Lundi 20 août 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl

J’étais assis sur le banc à attendre le métro dans cette odeur nauséabonde d’un lendemain de samedi soir berlinois, le sol jonché de bouteilles de bière à moitié vides. J’étais donc assis sur ce banc lorsque je l’ai aperçue. Elle descendait consciencieusement les marches menant aux quais, derrière ce jeune homme qui, la clope au bec, portait son cadi de supermarché. Elle s’est arrêtée à ma hauteur, me scrutant de la tête aux pieds, un sourire au coin des lèvres. J’ai d’abord cru qu’elle était une de ces « collectionneuses » qui pour se payer de quoi manger sillonnent la ville et ses poubelles en quête de précieuses bouteilles consignées. Mais il n’en était rien : pas de bouteilles vides dans son cadi mais des livres, un tas de livres. Elle a engagé la discussion, me demandant de l’aider à monter son cadi dans le métro, car avec ses « un peu plus de 80 ans » elle n’y arrivait plus toute seule. Mon léger accent français l’a fait tiquer, elle souhaitait alors en savoir davantage.

Mamie Braille a consacré sa vie aux aveugles. Elle pousse tous les jours son cadi rempli de livres en braille, se rendant chez des non-voyants, petits et grands, qu’elle initie à la lecture. J’ai été étonné par sa lucidité, sa curiosité, son savoir et son envie de partager. Nous avons abordé bien des sujets, ses petits yeux bleu clair me fixant sans relâche. J’ai appris pêle-mêle, qu’elle avait été « victime de la Stasi », la police politique du temps de la RDA. Depuis, la politique la dégoûte : ils n’ont tous qu’une préoccupation, « Merkel, comme ces beaux messieurs de l’UE », c’est le pouvoir et l’argent. J’essayais de tempérer ses propos, lui faisant remarquer que l’Union Européenne était une belle réalisation, porteuse d’espoir. Elle s’empressa de me mettre en garde contre « le fossé entre la théorie et la réalité ». Elle s’offusquait de la politique sociale en Allemagne, de l’inexistence du salaire minimum, de la répression de l’opposition en Russie. De temps à autres elle s’interrompait pour me poser une question, puis, écoutant ma réponse, elle enchaînait sur un autre sujet, inspirée par l’actualité ou un souvenir enfoui. Son visage s’est éclairé en évoquant son voyage à Paris. C’était il y a à peine deux ans, elle faisait découvrir cette ville, qu’elle découvrait pour la  première fois, à une jeune aveugle. Elle a fini par me demander ce que j’étudiais. « Economie ? Ah oui, ce truc, c’est bien la mode en ce moment… les jeunes ne font plus des études de sociologie ».

Je l’ai quitté un pincement au cœur, deux arrêts avant le sien. Elle s’est levée, m’a accompagné jusqu’à la porte et m’a serré longuement la main. Elle m’a souhaité une belle vie, pleine de bonheur. Le métro est reparti, Mamie Braille à l’intérieur, le visage collé à la fenêtre, agitant ses deux mains en guise d’adieu.

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Lundi 6 août 2007
par HenTaï publié dans : Dubitatif

Le travail, c’est la santé ! L’adage prend encore du plomb dans l’aile : selon des chercheurs australiens, un tiers des imprimantes laser émettent des particules suffisamment nocives pour justifier un message d’avertissement pour les utilisateurs. Cette nouvelle ne va certainement pas remonter le moral déjà assez bas des employés et des cadres.


Les chercheurs de l’Université de technologie du Queensland en Australie viennent de démontrer qu’un tiers des imprimantes laser émet des particules ultrafines à des niveaux dangereux pour la santé. C’est l’encre en poudre (le toner) qui est mise en cause. Les scientifiques estiment que travailler à côté de telles machines revient à se trouver près d’un fumeur à la consommation moyenne. L’interdiction de fumer dans les locaux n’aura donc pas suffi à rendre le travail inoffensif.

A l’échelle mondiale, les estimations de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) font froid dans le dos : au bas mot, deux millions de personnes meurent chaque année à cause de leur travail. Soit plus que les dégâts dus à l’alcool et à la drogue. Deux fois plus que le nombre de victimes provoquées par les guerres. Bien sûr, ces chiffres alarmants concernent en priorité les travailleurs des pays du sud : la prospection minière et le travail manuel en général, effectués dans des conditions de sécurité sommaires.

Mais attention, le lien de causalité est bien plus facile à établir quand il s’agit d’un coup de grisou que lors d’un cancer développé à la suite d’un excédent de stress. Le Japon, qui reconnaît la « mort par épuisement » depuis 1987, a été le premier pays à affirmer sa volonté d’améliorer la sécurité et la santé au Travail en ratifiant la convention n°187 de l’OIT le 24 juillet dernier. Il est aussi un des rares pays à tenir des statistiques nationales sur les décès liés à l’excès de travail. Lesquelles permettent, sinon de mesurer exactement l’ampleur des dommages, de constater l’accroissement du nombre de victimes. Sur l’année budgétaire mars 2006 – mars 2007, les décès imputés au surmenage ont augmenté de 7,6% par rapport à l’année précédente. Alarmé, le gouvernement s’est engagé dans une campagne de sensibilisation incitant à limiter le nombre d’heures supplémentaires (!).

En France, faute de mesures, on ignore le phénomène. Même quand les conséquences sont flagrantes, comme lors des suicides chez PSA, les médias les qualifient de« série noire » comme s’il s’agissait de cas ponctuels, et préfèrent rappeler la multiplicité des causes d’un suicide plutôt que de remettre en cause les conditions de travail!

Pourtant, cette tendance est structurelle : si, dans les années 60, le patron incarnait naturellement « l’ennemi à abattre », les méthodes de management actuelles ont normalisé une compétition quotidienne au sein du personnel. Pour atteindre les objectifs fixés par son responsable, il faut être plus travailleur, plus rapide, plus performant que son voisin de bureau. La CFE-CGC, syndicat des cadres, a mis au point un baromètre « stress » qui confirme l’expansion de ce mal d’année en année.

Et pour ceux qui ne considèrent que les problèmes exprimés en valeurs monétaires, l’OIT nous fournit un autre chiffre. Sur l’ensemble du globe, le coût de l’hécatombe générée par le travail représenterait vingt fois le montant versé en aide publique au développement.

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Mardi 24 juillet 2007
par hen al publié dans : Dubitatif

Vendredi 20 juillet, le Premier Ministre britannique et Nicolas Sarkozy ont proposé une réduction de la TVA pour les produits verts. Mais pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ?

