux CCE, une organisation de spécialistes des buffets gratuits et du commerce extérieur. Ca parle qualité de service des différentes compagnies aériennes, réseau CCE et projet de bateaux-navettes qui relieront les hôtels ACCOR de l’archipel et l’aéroport pour éviter l’épuisement des pingouins ventripotents.

Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Mardi 1 juillet 2008 2 01 /07 /Juil /2008 12:39
- Par Gabul - Publié dans : Société
Tiraillée entre un héritage confucianiste fort et un désir de s’en émanciper, la Corée du Sud cherche sa voie et veut se forger sa propre identité. Ses enfants doivent y contribuer et pour ce faire on les exhorte au succès...


Cliquer sur le titre pour lire la suite

« Ecoute les success stories autour de toi et adaptes les à ta vie. Si tu peux raconter plus de 100 histoires, alors le succès viendra à toi ». C’est avec ces mots que Tong Hyung Lee, directeur général de l’entreprise high tech coréenne Vision, débute son discours devant les élèves de l’aSSIST. Chaque mois, les étudiants de cette jeune école de commerce ont rendez vous avec un modèle de réussite coréenne : le PDG d’un chaebol [1], un ancien ministre, un professeur d’une université prestigieuse. En quelques heures celui-ci livrera en anglais quelques anecdotes et surtout ses précieux conseils pour réussir.

« J’ai travaillé dur, raconte Tong Hyung Lee, j’ai travaillé 16 heures par jour, même les week-ends. Vous devez écrire votre vision et l’accrocher aux murs pour la lire chaque jour. Ce qui importe c’est sa qualité, et plus tard, la vision de vos employés devra correspondre à celle de votre entreprise. »

Patriote convaincu, Jung Uck Seo, ancien ministre des sciences et de la technologie de Corée, s’adresse en ces termes aux étudiants : « Le pays doit être à la pointe de la technologie et du savoir, car sinon nous perdrons notre dignité. Quelqu’un d’autre viendra et vous ramassera. […]C’est mon devoir et c’est mon honneur de servir mon pays. »

L’ex PDG de JP Morgan Chase Korea, Dong Jin Kim, insiste lui sur la ligne de conduite à adopter par les futurs entrepreneurs : « Nous devons davantage et seulement nous préoccuper des lois. Se préoccuper de la morale n’est pas profitable pour l’entreprise. Tant que votre business est légal vous n’aurez pas de problème. La légalité est ce qui compte le plus, ensuite vient la réputation, bien avant la morale [2] ».
Pour faire du business en Corée, il faut également tenir l’alcool. Se saouler est entré durablement dans les mœurs et Dong Jin Kim se charge de le rappeler aux étudiants : « Pour entretenir vos relations professionnelles, vous devez savoir boire. Moi je bois beaucoup et je ne fais du business qu’avec ceux qui aiment le Poktanju ![3] »
Et pour finir, le patron exhorte les étudiants à faire de leur vie un chef d’œuvre : « Nous devons accomplir quelque chose dans notre vie. Votre vie doit être un succès ! »


Tout est soigneusement mis sur papier par les élèves. Ils ont déjà quelques années de vie active derrière eux et s’ils ont décidé de se replonger dans les études, c’est pour décrocher un MBA afin d’augmenter leurs chances de carrière et bien évidemment leurs salaires.
Habitués à bachoter depuis leur tendre enfance, ils travaillent avec acharnement, en semaine comme le week-end. Certains ne quittent même pas l’enceinte de l’établissement, ils passent la nuit sur les bancs de l’école avant de se replonger dans leurs devoirs.
« Travailler dur » est le credo de tous les ages : les enfants du collège ont souvent des cours de soutien jusqu’à 22 heures et les parents (principalement les hommes) s’éternisent au boulot, avec des semaines qui dépassent généralement les 44 heures légales. Des pays de l’OCDE, la Corée du Sud est celui où l’on travaille le plus.
Lorsque j’interroge mon camarade Sungpyo Shon sur le rythme effréné de ses journées, celui-ci me répond : « je crois que nous travaillons trop en Corée, mais nous ne le savons pas. C’est comme ça. »

On encense le succès, on stigmatise l’échec. Pour un enfant, un tel discours n’est évidemment pas sans conséquences. Une étude du ministère de l’éducation nationale parue en 2002, a révélé que plus de la moitié des élèves avaient pensé à fuguer, et qu’un tiers avait déjà envisagé de se donner la mort. Le suicide est ainsi la première cause de mortalité chez les jeunes de 20 à 30 ans. Le pays est d’ailleurs en tête du nombre de passages à l’acte parmi les membres de l’OCDE.

 



[1] Conglomérat coréen

[2] Ironie du sort, Dong Jin Kim a récemment été inculpé par la justice pour des magouilles financières

[3] « L’alcool Bombe », un verre de bière dans lequel on fait flotter un petit verre de whisky

 

Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire

Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 15:45
- Par hen - Publié dans : Société

Lundi, 8h15. 