 

Pour restaurer les relations franco-britanniques, le Premier Ministre Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ont cherché une proposition simple, populaire et non contraignante. Voilà ce qu’ils ont  trouvé : « proposer à nos partenaires européens que tous les produits écologiquement propres bénéficient d’une TVA à taux réduit ». C’est plein de bons sentiments, c’est tendance et ça permet de mieux avaler la pilule de la TVA sociale.
Pourtant, pas besoin de s’appeler Nostradamus pour savoir que cette « idée » restera un souhait irréalisable. Rappelez-vous Chirac annonçant la TVA à 5,5% pour les restaurateurs : elle n’a jamais abouti car il faut l’unanimité des membres de l’Union européenne pour les décisions fiscales. En supposant que sa force de conviction fonctionne sur tous les membres de l’UE, il faudra encore se mettre d’accord sur la liste des « produits verts ». le tabac biologique, c’est « vert » ? Sarkozy parle des « voitures qui ne polluent pas », mais une voiture « verte », ça pollue toujours plus qu’un vélo, donc les vélos sont concernés par la réduction fiscale ?...
Henri Sterdyniak, économiste chercheur à l’OFCE, relève une autre lacune de taille au projet qu’il qualifie de « folklorique » : la TVA ne s’appliquant qu’aux consommateurs finaux et non aux entreprises, elle ne crée aucune incitation à produire de façon plus propre. Alors qu’il existe un projet solide, incontestablement plus efficace et réalisable dans le cadre de l’Union européenne : la taxation des émissions de CO2 et autres polluants selon la logique du pollueur-payeur. D’abord, cette mesure fiscale crée une réelle incitation à produire en polluant moins. Et surtout, il est beaucoup moins contestable de déterminer ce qui pollue que ce qui est supposé être bon pour l’homme et l’environnement.
Il est vrai que se prononcer en faveur d’un projet environnemental  ambitieux et réalisable aurait été moins consensuel, et notre président avait prévenu qu’il ne croit pas spécialement aux théories économiques…mais peut-on croire aux théories sarkozystes ?

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Mercredi 11 juillet 2007
par Ju l'indien publié dans : Dubitatif

02/7/07:
on est lundi matin, il est 7h45 et me voilá accompagnant celui qui sera mon patron pr les 2 prochains mois. Je viens de le rencontrer, c'est en effet mon premier jour. Nous échangeons qlq civilités ds l'ascenseur, bercés par une douce musique d'ambiance...Tt semble calme...
Une secousse me sort de ma douce léthargie: l'ascenseur s'arréte. Les portes s'ouvrent; mon boss me jette un regard condescendant, un coin de sa bouche s'est relevé en ce qui semble étre un sourire satisfait...
Devant moi, c le délire: des tables de 20 ou 30 personnes s'alignent á perte de vue, les télephones sonnent partout, nous passons devant une télé (il y en a une ts les 10métres) qui n'affichent que des graphiques aux significations obscurs, des groupes se forment et se séparent, ca discutent, ca rient, ca courent, des gens hurlent au téléphone, se lévent, gesticulent; les voix s'entremélent mais je distingue des mots anglais bien sur, mais aussi francais, italiens, espagnols, arabes, chinois...On parle ttes les langues ici, mais on parle communément d'argent...
Aprés 5 minutes de marche á slalomer entre les desks, mon boss me désigne le poste que j'occuperai cette semaine (son occupant habituel est en vacances aux maldives...un classique pr le mois de juillet apparemment).
Je m'installe ds un confortable fauteuil qui fait face á sept écrans d'ordinateur les uns sur les autres: l'emplacement d'un trader probablement. J'essaie de remplir chaque écran avec une application mais aprés Powerpoint, Excel, Outlook, Bloomberg, Facebook et iGoogle, je ne sais plus quoi ajouter...La honte.
En plus, je n'ai rien a faire, tte mon équipe m'a salué briévement avant de se replonger ds leurs tableurs et graphes dynamiques en me disant: "We'll deal with you later. Our time is more valuable than yours, mate". Sad but true...

11/07/07:
Ceci, c'était il y une dizaine de jour. Je me suis habitué depuis au brouhaha permanent, au coup de gueule et "hurray" de mon voisin "sales" (comprenez "vendeur de produits dérivés"), aux sons de cornedebrumes qui suivent les annonces des traders ds mon speaker. J'ai été déplacé sur un poste a 2 moniteurs d'ordi seulement (le trader est rentré tt bronzé des maldives; il s'est plaint d'y avoir croisé la plupart de ses collégues et clients!), et je comprends enfin comment fonctionne la console de communication qui est sur mon bureau.

J'ai un peu honte de faire partie de cette caste de banquiers suffisants mais, je reste fasciner par l'énergie ambiante que je ressens á chaque fois que je franchis la porte de cette salle de marché. C presque tangible; c éléctrisant, c doppant...
J'arréte la weed...La coca me semble plus adapté á cet univers londonnien...
Cheer up!

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Jeudi 21 juin 2007
par hen al' publié dans : Dubitatif

Je vous ai déjà présenté ma petite ville de la région lyonnaise : 5 000 âmes, des terrains de plus en plus chers, une expansion du village qui le fait tendre vers la ville-dortoir. Ca reste un lieu de vie agréable, paisible…chose confirmée par le dernier journal de Communay qui titre en Une : « le nombre de délits a encore baissé ». Ce n’est pas étonnant, il n’y a pas de problème d’intégration ici, pas de malaise à exprimer, ne s’y installe pas qui veut, et les logements sociaux ne sont pas légion. Les délits ou incivilités sont plutôt perpétrées par des ados bien de chez nous. Est-ce pour autant le lieu de l’ouverture d’esprit et de la tolérance ? Ah ah, vous êtes malin, vous vous rappelez pour qui Communay a voté… Voici donc une scène restituée sans trucage, avec des personnages au cerveau saturé par TF1 :

 

 

 

Ca se passe mercredi soir, dans l’un des deux salons de coiffure. Je me fais masser le cuir chevelu par l’aide-coiffeuse. Le fils de la coiffeuse, d’une quinzaine d’années, s’ennuie et débagoule des billevesées sans trop réfléchir. Dans son monologue, il aborde le thème des « boites ».

 

 

 

« A Sérézin, y a un club, c’est le Space. T’sais pourquoi y s’appelle comme ça ? parce qu’y yavait que des Pèd’ d’dans […] mais maintenant, ça craint trop, y a trop de rats !!! »

 

 

 

Sa mère s’arrête net, lève les yeux vers moi, puis demande confirmation à son fils :

 

 

 

            -Qu’est-ce que c’est des rats ?

            -Ben…des racailles.

-Oui, eh bien…Tu sais, ça va qu’on est entre nous… [elle relève les yeux vers moi] Mais il ne faut pas dire ça !  Parce que moi, je ne veux pas me retrouver avec une bombe dans mon salon !!!

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Mercredi 20 juin 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl
Son, lumière, nuages, champs, usine, espace, feux, electro, bière, athmosphère, contraste, amis, berlin... c'était le week end dernier, au nord est de Berlin, le festival suédois, oy oy oy...

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Lundi 11 juin 2007
par hen al publié dans : Dubitatif

Un grand merci à tous !

Merci à ma chère petite bourgade de Communay, à peine 5000 habitants bien éduqués, qui prend soin de ses vieux en leur organisant des sorties, des expositions de l’époque de la mine…Merci aux pompiers qui organisent, pour chaque Pâques, la chasse aux œufs, aux gentils oisifs bénévoles qui cultivent quelques légumes bio avec des personnes en réinsertion, aux paisibles promeneurs amateurs de champignons, aux joggers suants souriants, aux chasseurs amoureux de la nature…

Merci encore de vous être mobilisés, au-delà de la moyenne nationale, à 65%, pour les élections législatives. A plus de 47% pour Georges Fenech, vous avez eu raison ! Et vous n’avez pas voté que pour lui : Durand, UDF grassouillet de la majorité, au faux air de Santini, pose avec lui sur l’affiche électorale. Mr Fenech aurait pu lui tapoter le crâne à la Benny Hill , ça n’aurait pas choqué.

Quoique Fenech avait suffisamment d’arguments pour se présenter seul :

  1. Il fait parti de l’UMP, il est donc le candidat pour qui on doit voter pour donner à Sarko les moyens d’agir.
  2. Il est de ces décomplexés : il fait des blagues sur les juifs plus marrantes que celles de Cauet.
  3. C’est un promoteur de la démocratie : il n’hésite pas à donner de sa personne pour aider à la réélection de Bongo, au pouvoir depuis 31 ans au Gabon, en lui donnant une bénédiction démocratique.
  4. Il est pour la paix dans le monde : Montesquieu avait vanté les effets du doux commerce, alors Fenech s’en est allé vendre des armes à l’Angola. C’est ce qu’on appelle froidement l’affaire Falcone.
  5. Comme le président, il est cohérent : il a écrit un livre intitulé « tolérance zéro ».
  6. Il est moderne : le retour sur le devant de la scène des repris de justice est tendance avec Juppé, Carignon, Noir…

 

 

Vive la France courageuse et moderne !

 

 

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Mercredi 23 mai 2007
par Gabo publié dans : T'as vu ?
 
Prix spécial du jury pour le projet "Berliner Fenster", réalisé par Gabriel Laurent et Hans Papke dans le cadre du concours 2007 du DAAD. La thématique du concours se basait sur une cittation de Goethe :

»Nothing can be compared with the new
life that the discovery of a new country
gives to a thoughtful mind. Although I am
still the same person, I feel that I am in
fact changed to the core.«


Berliner Fenster

envoyé par dubitatif




In this, the City of Juxtaposition, I am not pointing out another. Instead I am offering a method, a mental map, a way to document my experience in the city, and I hope it is one that will lead to a better understanding of Berlin. The key to successful and sustainable urban environments is positive social interaction. The more that people are observant and critical of their surroundings the more they will have to add when these interactions take place.

The film makes use of its inherent format, that of the moving picture, to reinforce the idea that windows are typically viewed from a moving
perspective. By shifting the emphasis away from the goal of getting somewhere and re-focusing this moving gaze instead on the idea of "the window", I am simply utilizing the existing method of perception to come to a different understanding.
Similarly, the still photographs of the walls echo the moment's pause that is required to look at an advertisement, or to notice that the wall is in fact a blank "façade". By extending this moment I hope to provide a fuller understanding of how and what these walls are and do.

The short captions of text provide insight into my thought process as I were gathering footage, exploring the city, and locating moments of pause. The project is meant to provide a frame of reference for my relationship with the city over the past 6 months. It is in many ways abstract, yet the subject's familiarity and precise method of description make the project at the same time quite concrete.
The goal of the project is to spark critical discussion through examining seemingly banal pieces of daily life.

        Read more...




Berliner Fenster_

Berlin is a city in a rare state of exposure. Its fabric has been chopped and cut by countless idealists, planners, politicians, engineers and architects. The results are stunning. Little is left of the typical homogeneity so rigorously produced in other European capital cities towards the end of monarchic period. Disfigured and eclectic, Berlin yields itself to its inhabitants through a complex intertwining of rational order, perceptual chaos and traditional values.



"Windows today go very much unnoticed."


As people move through the city the constant repetition and regularity of the windows on the facades of the buildings does little to engage the imagination. These patterns of transparency are little more than a backdrop against which people go about their business. Glass, especially since glass construction became prevalent during the Industrial Revolution, has provided the visibility
and isolation required for remote voyeuristic viewing. Windows are a one way street. When a person is inside and looking out through a window they feel protected, as though they are watching the world outside go by with out the slightest worry that they can be seen. It is a private experience, a comfortable indulgence into the world of spectating.

A similar experience occurs on the street. It is common polite practice to respect other people's ?right"  to personal silence in public places. One such place is the street. They put on headphones as a layer of armor and retract into fortified ?public" versions of themselves. The single vulnerability is one of visibility. People know that they can be seen and take pleasure in the watching of others.
It is quite ironic then, that people pay little or no attention to windows.

The windowed façade is a vital piece of the city. It should be celebrated, noticed, cherished and interacted with, not relegated to the realm of the ignored. By noticing the subtle differences between windows, looking at their shapes and colors, paying attention to how each reflects and captures light, even noting their physical orientation are all small observations that if made can add much
to an inhabitant's awareness of his or her surroundings.
The Renaissance held the human body to be the ultimate expression of beauty. The proportions of the body were religiously articulated into the form and detailing of buildings as if through this personification the building would be literally imbued with life. The facades were the buildings' faces and the windows the observant eyes.

A common expression holds that the eyes are the body's windows to the soul. If we look into the soul of the city's buildings what will we find?



"What would the city look like without windows?"


A wall with no windows holds promise. It speaks of things yet to come, and is therefore intrinsically optimistic in its anticipation of the next building. It however also speaks of decimation. In a line of connected houses a blank wall means that something is missing, as if a link in the chain has been destroyed.
Berlin's plethora of window-less walls comes as a shock to no-one. They are most often viewed as the result of the mass destruction that occurred during the Second World War. What is less considered, however, is their role in the urban fabric. These monoliths rise triumphantly from the city's districts indiscriminately.
They mark the places where buildings once stood and where they may one day stand again. They are the literal cuts that allow a viewing of the inner anatomy of the city and laid bare is a network of left-over, unplanned spaces that become activated by these stoic walls. They have become a new sort of façade, one that was never intended to be.