Je m’arrête devant une place de parking. Je pourrais entamer mon créneau, mais je ne veux pas que le vieil homme arc-bouté s’effraie en voyant mon pare-choc passer près de lui. J’ai baissé ma musique de sauvage et affiche mon sourire le plus patient. L’ancien n’est pas convaincu et ralentit encore le pas pour me dévisager.

A l’intérieur du supermarché, le vacarme des transpalettes pressés fait renchérir le brouhaha des retraités.Cliquer sur le titre pour lire la suite

Marie-Louise a trouvé les pêches blanches que voulait Geneviève, mais Geneviève regarde ailleurs :

« Wouhou ! Geneviève, elles sont là, hey hey ! Genevièèèèèève »

A l’étal adjacent, Louisette doute franchement de la fraîcheur des melons. L’employé qui passait par là se fait tancer longuement.

En passant vers les fromages, je croise deux ancêtres qui s’expriment avec virulence. La petite-fille de l’un d’eux les observe, intimidée. Ce que je croyais d’abord être des titillements de vieux amis se révèlent être une dispute en bonne et due forme :

-         Mais c’est mon chariot !  

-         Ah non, je regrette, c’est le mien !

-         Vous rigolez ?! je vous prie de lâcher immédiatement mon chariot, non mais oh! Vous vous foutez de moi ?

-         Ah ouais, je me suis trompé !

-         Ben alors, enfoiré, tu voulais me le piquer, hein !

-         Oh, ta gueule connard !

L’homme au chariot repart, expliquant à sa p’tiote que son agresseur voulait clairement lui chiper son chariot plein de marchandises. L’autre homme explique à sa femme, à voix très haute pour que les chalands interloqués puissent entendre :

« Il y en a qui ont un pied dans la tombe et qui veulent encore tuer tout le monde ! A cet âge, il devrait être interdit de s’énerver. Ce con croyait que je voulais lui voler son caddie ! […] Arrivé à un certain âge, il y en a qui mériteraient un coup de fusil ! »

Une fois mon panier plein, j’attends dans la file de la seule caisse ouverte. Quand la caisse voisine ouvre, ma vivacité de jeune me fait arriver, sans me presser, premier dans la nouvelle queue. Ca me coûte un regard chargé de reproche par celle qui était auparavant devant moi.

Une autre dame s’avance vers moi en brandissant son sac cabas. Pleine d’entrain, elle s’adresse à la caissière :

        -       Vous ne devinerez pas ce qui m’arrive ! Je suis venu sans mon porte-monnaie !

-         Et ce n’est pas ici que vous trouverez quelqu’un pour vous payer vos courses ! rétorque l’hôtesse de caisse.

-         Si, ma copine me l’a proposé, mais j’ai refusé. Ca me donnera l’occasion de revenir demain. Pour mes pertes de mémoire, mon médecin  m’a prévenu que passé 80 ans, je ne pouvais pas espérer accuser Alzheimer ! lance-t-elle dans un rire joyeux qu’elle nous adresse à tous.

Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire

Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 14:39
- Par henhen - Publié dans : Psyché

La planète n'est pas ronde.

  De l'autre côté de la planète, le cerveau à l'envers, les sens diffèrent. Dans le doute, les souvenirs et les fantasmes se marient pour façonner ma vérité. Des DELs jaunes, puis rouges, puis bleues. Les traductions sont vaines, les mots ne s'équivalent pas, les sens ne se croisent pas. Seule l'humanité nous unit. Nous dansons de façon similaire, dans nos rêves. Sans conscience de l'espace. De la rave au disco,  de l'opéra au rap chinois, nous sommes des squelettes. Nos os se chevauchent. Des segments qui se croisent, qui cliquètent et qui se joignent. Je vois notre essence, je vois que nous ne savons pas comment être. Bleu, rouge, vert, rouge, violet !Cliquer sur le titre pour lire la suite

Les choses se répètent. En Chine, pour la 2ème fois, je comprends le berceau de l'humanité. Je me retrouve sans rien, à tout découvrir, le sens des couleurs. Le sens du son, le sens accompagné par le son et les couleurs. Les gens sont des traits jaunes sur une console basique. Mon corps n'est pas plus signifiant que celui des autres. D'ailleurs, je danse comme eux. Constellation d'os. Je suis défragmenté. Chaque fragment se plie en fonction du son. Comme tout le monde. Les choses qui se disent - fussent en chinois- sont déjà su, déjà écrites. Je connais mais je ne sais pas. Rationaliser serait simpliste. Il me faut accepter les forces qui nous surmontent. Elles nous dictent notre comportement. Savoir faire le pont entre la France et la Chine m'est impossible. Traduire est sûrement une falsification. Les forces – peut-être magnétiques – imposent une autre relation au réel, sûrement complémentaires. Les drogues révèlent la civilisation ? Mes préférences disparaissent, mes molécules – les traits jaunes- me guident, comme pour les autres, plus ou moins consciemment.
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 16:47
- Par hend - Publié dans : Société
Il m’arrive de me sentir coupable. Ma mauvaise foi ne me permet pas à chaque fois d’y échapper. En lisant que des gourmets chinois raffolent de chiens Saint-Bernard en sauce, je me revois il y a trois ans, installé devant ce plat fumant, la faim et la curiosité à peine émoussée par l’idée que c’est de la viande canine qui me fait saliver.Cliquer sur le titre pour lire la suite