Interior walls are very often windowless. They are used to define rooms and to provide points of orientation and our perception of walls without windows has been formed through this interior relationship. Therefore when confronted with such a wall at the scale of an entire building it is perceptually ominous, disruptive and strange. This very perceptual inertia makes them protagonists.
These walls beg to put to use, their surfaces palimpsests that bear witness to their engaging effect on the city's inhabitant. The spaces created by them beg to be explored, taken over and re-appropriated. Windowless walls are not the inverse condition to a window filled façade but instead are a necessary and powerful compliment.








Berlin Fenster_
The film and photos should be shown side by side on a blank wall. The film should be on repeated loop and will need speakers. It is important that people be able to walk up to the photos and film and that the projection be able to project onto them. In this way the two pieces are presented much like the traditional double window in Berlin yet are at the same time are nothing but a projection on a blank wall.

Film Berliner Fenster_
4 minutes
should be projected the same
size as the photo colelction.

36 photos @ 20 x 20 cm

captions should be applied
under the film and photos
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Mercredi 9 mai 2007
par Gabo publié dans : Bagus Indonesia
Huuummm ca  y est... j'ai enfin terminé ce montage vidéo !
C'était il y a bientôt un an... un petit surf trip bien comme il faut en indonésie, avec burnwood, benito, simon et benj !





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Jeudi 3 mai 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl
Jean Claude Popot est un médecin français qui vit à Berlin depuis de nombreuses années maintenant. C’est la deuxième fois que je vais le voir, et je crois que ce sera bien la dernière. Popot ne paye vraiment pas de mine, son cabinet non plus. Il a la cinquantaine, des grosses lunettes carrées aux montures bariolées bien épaisses qui lui tombent sur le bout du nez, il porte des vêtements qui sentent le vécu. Quand il tape, à un doigt, sur le clavier de son ordinateur, il relève le menton et prend cet air de taupe qui vous rend plein de compassion. Popot s’embrouille facilement quand il entame une discussion. Hésitant, il faut, pour lui donner toute sa confiance, bien s’accrocher, être attentif, se pencher en avant, froncer les sourcils et hocher lentement de la tête.

Je suis allé voir Popot pour un banal certificat médical de « bonne santé », certificat nécessaire pour établir mon contrat de travail temporaire à l’Organisation Mondiale de la Santé. Je précise, car ce détail n’est pas sans importance.

Nous engageons la conversation et lorsqu’il apprend que je ne suis pas vacciné contre l’Hépatite B, Popot s’excite soudainement : « Ahhh, baffff, ahhhh, mais ca faut pas ca, hein ! Faut faire l’Hepatite B ! Nous, c’est le seul pays, la France qui voulait pas le faire. Mais tous les autres pays, ils ont rien dit, ils font l’Hépatite B. En France, y a eu un débat au moment, avec Kouchner, et il a hésité avec les tests, du coup, y en a un il s’est fait dessus. Ouais ouais, y en a un il s’est fait dessus, il avait peur avec les tests, et du coup, y a des gens qui ont pas le vaccin. Mais faut le faire hein ! Ca craint rien, c’est juste il s’est fait dessus, mais tous les autres ils ont l’Hépatite B, hein ! » Puis, Popot m’osculte, pas plus de trente secondes. Il tâte mes ganglions sous les dessous de bras, à la gorge, prends ma respiration et c’est fini, c’est bon, je suis en bonne santé !

Entre temps nous discutons, il me pose pas mal de questions sur mon boulot à l’OMS, me demande si je travaille dans d’autres organisations et si j’ai de la famille dans ces organisations. Lorsque j’évoque l’OIT, l'Organisation Internationale du Travail, il devient assez nerveux, s’arrête soudainement, et me demande : « C’est quoi ça ? C’est pas un syndicat hein ? » Je le rassure, lui explique rapidement ce qu’est l’OIT. Puis c’est l’heure de remplir mon certificat, je lui tends l’exemplaire pré rempli fourni par l’OMS, sur lequel il n’a qu’à cocher une case, signer et apposer son tampon. Il le lit silencieusement, très très attentivement, mot pour mot, jusqu’en pied de page où il est spécifié que je serai dédommagé à hauteur de $ 50 pour les frais de ma visite médicale. Popot se tourne vers son écran, se met en mode taupe, utilise son doigt à ordinateur pour accéder à mes informations, rempli le certificat, me sort sa facture et m’annonce «  41, 56 euros. Euuh vous pouvez virer sur mon compte… euhh en plus c’est moins que 50 dollars. »

Hum hum, je me gratte la gorge, et lui tend innocemment ma carte Vitale et ma carte de sécurité sociale européenne. « Ahhh non ! ça marche pas la, c’est pas bon, ah non bahhh non ca marche pas. » « Enfin comment ça ça ne marche pas ? La dernière fois, vous avez utilisé ma carte vitale, et je vous ai réglé 10 euros. Qu’est ce qui change ? »

Et la, envolée lyrique de monsieur Popot !

« Ahh bahh c’était la dernière fois, euuhhh je sais pas, c’était pas pareil, ouais ouais, c’était la dernière fois. Vous aviez une vraie maladie, la c’est de l’administratif que je vous ai fait. La dernière fois, vous étiez malade, donc bahh j’étais gentil, je sais pas moi, c’est pour ca que vous avez payé dix euros, ouais parce que j’étais gentil. Mais bon euhh je peux pas etre gentil tout le temps moi. La en plus, je vous ai donné des conseils, je vous ai orienté, c’est pas rien, hein… euhhh c’est pas gratuit hein, moi je vous oriente, hein, bahhh 8 ans d’étude et les gens y croient que c’est rien la, et que c’est gratuit ce qu’on dit. Cette fois, c’est autre chose, je peux pas vous expliquer, c’est trop long mais ca marche pas, hein la carte vitale. C’est pour la France, et la c’est pas la France, c’est différent, et je peux pas vous dire, c’est trop long… »

Voyant mon air hébété, il se veut rassurant :

« Mais je peux vous faire une réduction hein, euhhh je veux dire, une réduction… moi aussi j’ai étudié, pas de bourse, pas d’argent… mais bon, faut comprendre, faut payer, faut que je vive, hein, ma secrétaire c’est 2500 euros par mois, c’est pas gratuit ca hein. Moi ici je gagne rien, hein, je gagne moins qu’un enseignant, hein, mais ça vous le savez pas… »


Mais le meilleur restait à venir !

« Hein moi je vous conseille, hein je vous oriente ! C’est nécessaire, hein… parce que une fois sur deux, quand on a des gros ganglions sous les bras, et bahhh c’est le… SIDA ! Ouais ouais, c’est le sida, une fois sur deux avec les gros ganglions ! Bon bon… euh voila ! »

Je me lève tranquillement, le rassure du mieux que je peux en lui disant que je ne sous estime absolument pas son travail et que je ferai le virement sur son compte rapidement. Il me raccompagne, prend encore le temps de m’expliquer que la vie est chère, qu’il ne gagne pas beaucoup, et qu’il boit du bon pinard le soir mais n’en abuse pas, qu’il a une voiture d’occasion qui avait déjà 5 ans quand il l’a acheté, etc…

Sur sa facture, les soins administrés sont détaillés et mentionnent :

-          Consultation détaillée : 20,11 euros

-          Examen d’un organe : 21,45 euros

-          Diagnostic : Certificat d’aptitude pour mission à Genève à l’OMS

Ahh mon cher Popot, tu m’as bien fait rire sur le chemin du retour. Cependant, même si tu me fais de la peine, je ne pourrai te régler cette brillante consultation, ce ne serait pas bien raisonnable, n’est ce pas ?

 

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Lundi 30 avril 2007
par hen al' publié dans : Dubitatif

L’épaisse brume avait l’habitude de me rendre visite le dimanche. Elle était prévue, bien accueillie même. Elle était signe d’une veille festive, amicale et pleine de débordements. Elle venait contraster l’ébullition désordonnée de l’ivresse ; l’absence de visibilité qu’elle imposait était une formidable occasion de se tourner sur soi-même, de rassembler ses esprits et de recoller les morceaux de neurones. Ce mauvais temps cérébral était l’occasion rêvée de renouer avec les plaisirs simples et paisibles : la joie de la sieste, la musique du générique de Téléfoot et la bonne trogne de Moustik pour certains, , la caresse du rayon de soleil en terrasse pour d’autres…Ce sont des douceurs qui ne s’apprécient jamais autant que le dimanche.

Aujourd’hui, ça s’est compliqué. Nous sommes lundi 30 avril. Beaucoup font le pont. Pas moi. Les « bulles » de samedi ont perduré tout le dimanche. Il y a eu le foot du dimanche matin, la piscine de l’après-midi. Le beau temps du samedi soir a gardé le brouillard à distance tout le week-end. Alors, le brouillard s’est vengé. Il est arrivé encore plus épais le lundi matin. Au lieu de douces rêveries, il ne m’impose que sa lourdeur, son poids sur mes paupières et son froid agressif sur mes yeux. Je ne peux malheureusement pas le fuir, juste le dissimuler. Tout le matin, j’attends avec impatience la pause déjeuner qui sera un délicieux moment de repli. 12h pile. Pas question de faire des minutes supplémentaires aujourd’hui. Partons à pied au resto bar de la gare, le ciel bleu et mon état lamentable s’y prêtent parfaitement. La catastrophe arrive avec des lunettes de soleil : le directeur m’interpelle dans la rue. Il me connaît à peine et me propose donc de déjeuner avec lui. Je dois récupérer en catastrophe mon déguisement de business man déjà enfoui au fond de mon vieux cerveau. Ce repas m’a beaucoup fait souffrir : le service était lent, mon interlocuteur en pleine forme et passionné. Il a dévoré toute mon énergie…Me voilà donc encore plus fané, je me surprends à regarder mon clavier comme si c’était un traversin moelleux, je n’arrive qu’à faire semblant d’être affairé. Pourtant je suis siégé par le travail. Mais aujourd’hui, je ne peux rien faire d’autre que de me plaindre…Bon anniversaire Bat !

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Mardi 17 avril 2007
par Gabo publié dans : Berliner Kindl


Mauerpark heute.


bier frisbee joy

rufen mich an

Welly Welly Will        
April, the 15th  
       
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Vendredi 13 avril 2007
par hen al' publié dans : Dubitatif

Je n’ai pas vraiment envie d'ergoter sur les frasques karchérisantes de Sarko, une bonne batterie de journalistes s’y atèle déjà avec beaucoup d’efficacité. Mais quand on sait qu’ « à l’Edhec, on vote tous à droite », on peut avoir envie de rappeler pourquoi certains s’en abstiennent. Quand l’interassociative LGBT (coordonnant l’ensemble des asso se préoccupant du Sida, plutôt favorable à l’UMP à ce qu’on dit) interroge les « principaux » candidats, on apprend que Sarko veut supprimer le Pacs tel qu’il est aujourd’hui. Les couples homos pourront officialiser leur union par un contrat de second rang, un truc exclusif pour les gays, un machin de merde pour PD. Les hétéros eux, devront supporter l’enfer administratif du concubinage ou se marier. C’est vrai que ça sera plus facile d’identifier les bons et les méchants comme ça. Ces régimes exclusifs établissent des catégories claires et distinctes, sans ambiguïtés ni complexité. Un peu comme l’étoffe rose, un triangle si je me rappelle bien, cousue sur la veste pendant la période nazie, il s’agira de pouvoir reconnaître un inverti du premier coup d’œil.

« Voilà déjà une catégorie bien rangée, on verra ce qu’on en fera plus tard ; au moins je n’aurai pas à la chercher. »

Bien sûr, cette méthode n’est pas la panacée, puisqu’il faut attendre que ces individus déviants se déclarent d’eux-mêmes. Il serait quand même préférable de pouvoir les détecter au plus vite, avant même qu’ils fassent leur « coming out », avant même qu’ils sachent qu’ils ne répondent pas aux critères de l’ « identité française ».

Mais Sarko n’est pas autant schizophrène que son ami Le Pen veut bien le prétendre. Alors qu’il était encore ministre de l’intérieur, la petite frappe avait déjà réclamé une enquête qui justifierait le dépistage de signes avant-coureurs de la délinquance dès le plus jeune âge (à partir de 36 mois). Il parlait déjà à l’époque d’une « héritabilité » des troubles du comportement. Son exposé face à Michel Onfray au sujet de la prédétermination n’était donc pas un dérapage, mais bien une idée affirmée. Il n’y a donc pas de place pour la liberté d’existence, le changement au fil des expériences, des hasards et la volonté. Il n’y a que des destins préprogrammés, des gentils et des méchants, beaucoup de méchants...