 

J’aimais déjà les chiens pourtant, et j’avais même vaguement lu que certaines bêtes se faisaient électrocuter pour que leur chair devienne plus goûteuse. Plutôt  que d’être dégoûté, il m’a suffi de me raccrocher à une affirmation que je n’osais questionner : « il n’y a qu’une race de chien réservée à la gastronomie ». J’imagine que cette race doit être bien inférieure, du type « juif-rat » pendant l’Occupation, que le chien a une sale tête, qu’il faut le manger sans quoi il attaquerait de pauvres enfants innocents. Finalement je suis fier de manger du meilleur ami de l’homme : je suis un voyageur, un vrai comme Lévi-Strauss, qui relativise sans s’autosatisfaire !

Les végétariens ne sont pas des intellectuels, mais plutôt des sensibles (de ville généralement). En intellectualisant, on peut se convaincre de manger du chien, des cafards grillés, et même différents types d’excrément en ce qui concerne les Jackass®. Par contre, en gavant un canard jusqu’à la mort, en écorchant et dépeçant des dizaines de lapins à la suite ou en tirant une balle dans la grosse caboche d’une salers, on peut facilement devenir végétarien. Mais il y a surtout beaucoup de lâches qui ne mangent que ce qu’ils n’ont jamais vu vivant (d’où l’intérêt d’être citadin), ou que ce qui meurt en silence (les poissons, les escargots, les crustacés, les œufs mais aussi la salade, les radis et le soja).Et n’oublions pas les terrifiants eugénistes qui choisissent au QI les pauvres bêtes qu’ils dévorent. Cette dernière catégorie est ma préférée : leur théorie est souvent fondée sur l’idée qu’un cheval est plus intelligent qu’une vache… S’ils apprenaient la vérité, ils s’en mangeraient les doigts.

Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 24 avril 2008 4 24 /04 /Avr /2008 08:37
- Par hen - Publié dans : Société
Nanning (Guangxi). Vu de Chine, le positionnement insaisissable de la France intrigue. Mais rares sont les Chinois qui confondent la position de notre gouvernement et l’opinion des Français expatriés.Cliquer sur le titre pour lire la suite


A Nanning, où 36 ethnies différentes cohabitent, les habitants que je rencontre n’ont pas l’habitude d’aborder des sujets politiques. Si j’oriente malgré cela la conversation, ils préfèrent souvent être d’accord avec moi pour éviter toute polémique. Mais ils ne sont pas non plus indifférents aux dernières bousculades qu’a subi leur pays. La page de contacts MSN de ma femme est assez éloquente : sur la cinquantaine de chinois (Taiwanais, Hongkongais, immigrés et expatriés compris), vingt et un ont ajouté « China » au nom de leur avatar !

Julien, jeune Français de 28 ans, est installé à Nanning depuis cinq ans où il travaille pour une entreprise importatrice de vins. Ses activités commerciales n’ont « pas du tout été affectées » par les derniers événements. Selon lui, les positions extrémistes de certains internautes ne sont pas représentatives de l’opinion publique. Mais il admet que les réactions agressives qui ont immédiatement suivies le passage de la flamme à Paris ne sont pas négligeables. En voyant les images des manifestations pro-tibétaines, Julien a rédigé sur son blog une note en mandarin pour souligner la distinction entre l’opinion générale des Français et les faits des protestants médiatisés. En une journée, son site enregistre plus de mille connections. Les réactions des visiteurs sont très violentes. Heureusement, les premiers commentaires injurieux rédigés sous le coup de l’impulsion laissent place les jours suivants à des remarques plus réfléchies.

Si les nationalistes extrémistes n’ont pas vraiment l’air de courir les rues, beaucoup d'habitants de Nanning me font part ces derniers temps de leur « surprise ». A l’image du substitut du procureur de la région du Guangxi qui me fait remarquer sur le ton de l’étonnement : « les relations franco-chinoises étaient très bonnes jusqu’à ces dernières semaines » ; « pourquoi une telle inimitié soudaine ? » me demande aussi un chauffeur de taxi. Comme cela l’a été dit par Pierre Haski, le message français adressé à la Chine aurait pu être plus cohérent. Car, jusque là, quand il s’agissait de signer des contrats, les droits de l’homme en général et la situation de la région autonome du Tibet en particulier avaient été complètement éludés. Il n’était pourtant pas si compliqué de simplement rappeler les devoirs de tout pays membre de l’ONU et même de l’OMC. Sans compter que rien ne permet de penser que cela aurait nuit aux échanges commerciaux, comme en témoignent les prises de position de l’Allemagne, premier partenaire commercial de la Chine.