 

 

 

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Mercredi 11 avril 2007
par hen al'ancienne publié dans : Dubitatif
Bonjour vous tous,

Géraldine se fait du souci, c'est le deuxième email qu'elle m'envoie en peu de temps. Elle est inquiète et aimerait tant nous revoir, oui nous tous.
Je ne crois pas que vous connaissiez Géraldine, à vrai dire moi non plus. Elle n'écrit qu'à moi car elle n'a pas votre adresse email. Géraldine est une personne qui se fait du souci lorsque l'on ne donne pas de nos nouvelles, lorsque l'on écrit plus, lorsque vous n'écrivez plus, et ca la rend triste.
Je suis sur que vous n'aimez pas savoir Géraldine triste, alors s'il vous plaît, écrivez !
Géraldine travaille pour over-blog, l'hébergeur de notre dub', et lorsque nous délaissons notre dub' pendant un petit bout de temps, elle nous rappelle à l'ordre, enfin moi, puisque c'est mon adresse mail qui sert d'identifiant pour le blog...
Alors bordel, faites plaisir à Géraldine et écrivez ce que bon vous semble sur le dubit'... ya déjà eu un joli commentaire, qui m'a bien fait plaisir, ce PRA signé par PRA, bravo, ça c'est du bon, du lourd, de la cayenne ! Voila, ent tout cas, te voila rassurée Géraldine, voici de mes nouvelles, enfin plutot un signe de vie.
Sur ce, faîtes de même si le coeur vous en dit, bonne inspiration, si vous ne savez pas quoi écrire, vous n'avez qu'à concocter un poème, une ode dédiée à Géraldine !

Administrativement votre,
Gabo
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Vendredi 9 février 2007
par Aurélien publié dans : Dubitatif

Attention ! Ces trois textes ne peuvent être lus séparément.

Ce matin, en allant au travail, je me suis demandé pourquoi je ne resterais pas plutôt chez moi à me reposer, traîner, et n’avoir qu’une quantité limitée de contraintes. Rester dans son appartement, être un lézard aux yeux fatigués qui glisse lentement de son lit à sa petite cuisine adjacente – nuage ralenti par le souffle paternel du temps. Etre enfermé dans un petit lieu clôt et pouvoir visualiser clairement les limites de sa vie, quatre murs, être la mauvaise surprise dans la boite de Pandore – tout parait plus simple vu de l’intérieur.

 

J’ai finalement choisi d’aller me jeter dans un wagon du Métropolitain qui me mènerait, comme une grosse chenille dans les veines de Paris, jusqu’à mon lieu de travail. Mais quel sens à tout cela ? Pourquoi répéter quotidiennement une tâche que nous sommes des milliers à faire ? Le métro avance et je repense aux réponses que m’ont offerts certains de mes amis financiers. Ils cherchent l’aisance, les moyens de jouir de plaisirs plus intenses, l’argent comme multiplicateur de bonheur. Soit. Mais, moi, je n’ai pas envie d’avoir de l’argent, je n’ai pas envie d’avoir un bel appartement et une longue voiture. Peut être qu’un jour tout cela arrivera mais en attendant je n’ai pas envie de me lever et d’aller travailler en me disant que ces choses là sont des récompenses, elles n’en sont pas, elles sont accessoires comme le champagne pour un anniversaire ou les décorations de Noël. Travailler pour des futilités est insensé et je ne peux pas le faire.

 

Alors quoi ? Travailler pour une grosse organisation ? Une organisation tellement grosse qu’elle en est forcément importante. Se donner un peu de crédibilité, trouver un peu de sens dans ce qui se veut sans frontière, englobant tous les pays, une sorte d’Atlas soutenant les cieux. Sauf que le Titan Atlas, lui, fut punit par Zeus et obligé de porter les cieux. Alors pourquoi cette punition auto infligée ? On passe sa vie à se punir. Se donner des devoirs. Se contraindre par moral, amour, amitié. Se consumer lentement en fumant. Chaque homme est une vague qui avance comme elle le souhaite, regardant dans la direction qu’elle veut, mais se dirigeant inexorablement dans le sens de la rive, pour venir s’échouer là où les autres ont échoués et là où les prochains échoueront. Certaines vagues sont plus hautes que d’autres, elles peuvent aller plus vite aussi, d’autres moins fières tirent vers l’arrière et appréhendent en voyant l’écume au loin. Mais finalement, toutes ont vu le soleil et tentent de le toucher. Les petits bras de la mer se tendent faiblement vers le ciel, emportés par un courant trop fort, les larmes blanches qui s’écoulent de leurs doigts fins portent toutes en elles un morceau de ce soleil patient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La radio s’allume, il est 7h déjà. On entend les dernières infos concernant les candidats à la Présidentielle, leurs mésaventures, leurs éclats lors d’un débat télévisé. Il est temps de ne plus être inefficace et de s’habiller pour. Costume et cravate, douche et café, on se regarde dans le miroir et on attend que le rasoir s’active. Il y a quelque chose d’organique dans cette préparation matinale, orchestration d’objets bien distincts qui pourtant se rejoignent en ce rite quotidien si singulier. Alors que l’esprit est encore vide de la nuit - éponge des songes – le corps se mue et attrape les milles objets du matin. Ils sont combinés, utilisés, regardés et retrouvent leur place, sans plainte.

 

Je rejoins ensuite mon animal préféré qui vient me chercher tous les matins. Je vois ses deux gros yeux brillants qui roulent au fond du tunnel. De plus en plus larges. Ils sont vite secondés par le râle sourd de ce long mammifère souterrain. Sur le quai on attend et on guette, armés d’un sac à main ou d’un livre pour les plus forts, les autres se cachent derrière les journaux gratuits et remplissent leurs vases d’ennui de litres d’information factuelle – si Goebbels n’était pas mort il écrirait dans Métro, heureusement il est mort. A quoi bon tout savoir ? A quoi bon lire cette presse atone et insipide qui prétend tout dire en parlant de tout, tous les matins ou tous les soirs ? L’abondance d’information est nauséabond et détourne l’esprit des problèmes de fonds. Le meilleur moyen d’éviter de toucher aux questions fondamentales qui demandent de longues réflexions, qui impliquent une démarche intellectuelle parfois fatigante et qui peuvent mener à des changements radicaux, est d’aborder un nombre conséquent de questions de surface.