Au lieu de tenter de nous faire entendre en conservant une certaine constance, nous avons été victime de notre censure à nous : il faut être « dans le vent », et surtout vendre ! Si l’on ajoute à cela le re-traitement de l’information par les médias officiels chinois, l’incompréhension n’a vraiment plus rien de surprenant.
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /Avr /2008 10:07
- Par hen - Publié dans : Société
En France, la communauté chinoise est très hermétique. Même après de nombreuses années passées dans l’hexagone, une grande partie ne parle qu’un français très approximatif. Certains aspects culturels sont très ancrés : par exemple, leur habitude du marché noir est souvent indécrottable, même si leur situation en France est régularisée. Les Français ne sont pas toujours bien perçus, beaucoup pensent que nos deux peuples ne pourront jamais se comprendre. Avec la barrière de la langue, l’absence de dialogue est accentuée et entretenue : nombre d’offres de logement, de colocation et d’emploi ne sont publiées qu’en mandarin.Cliquer sur le titre pour lire la suite
Et si un Français est capable de comprendre l’annonce, il sera félicité et éconduit avec le plus grand sourire. En Chine, par contre, ils mettent un point d’honneur à nous faire bonne impression. A Beijing, le gouvernement s’est engagé- il y a déjà quelques temps - à éduquer ses concitoyens : les glaviots intempestifs sont contrôlés, des vigils sont placés aux arrêts de transport en commun pour veiller à ce que ceux qui veulent monter laissent d’abord descendre les usagers au lieu de s’engouffrer en jouant des coudes. Beijing envisage même d’interdire la cigarette dans certains lieux publics. Le but est moins d’encourager les comportements civiques que de nous faire bonne impression. Comme pour les droits de l’homme : ce n’est pas une cause à laquelle ils sont sensibles, il ne s’agit que de nous faire plaisir. Tout dans la face. La petite histoire qui suit ne paraît avoir aucun lien, mais si vous lisez jusqu’à la fin, vous pourrez constater qu’elle illustre mon propos. A l’aéroport de Jiu Zhai Guo (Sichuan), à plus de 3000 m d’altitude, le temps n’est pas clément. Aucun avion ne peut ni atterrir ni décoller. Après sept heures d’attente, les voyageurs perdent leur sang-froid et harcèlent tour à tour les hôtesses de l’aéroport qui n’ont malheureusement ni responsabilité ni pouvoir de décision. Sans marge de manœuvre, elles ne peuvent qu’être polies et jouer sur les mots pour tenter de désamorcer des agressions verbales de plus en plus virulentes. Derrière le comptoir des deux pauvres filles assaillies, tout le monde peut apercevoir une grande caisse pleine de plateaux-repas. Ils étaient encore fumants et dégageaient une odeur appétissante il y a quelques heures. Mais les plats sont restés bloqués derrière, les hôtesses n’autorisent qu’une bouteille d’eau miniature par personne. Les passagers sont hors d’eux : non seulement ils ont déjà attendu plus de temps qu’il ne faut pour se rendre en bus à la ville de destination, mais de surcroît on les laisse le ventre vide. Pour couronner le tout, on ne leur délivre aucune information. L’aéroport, et encore moins les hôtesses, n’y peuvent quelque chose. La décision d’annuler le vol et de distribuer les repas appartient à la compagnie aérienne. Et bien sûr aucun représentant de cette compagnie n’est présent à l’aéroport, ce qui a le mérite d’éviter un passage à tabac. Au paroxysme de cet énervement collectif, l’éclatement de la bagarre est frôlé de près par un grand gaillard de Shanghai au teint rouge vif qui manque de démolir le comptoir à grands coups de poing. Ouf ! L’avion est annulé au bout de la neuvième heure d’attente. Les passagers sont dispersés dans les hôtels des alentours. A 22 heures enfin, les valises sont posées dans la chambre d’hôtel, le ventre gargouille depuis longtemps. On nous ordonne par téléphone de nous rendre au réfectoire. Là nous attendent des tables pour 9 où sont disposés quelques plats froids et une soupe de riz tiède. Tout le monde sait qu’il n’y a pas de quoi se rassasier : le repas tourne très vite à l’escrime. Mieux vaut savoir manier les baguettes ! De retour dans les chambres, tous les aspirants voyageurs ont la même idée : prendre une bonne douche chaude. Vous l’avez deviné, pas assez d’eau chaude pour tout le monde. L’eau est glacée : même se rincer les mains est douloureux. Heureusement, il y a une climatisation. Mais non, le mode chauffage ne fonctionne pas dans notre chambre ! Heureusement, on ne nous laissera pas congeler très longtemps dans cette chambre (très) froide : le téléphone retentit à 5H30. L’ordre est donné de descendre immédiatement dans le hall afin de reprendre le bus direction l’aéroport. Le dernier bus (le nôtre) quitte l’hôtel à 9H30. Enrhumée et éreintée, ma petite femme arrive tout de même à s’indigner suffisamment fort pour que le responsable de l’aéroport lui-même, emmitouflé dans son grand manteau noir de laine de yack, vienne recevoir sa plainte. C’est là que tout bascule. Le responsable en question nous explique que la mauvaise gestion de l’hôtel est uniquement due au fait que ce sont des Tibétains qui y travaillent. Nous ne sommes pas là pour parler de racisme. Il nous fait ensuite ses plus plates excuses, nous promet une indemnisation financière, jure qu’il va rompre le contrat qui lie l’aéroport à cet hôtel, et surtout, il répète plusieurs fois, comme pour se dédouaner, qu’il ne pouvait pas savoir par ses listes que je suis étranger. C’est vraiment ce qui le navre le plus! C’est vrai quoi, il ne manquerait plus que l’on me traite comme un vulgaire niakoué! A la suite de quoi, nous sommes escortés par les responsables de l’aéroport, ceux-ci nous ouvrent le chemin, bousculant presque nos compagnons d’infortune. Nous passons devant tout ces gens hébétés, sous le regard de petits vieux congelés qui se demandent ce que nous nous avons de plus urgent à faire. Enfin, dans la zone d’embarquement, le directeur vient nous retrouver : il nous tend deux sachets de café en poudre, « de sa réserve personnelle », puis se retire après plusieurs courbettes. Les autres passagers se demandent peut-être si nous sommes des célébrités.
Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire

Mardi 22 avril 2008 2 22 /04 /Avr /2008 13:30
- Par Hen - Publié dans : Société
Sur Facebook, j’ai été invité à me joindre au group(e) qui se « bat » pour une « cause » : « Free Tibet ». On m’avait déjà enjoint à stopper le réchauffement climatique, sauver le Darfour, supporter Obama pour les présidentielles, et même boire de la bière pour préserver l’eau. Tout cela est très sympathique, ça illustre notre grande sensibilité. Le must, c’est de se coudre le drapeau tibétain dans le dos ou de faire du Dalaï Lama un citoyen d'honneur de Paris. L’engagement citoyen par excellence.Cliquer sur le titre pour lire la suite

Il y a une seule fausse note, heureusement pas trop jouée par nos chers médias indépendants : il n’y a aucun paysan tibétain qui se révolte. Que des religieux et des aristocrates, des propriétaires. C’est vrai que le paysan est par définition soumis, il ne connaît pas trop ses droits, et puis il a déjà beaucoup à penser pour subsister. Certes, mais on peut aussi douter qu’il soit si nostalgique de son Tibet d’antan. Avant 1959, environ 95% des tibétains étaient illettrés. Aujourd’hui, chez les enfants et jeunes adultes, ce taux est tombé aux alentours des 5%. De même la mortalité infantile a chuté. Avant 59, le servage, l’esclavage et la torture étaient de rigueur. La justice, c’était le Dalaï Lama ou le seigneur qui l’assurait par-dessous la jambe. Clairement, tout le monde ne flottait pas dans le nirvana. Est-ce à dire que ces montagnards ont été libérés par les chinois ? Les manifestations tibétaines sont à chaque fois durement réprimées, les prisonniers politiques torturés, les nonnes parfois violées, des villages entiers déplacés des zones touristiques pour laisser le champ libre à ces businessmen qui nous ressemblent tant : les Han.
Voilà notre problème : nous nous ressemblons trop. Nos journaux se sont plu à ne relever que les virulences nationalistes de quelques internautes qui appellent au boycott (ce qui rappelle l’appel chinois au boycott des produits japonais de 2005 : ça n’avait eu aucun effet sur le commerce entre les deux pays). Franchement, deux ou trois manifestations de 50 à 100 personnes dans un pays aussi grand, ce n’est pas ce qu’on appelle une insurrection. Et en lisant des journaux chinois pourtant très répandus, on se rend vite compte que le contenu –évidemment pas révolutionnaire – n’est quand même pas aussi virulent et mensonger que ce que l’on veut nous faire croire. C’est sûr qu’en ne lisant que China Daily – le quotidien chinois anglophone – on ne se fait qu’une idée très partielle de ce qui se dit en Chine. Un peu comme si les chinois ne regardaient la France que par la lorgnette du Figaro.
Si on avait voulu faire une critique efficace, qui aie un impact, on aurait quand même essayé de mieux comprendre ce qu’il se passe. Mais c'est vrai que la France n'a pas beaucoup de journalistes en Chine. Je crois que Libé n'en a aucun, le correspondant du Monde se rend aux  cérémonies officielles, point final. Pour l'investigation de terrain, Le Monde a trouvé une méthode low cost : l'appel à témoin.
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /Avr /2008 18:20
- Par Young man - Publié dans : Vagabond