 

Un flux continu d’information toute la journée durant, des journaux aux émissions de télé, en passant par internet et jusqu’aux courriers électroniques des amis. Vous saurez tout alors ? Cette pluie vous tombe dessus et vous empêche de lever la tête. Sentez la moiteur de votre habit souillé par ce liquide sans odeur. Les gouttes y glissent et tournent autours des boutons de votre veste. C’est le savoir nouveau – l’avez-vous ? Vous l’aurez et vous rentrerez chez vous rempli à ras bord de faits nouveaux que vous aurez réussi à glaner le jour même. Aujourd’hui nous marchons tous le seau à la main, prêt à le remplir dès que nous pourrons. Etre vide c’est être faible, être fort c’est savoir plus. L’information assenée, nuisance molle du quotidien, vous mouille comme on lave un chien et vous baissez la tête en attendant que cela sèche. Lâchez donc ce seau, oubliez l’information et levez la tête ! Rien ne vaut une douche après une longue journée. Il est 7h. Déjà !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éveil raisonné et laborieux, douceur beige aux arômes de cannelle, c’est le destin de l’homme qui se joue à son premier pas. L’œil sent l’organisation minutieuse qui s’opère dès le matin et sourit légèrement de n’être que temporairement accessoire. La force du café pris entre dix doigts se lance le long de la langue comme un lézard avalé lentement, déambulation irréfléchie, va-et-vient régulier. Cette première étape est un socle sur lequel s’entassent les éléments du quotidien pour former la pyramide du jour.

 

L’ours lourd avance difficilement sur cette double poutre métallique qu’on lui a attitrée, il grogne et progresse nonchalamment le regard fixé sur chacune de ses étapes. Enfin il rit un peu lorsqu’il peut s’arrêter quelques instants décidemment heureux d’avoir la chance d’être enchaîné. Captif content, il mime le fait du temps en n’ayant pour choix que l’option de s’arrêter ou de ralentir le long de sa longue ligne immuable. Heureux comme l’ours, celui qui n’a l’esprit qu’à ses chaînes et n’a de révolte que celle de s’en défaire ou de s’en accommoder. La procession d’hommes et de femmes qui avancent tous les jours vers cet animal porteur d’un ridicule espoir, agrippe fermement l’information qui lui a été glissée au creux de la main. L’esprit se relâche et l’ours oublié peut repartir tranquillement.

 

On rêve à la mer quand on est assis dans le métro. Par chance on peut même l’apercevoir lorsque l’on passe le long de certaines stations suffisamment bondées. Cette mer, elle, ne nous regarde pas. Non, elle tourne doucement, et en son cœur apparaît Calypso, éblouissante, qui sourit chaleureusement aux voyageurs errants. Ses bras de nymphe se tendent de toutes parts et sèment des larmes dorées que les regards émerveillés tentent d’attraper. Les yeux s’ouvrent et les poings se délient. Cette mère chagrinée donne vie à tout un monde qui s’anime – éclosion de vie, c’est l’heure du départ. Alors on marche lentement, le cil humide mais le sourire en coin. Les pas résonnent et bien que l’on ne se voit pas, la complicité est là. Nous avons touché un morceau de ce cœur chaud et sentir le souffle du vent sur notre visage alors que nous marchons dans la rue nous semble être un jeu nouveau. Nous voulons maintenant courir et on rit de voir jaillir des bouches étonnées des grands immeubles des enfants bleus et rouges qui se lancent le ballon sur lequel est écrit : « L’air ici ne manque pas ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 18 janvier 2007
par hen al' publié dans : Dubitatif

 

Une accusation émanant d'Internet et relayée par un député de droite dénonce l'utilisation d'une SCI par Hollande et Royal pour éviter de payer l'ISF. Le couple concerné dément facilement, affirme payer l'impôt et veut même en faire un enjeu de campagne. Qu'est-ce qu'on veut démontrer? Qui est le plus honnête ? Qui est le plus riche ? A moins que riche et honnête soient des antonymes, et dans ce cas prouver l'honnêteté revient à démentir les accusations de richesse.

 

Il en ressort évidemment la question de la solidarité : montrer qu'on ne cherche pas à couper aux obligations de solidarité que l'on prône. Donc payer l'ISF est finalement une preuve totale de philanthropie socialiste. Et oui, avec tout cet argent, tous ces montages financiers possibles et tout ce pouvoir, il serait très facile de contourner l'impôt sur la fortune. Donc si on se soumet docilement à cet impôt, c'est soi que l'on est un benêt, soit qu'on est socialiste. Et même si son élocution devrait laisser planer des doutes sur les capacités mentales de la candidate socialiste ( mais une instit n'est pas bête, c'est le public auquel elle s'adresse qui pose problème), il est inconcevable qu'un système démocratique puisse installer une attardée au pouvoir. Au fait, il parait qu'en réunion des ministres, Chirac se penche parfois vers son voisin pour qu'il lui rappelle quel ministre est en train d'intervenir.

 

Donc plus on paye d'impôts, et plus il est certain que cela est intentionnel. Donc plus on paye d'impôts, plus on est socialiste. Le socialiste suprême étant le contribuable cédant plus de 60% de son revenu au fisc et protestant contre le bouclier fiscal. Peut être même que la, je tombe dans le socialisme utopique. Le plus grand socialiste du monde en puissance doit donc être Bill Gates. Il a environ 64 milliards de dollars. Le problème, c'est que la quasi flat tax en vigueur dans son pays ne lui permet aucun mérite. Il faudrait donc qu'il vienne emménager en France, plutôt que de créer des organisations caritatives. En même temps, il n'est pas con Bill, il sait qu'un businessman qui paye plein d'impôts perd toute sa réputation et sa crédibilité. "Comment? Tu ne maximises pas ton profit sous contrainte? Allons, sois rationnel bill!" Alors qu'en faisant des dons comme ça lui chante, a qui ça lui chante, ça fait humaniste engagé tout en restant un patron respecté.

 

Donc on ne sait plus quoi privilégier, le socialiste ou l'humaniste? On sent quand même que le socialiste a cette faiblesse de rester soumis a l'Etat, aux prélèvements et au GASPILLAGE de son argent. Alors que l'humaniste est un libre penseur, concerné et acteur. C'est même un rebelle, car il tente de façonner le monde selon sa propre vision. Il n'est pas le suiveur qui participe aux actions nationales, il est maître de ses actions, et établit ses propres priorités pour le monde. En effet, un humaniste comme Bill est avant tout un entrepreneur, et l'entrepreneur sait bien que si on passait son temps à écouter et à vouloir faire plaisir à tout le monde, on ne s'en sortirait pas.

 

Face a tous ces doutes sur l'identité du vrai bienfaiteur, entre humanisme et socialisme, il est au moins clair que le pauvre et le travailleur au noir ne peuvent pas se targuer de telles qualités humaines. Ces smicars et autres humbles (je te parle meme pas des travailleurs clandestins profiteurs) ne sont que des égoistes, paresseux et sans vision. Il ne participent pas à l'effort collectif de construction d'une société meilleure. Ce ne sont que des masses sans intelligence et nuisibles : ces profiteurs empêchent les bons patrons de bien payer leurs salariés !