Séoul, Corée du Sud
Septembre - Decembre 2007

Perspectives. Le regard change avec le temps.
Ce qui pouvait angoisser, exaspérer, peut fasciner, bercer.
Alors la question se pose : Quel est mon regard ? Quelle est cette écoute ? Qu'est ce que je veux entendre ? Qu'est ce que je cherche à voir ?
Progressivement, notre jugement s'ajuste.
En écoutant autrement, le bruit se dissipe, le brouhaha s’intériorise. Une musique s’immisce.
En regardant autrement, au bitume se marrie la nature, le gris cède la place aux couleurs. On voit les visages, les démarches, les poses. Les mouvements se décomposent, on fige les instants.
Lignes électriques dénudées ou feuilles jaunes de ginkgos ? C'est une question de perspectives.





Perspectives
envoyé par dubitatif
Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire

Samedi 29 mars 2008 6 29 /03 /Mars /2008 17:35
- Par zoën - Publié dans : Psyché

Jeudi soir
Une fois n’est pas coutume, j’ai pratiquement passé la nuit entière à travailler.
Vendredi soir
Je ne voulais pas sortir, mais il est arrivé plein de monde... Les filles ont invité l’ensemble de leurs connaissances. J’ai très peu résisté à la force d’attraction du groupe et à son alcoolisme contagieux. J’ai été faible une fois encore. J’avais prévu de partir demain avec Fernando en randonnée à Markawasi. J’espère qu’il me restera assez de force demain pour l’ascension de cette montagne mystique.

Samedi midi
Au lieu des 8h prévus, on décolle enfin de la maison avec l'ami Fernando. On arrive à Chosica 3h plus tard, après des changements de bus dans les lieux les plus lugubres et dangereux de lima. De là, 3h de route nous attendent, à grimper la montagne - jusqu’à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer, pour rejoindre San Pedro de Casta. Mais comme des éberlués en lendemain de soirée que nous sommes, nous nous arrêtons boire de très bon jus de guanabana, Maracuya (fruit de la passion) et autres assortiments… et fumer un pet.
Donc on loupe le dernier bus. La visite du"visage de l'humanité" (le petit nom de Markawasi), lieu de désolation, de connexion astrale et de roches magnétiques, sera pour la prochaine fois. On demande à un "cobrador" (sorte de contrôleur/caissier de bus) où est-ce qu'on pourrait camper en freestyle dans la région. Il nous envoie à Surco, 45 minutes de Chosica.
Arrivée à 17H45.
On grimpe une montagne tout en buvant doucement cette horrible décoction que j'avais préparée la veille. Conformément aux conseils de l'indienne qui me les a vendus, j'ai mis l’équivalent de 2 cactus pour 2 personnes. La soupe obtenue est visqueuse, très épaisse : secouer la bouteille ne fait presque pas bouger le "liquide". Fernando n'a jamais vu ça, du super concentré ! Il y a un litre à boire pour 2, sachant que je n'ai pas eu le temps de tout filtrer. On en boit un peu plus de la moitié. Au bout d’une heure de marche, on se retrouve au milieu de la montagne, sur des ruines pré-incas. Pour rendre les lieux moins hostiles, on installe une bougie et un bâton d'encens sur un rocher... Le ciel est très près de notre tête, les étoiles nous diminuent de façon angoissante. On alterne gargarismes de jus de "pêche-fraise-ananas" et le san pedro jusqu'aux nausées. Je ravale plusieurs fois des gorgées refoulées. C’est comme ça, il faut boire, te forcer jusqu'à que tu ne puisses plus, le san pedro t’indique quand c’est assez. Puis c’est la lutte, tout l’organisme travaille. Comme une forte indigestion subite, presque un empoisonnement. On sue, le corps totalement contracté. Le visage est dur, aucune émotion n’en transparaît. Le corps et l’esprit sont mobilisés par l’assimilation de la mescaline. Imagines-toi au milieu de nulle part, assis sur des ruines non identifiées, entouré de cactus San Pedro qui te surveillent. Ce ciel lumineux et observateur, ces grondements de la rivière ; et le grand "Apu" en face de nous, ce géant de la mythologie inca, en fait une montagne dont la stature imposante est accentuée par les lumières de la ville à son pied. Les arbres commencent à bouger dès que je tourne le regard. Ils sont furtifs, ne s’imaginent pas que je les vois. Le ciel se penche sur mon cas, me souris, mais d'un sourire sournois qui a un arrière-goût de jugement dernier. Au bout d'un temps sans mesure, je rampe maladroitement avec mes dernières forces et m’extirpe de la roche sur laquelle je suis juché et commence à vomir. Fernando me masse le dos pendant que je me vide de cet "esprit" ensorcelant. Je prends conscience de la violence du rejet quand c’est au tour de Fernando de rendre : le vomi est brûlant, tellement puant. Alors que Fernando vomit, je sens la chaleur du liquide vert. Tout est plus puissant autour de nous. A un moment, le train passe dans la ville, bien loin de nous. Mais le bruit nous encercle, changeant, profond, presque insupportable. C’est sûr, dans une ville, la folie nous aurait submergé. Nous sommes sans équilibre, perdus.
Gabriel dit : T’as des hallu visuelles ?
Pas proprement dites, mais des sensations, impressions, peurs, doutes. Même la pierre parait vivre, Fernando le sent aussi, il le sait. Je sais bien que c’est ridicule, mais je me sens obligé de toucher la pierre, puis de coller ma joue contre elle pour comprendre. Une demie heure après, Fernando me fait part d'impressions très similaires, lui aussi sent cette sorte de connexion énergétique avec tout ce qui nous entoure. Et aussi une grande sensation d'humilité, de faiblesse, une révélation de l'absurdité de notre orgueil.
Une seule force en présence nous semble bienveillante, témoin mais aussi compassionnelle : la bougie. Cette flamme est notre seul rempart contre la folie. La flamme oscille, s’amenuise jusqu’à sa quasi extinction. Mais à chaque fois elle résiste et repart. Souvent, son affaiblissement coïncide avec la baisse d’énergie de Fernando. Dans mon esprit, chaque baisse d’intensité lumineuse a un sens. Le vent parait respecter la flamme, s’arrêtant toujours avant de l’éteindre, mais il est indéniable que la frêle bougie a aussi besoin que notre volonté l’appuie, sans quoi elle n’aurait plus de raison de lutter. Car la bougie lutte pour nous. De tout notre environnement, elle seule a pris position en notre faveur. Bientôt, Fernando se met en transe. Il commence à pleurer, à hurler, à supplier. Et ce pendant 2, 3, 4 heures ! Je ne sais pas. Je tente de le consoler, mais c’est comme si je n'étais pas là. Je devrais peut-être rentrer. La nuit est totale, pas de lampe, il faut une heure de marche sur un sentier dangereux, jonché de pierres instables, avec un précipice à son bord et mon équilibre hasardeux.
J’essaie plutôt de dormir, je dois juste me convaincre que je peux faire abstraction du délire angoissant de Nando. En fait, ses plaintes m’affectent de plus en plus, j’en frissonne. En foetus sur une pierre trop petite, avec 4 pulls et des gants en plus de mon duvet. Le duvet est attaché à mon sac a dos pour éviter le vol. Le sac à dos en oreiller. Je ne suis pas en sécurité. Fernando a réveillé des chiens de toutes les montagnes alentours. Je me relève et tente de le ramener en lui ordonnant de m’écouter. Il ne m’écoute pas, il demande en boucle où est son âme, il appelle sa mère et Dieu, demande pardon à tout le monde.
Les rares fois où il parvient à me répondre, il est agressif. Les yeux globuleux et l’expression figée, il me regarde comme un démon. Mon visage est tout aussi démoniaque, halluciné. Pas moyen de le ramener, il a l’air toujours plus épuisé, plus squelettique. J'ai peur qu'il se suicide, qu'il tombe, qu'il devienne fou et qu'il me rende fou. Il revient enfin à lui. D’abord par intermittences, puis complètement.
Au lieu d’en être soulagé, je sens au contraire un malaise grandir en moi. L’esprit du cactus n'a pas pu s'exprimer comme il l'entendait, je l’avais contraint par instinct pour pouvoir veiller sur mon compagnon. Tout est encore en moi, latent. Mais c’est trop tard, je n'en veux plus, je suis trop fatigué. Pas moyen de dormir, le lieu m'est hostile, je sens des présences toujours plus nombreuses, plus menaçantes. La nuit est toujours aussi noire, aucun signe avant-coureur de l’aube. C’est long. Allez, on rentre. C'est maintenant Fernando qui prend soin de moi. Je suis au bord de la crise d'asthme, je m’efforce de me contrôler. Le malaise n'est plus constant, ce ne sont plus que de subites montées.
Sur le chemin, à chacune de ces montées, mon visage se crispe, ma concentration devient incontrôlable, je ne peux que suivre mes sensations hypersensibles. Tout mon environnement vibre, si j’éclaire le sol avec ma lampe torche, je le vois grouiller. Nous accueillons le premier lampadaire comme un sauveur, nous arrivons enfin au village ! Pour autant subsistent les effets d'instabilité, la sensation que tout peut partir d'un coup, que la réalité normalement perçue peut s’éclipser, être aspirée à tout moment. Dans les ruelles désertes se découpe la silhouette militaire d’un « watcheeman" - un vigil de village - qui nous conduit à la porte d’un hôtel sans enseigne et la martèle plusieurs minutes avant qu’elle ne s’ouvre. Il est 2h du matin à la montre du vigil, et non pas 5 ou 6h comme je l’imaginais.
Avant de nous enfermer dans une chambre, nous restons un temps dans la rue sombre. On y rencontre un chien. Jamais un chien ne m’a paru si humain, si proche et compréhensif. Le chien aussi sent que nos perceptions ne sont pas celles d’un habituel badaud qu’il croise la journée. Nous restons un moment ensemble, nous observant mutuellement. Je décrypte une multitude d’expression sur son « visage ». Je ne peux pas me résoudre au fait qu’il ne s’agit que d’hallucinations résurgentes. Il y a autre chose, une réalité inobservable à la lumière rationnelle du jour. Quand finalement on se couche, nos corps et esprit sont douloureux, épuisés. Des spasmes nous secouent jusque dans le sommeil.
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Mercredi 26 mars 2008 3 26 /03 /Mars /2008 16:50
- Par zoën - Publié dans : Société