 

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Lundi 8 janvier 2007
par hen al' publié dans : 50 ans de révolution
23 décembre 2006, Noël est imminent. Cette célébration n’a pas la même place à Cuba que dans les pays traditionnellement catholiques. Mais à Remedios, village de la région Villa Clara, c’est l’occasion d’une grande fête de 3 jours. Niko, Rewan, fils de notre hôte, et moi, quittons donc la Habana tant bien que mal. Je propose d’y aller avec un de ces Yutong bus offerts par la Chine. Ce

sont d’ailleurs les seuls transports en commun décents que propose le pays. Malheureusement, aucun départ n’est prévu ce jour-la. Etonnant quand on sait que les festivités de Remedios sont internationalement connues. Je me plie donc a la proposition de Rewan de s’y rendre en taxi. Il me faudra débourser 70 dollars pour qu’une de ces voitures modernes daignent transporter nos culs trop blancs. Car, quand mon compère cubain tente de négocier, on lui rétorque hargneusement qu’il a le devoir citoyen d’escroquer nos petites têtes de capitalistes.

Sur la route, notre chauffeur s’arrête acheter une grosse dinde frétillante à un forain clandestin en charrette, puis la charge dans le coffre. Elle lui coûtera 230 pesos cubanos (soient 10 pesos convertibles ou dollars). A la Havane, il aurait dû débourser 50 dollars, alors que son salaire est versé en pesos cubanos. A 50 kilomètres de notre destination, la pluie cesse soudainement, dévoilant un ciel scintillant, propre de toute pollution industrielle. L’horizon plat et monotone n’est interrompu que par quelques palmiers et deux ou trois hameaux.

Nous arrivons vers 22h30 dans le village déjà étourdi par le rhum blanc. Nous nous rendons tout de suite à la maison de la sœur de Fabian, notre hôte. Après les politesses d’usage, nous nous rendons tous ensemble dans le centre en fête. Entre réponses aux clichés habituels et traductions a et de Niko, je commence à faire connaissance du mari de la sœur de Fabian: le chaleureux Santiago père. Ses yeux tombent plus bas que ceux de Stallone. Et ils sont auréoles d’une teinte noire qui laisse mesurer son amour pour l’alcool de canne à sucre.     

Santiago veut nous expliquer qu’il est professeur webmaster –du gouvernement bien entendu- et designer de softwares. Il s’interrompt régulièrement pour récupérer son équilibre ou tituber une danse de reggaeton, le tout la chemise ouverte sur sa panse. Puis il embraye sur la Chine, pays partenaire donateur de Cuba. Il faut préciser qu’en échange des financements en tout genre, des télés Panda, des bus et de la bouffe pour chiens revendue en élégant pâté, Cuba présente la Chine comme un pays parfait en tout point. Il existe par exemple un programme TV –Mirando China- diffusé 2 fois par semaine sur l’une des 4 chaînes. Cette émission nous explique combien ce pays est communiste, riche et bon, sachant conserver ses traditions dans la modernité. Et tout le monde, devant son poste, se doit d’imaginer que “Vamos Bien” et que le rêve chinois sera bientôt la réalité cubaine. Santiago, qui a pourtant un accès privilégié à l’information, va donc à son tour s’extasier à propos de la Chine –et au passage cracher ostensiblement sur la France. Il avait réussi à me vexer quand, heureusement, le concert commença devant les milliers de cubains.

Deux jours plus tard, une nouvelle discussion avec l’informaticien virulent m’a permis de creuser un peu son point de vue. En voici une reconstitution :

 

-Comment tu t’appelles ? louorennete ? C’est trop compliqué, je vais t’appeler Napoléon.

-Oh non, pas Napoléon s’il te plait !

-Pourquoi pas ? Tu n’aimes pas Napoléon ? Tu n’es donc pas français ! Comment je peux t’appeler alors ?

-Comme tu veux, mais ne m’appelles pas Napoléon !

-Alors c’est qui le héros français ? Vous devez bien avoir un héros en France, non ?

-Ben, non…enfin, il n’y a pas un héros national, c’est selon les personnes, leur opinion…Quand on s’identifie tout de suite et en masse à quelqu’un, c’est qu’on idéalise cette personne, non ? Mais s’il en faut vraiment un, je pense que Zidane est tellement populaire qu’il est un emblème de la France.

-Zidane ? Pfff, il n’est même pas français ! Moi, je vais écrire un article dans la presse demain, et expliquer que les français, contrairement aux cubains, ne savent pas s’identifier à une personne en chair et en os ! Donc, en fait, pour moi, la France n’est pas une vraie nation. Moi, et tout les cubains, on pourrait s’appeler Jose Marti ou Fidel !

-Et moi je me demande s’il peut exister un homme réellement héroïque, sans motivation égoïste, ce qui justifierait une sacralisation et une adoration de l’unanimité…Ou si le fait de n’avoir qu’une seule source d’information, avec un point de vue uniformisé suffit à la création d’un personnage emblématique ?

-Eh ben non, regarde, j’ai Internet ! Il n’y a rien d’interdit à Cuba, qui t’a dit qu’il y avait un contrôle de l’information ?

- Simplement le fait que Cuba soit le deuxième pays au monde où il y a le plus de journalistes emprisonnés. Et vous, en quoi consiste votre travail ? (il me l’avais déjà dit, c’était juste pour voir jusqu’où allait sa mauvaise foi)

- Mon travail est d’identifier et bloquer l’accès à tous les sites pornographiques. Mais à part la pornographie, on a le droit à tout. (ce qui est faux, car seuls les fonctionnaires dont la tâche et le niveau hiérarchique le justifient ont accès à Internet, les autres cubains n’ont droit qu’à une adresse électronique.).

 

Nous sommes finalement interrompus par les détonations de feux d’artifice. Tout le monde se transforme en gosse, monte sur les toits, court entre les projectiles, pousse des cris de joie. A minuit, l’immense église du village s’ouvre pour la messe. Pris par un mouvement de foule, je me retrouve à l’intérieur plaqué or de ce bâtiment. Les ¾ des occupants ne sont pas là pour se recueillir et les autres font la grimace. On brandit des caméras et des bouteilles de Habana Club, pas de crucifix. Dehors, c’est la guerre. Les gens viennent s’entasser dans l’église pour échapper aux boules de feu tombant du ciel. Les pétarades incessantes couvrent la voix du curé malgré son micro. Le feu d’artifice durera 5 heures. Ont suivi les combats aux pétards jusqu’au matin bien entamé. On m’a dit que le lendemain, il est de coutume de voir des enfants ramasser les projectiles qui n’ont pas explosé pour leur donner une deuxième chance.