En attendant des nouvelles de la Rome de Gino, faisons une excursion au Tibet. Le gouvernement de Hu Jintao interdit aux journalistes de se rendre sur les lieux. Les flics dépêchés sur place suggèrent à ceux qui s’y aventurent d’aller plutôt visiter la réserve de pandas. Faudra faire marcher l’imagination pour le Tibet. Alors avec Niko, on a décidé d’aller dans le Sichuan, province qui faisait historiquement partie du Tibet. Ca a l’air très beau aussi, le consul de France me confiait même que c’est sa région préférée. Et puis c’est moins loin de chez les beaux-parents. Quelques heures d’avion tout au plus.

Niko se sent de plus en plus Française, ou plus précisément moins étrangère. Mais elle a quand même besoin de ne pas être trop honteuse de son pays. L’imaginaire collectif Français, depuis très longtemps, lui fait bouffer pêle-mêle des rats, des poissons pourris, du chien, des fœtus et les baguettes avec.

Va expliquer que ces anecdotes (à part les chiens) correspondent à des situations historiques et géographiques exceptionnelles et ponctuelles. On te répondra que ce sont tous les mêmes : petits, bridés, timides, incompréhensibles, bruyants et grouillants, pollueurs corrompus, communistes prêts à vendre leur âme pour un salaire ridicule, copieurs sans imagination, businessmen escrocs sans panache, anthropophages hystériques. Face à ces créatures infernales, on recense deux îles peuplées de gentils petits anges dynamiques et bons en business english : Hong-Kong et Taiwan. Et puis il y a les victimes, candides, niaises même, mais aussi attendrissantes qu’un Pokemon blessé : des petits moines orange qui digèrent en lévitation dans la position du lotus, qui sourient en souffrant et qui dodelinent comme des autistes en lisant des préceptes bouddhistes. Il y a aussi les Mongols dans leur steppe et leur yourtes, mais eux sont moins à la mode. 

Dans ces conditions, c’est très facile de se positionner : les chinetoques nous concurrencent sur notre terrain, et en plus avec un gouvernement bien plus efficace que les nôtres, puisqu’en tant que dictature, il n’y a aucun besoin de mentir pour « soutenir l’économie ».Ils nous ressemblent trop, révèlent notre propre laideur. Alors que les petits chauves béats nous font rêver, ils sont le petit symbole à sauver pour continuer à détruire autour sans culpabiliser. Ce peuple est le garant de l’équilibre psychologique de nos sociétés. Et leur drapeau est tellement cool.

Le consensus est total. Si avec les Arabes, on est un peu gêné à cause de notre passé de colon, on peut laisser libre cours à notre sinophobie. Dans telle résidence universitaire lyonnaise, une affiche à l’entrée de la cuisine qui enjoint les chinois à être propres subsiste plusieurs semaines. Pourquoi pas un encart dans les couloirs imposant aux noirs de chuchoter ? Ah tiens, à Paris, on a fait sortir un chinois de sa voiture pour le poignarder à mort. Il faut voir ça comme un soutien de la cause tibétaine. 

C’est pourtant l’ensemble des chinois qui est victime de la répression du gouvernement. Les manifestations de chinois voulant défendre leur famille, leur maison, leur terre, leurs droits et leurs valeurs ne sont pas rares. Et la répression est la même : les militaires sont mobilisés, les manifestants massacrés ou emprisonnés. Qu’il s’agisse de minorités nationales ou de Han, ils sont tous frits avec la même huile.

 


Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés