Samedi 24 novembre 2007
par Dubitatif publié dans : Just Chili'n
Jacquot avait entendu parlé de Jeannot et de ses aventures liméniennes… Après qlq hésitations, il se décida donc à le rejoindre à Lima, dans cette immense cité tentaculaire. Le quadrillage de « blocs » mal ajustés, les grandes rues éclairées dont les lueurs s’évanouissent dans l’horizon, cette ville grise et brumeuse qui se jette dans la mer, tt cela impressionna Jacquot lorsqu’il survola la ville…
 
Jacquot retrouva bien vite Jeannot, qui le pris sous son aile ; lui, était bien plus habitué aux baroudages dans les contrées latines et savait rassurer son camarade par son espagnol chantant et sa connaissance des lieux. Nos deux comparses étaient enfin rassemblés pr 15jrs d’équipée sauvage dans 3 univers différents…
 
D'abord, le chemin des Incas avec Cuzco et le Macchu Picchu, l'incontournable touristique, une des "7 nouvelles merveilles du monde"...
3 pleines journées dans Cuzco et sa région parsemée de ruines Incas permettent à Jeannot et Jacquot de se remémorer doucement cette culture disparue: à force de rencontres, de discussions, de lectures, de souvenirs, ils se représentent à nouveau cet empire du 13e siècle qui s'étendait de l'actuelle Colombie au Nord du Chili, et qui fut réduit au silence et à l’esclavagisme qlq siècles plus tard par les conquistadores espagnols.
Les deux amis arpenteront les rues escarpées de San Blas, le quartier bohème et calme de Cuzco, ils feront leurs emplettes botaniques sur le marché central de la ville, se vêtiront auprès des artisans de Pisaq, hanteront les bars cusquenos jusqu’aux premières lueurs du jour, avant de se succomber aux charmes de l’Hydre touristique qui leur promit le « graal » régional, le Macchu Picchu. De nombreux dollars plus tard (l’Hydre étant très assoiffée et même un peu cruelle...), Jeannot et Jacquot pénétrèrent enfin dans le sanctuaire Incas, perché sur une crête surplombant deux vallées de forêt sauvage. Ils s’étonnent alors de la liberté qu’ils trouvent sur le site, traversant les cultures en terrasse et les maisons sans toitures, dévalant les marches qui sillonnent la ville en ruine, et s’extasiant sur les pierres Incas à 12 ou 22 angles… Abandonnant leur guide folklorique, ils se lanceront ensuite dans une balade enchanteresse de 6-7h dans cette végétation tropicale des Andes, sur les chemins des Incas, bâtis ou creusés à flanc de montagne, enjambant rochers, ruisseaux ou fossés, uniques voies pour se rendre dans des temples plus reculés ou pr apprécier différents panoramas depuis les sommets avoisinants. Le lieu est sublime, grandiose et majestueux, il exhale la culture, le sacré et le mystère. Jacquot sera très touché par le poids de cette civilisation et de l’Histoire qu'il ressent ici…
 
Nos deux compères poursuivirent leur route dans un bus de nuit pr le lac Titicaca. Ces trajets interminables sur les routes (36h Lima-Cuzco, 7h Cuzco-Puno, 8h pr Puno-Arequipa) les réjouissent et les usent tour à tour ; des moments de repos, de discussions, truffés d’anecdotes rigolotes ou rageantes, mais la longueur de ces correspondances les rends parfois énervantes et ennuyeuses…
 
A peine arrivés sur les rives du lago Titicaca, Jeannot et Jacquot s’embarquèrent sur le premier bateau pr les îles péruviennes (Amantani et Taquilé) de ce lac immense, encerclé de montagnes, qui sépare le Pérou de la Bolivie. Au delà des curiosités touristiques comme les iles flottantes des Uros (fabriquées de ttes pièces à partir du roseau local) ou les traditions vestimentaires des habitants de Taquilé (ils montrent leur statut marital par la couleur de leur habits), c’est d’abord l’expérience humaine qui ravît Jacquot. Les deux amis dorment en effet chez une insulaire, madame Irma (et ses 2 enfants), dont le flegme quechua et la dignité indienne s’accordent à merveille avec le dénuement, l’isolement et la pureté de ces petites iles dont on fait le tour en 2-3h de marche. Jacquot se sent apaisé dans cet environnement minéral et silencieux, où l’impact humain est quasi imperceptible (pas d’électricité, d’hotel, de voiture, de vélo ou de chien). La vie au rythme du soleil et de la bougie, la lumière des soleils couchants, épurée par l’altitude, inciteront même nos amis à rester une nuit de plus sur ces îles protégées par les temples des antiques Pachamama et Pachapapa… Un petit goût d’éternel…
 
Aprés une brève escale a Aréquipa, ville culturellement et architecturalement marquée par l'emprunte coloniale espagnole et 2eme ville du pays (700 000 habitants contre 9 millions à Lima!), une nuit de transit dans un club liménien, Jacquot et Jeannot repartirent pr le Nord du Pérou, à Iquitos, ville tropicale posée sur les rives de l'Amazone, accessible seulement par bateau ou avion... C’est la porte de la « selva », la jungle amazonienne.
Jacquot hallucine en arrivant dans cette ville où l’humidité le fait transpirait à grosse goutte. C’est pourtant la saison sèche !
On ne circule quasiment qu’en motos ou mototaxis (sorte de rickshaw). Les rares bus n’ont pas de fenêtres, il fait bien trop chaud ; et de tte façon, tout s’arrête s’il pleut donc ca n’est pas gênant. Nos amis trouveront sur la Plaza de Armas de la ville une maison en fer, construite par Gustave Eiffel, transportée et remontée par un nabab du caoutchouc le siècle dernier… Esthétiquement sans intérêt, Jacquot reste persuadé que cette anachronisme illustre un peu le surréalisme de cette ville ! Le marché de Belén aussi ; espèce de bidonville de huttes sur pilotis construit dans le lit du fleuve. Jeannot et Jacquot le traverseront sous le cagnard de midi rendant le lieu encore plus insupportable et suffocant. Incommodés par les odeurs de poissons qui flétrissent au soleil, les étals trop bas qui oblige à avancer courbés en permanence, les ordures qui jonchent le sol, les groupes de charognards (vautours) qui se régalent à qlq mètres des enfants, Jacquot et Jeannot ne peuvent qu’imaginer ce même marché pdt la saison des pluies, qd le fleuve est au plus haut et que ces mêmes détritus sont recouverts par des mètres d’eau. Le gens se déplacent alors en kayak pr faire leurs courses ; c’est certainement moins sordide… Là, Jacquot a un peu l'impression de "visiter" la misère des autres, comme s'il s'agissait d'une attraction exotique...Le crépitement du flash de son camarade et d'autres touristes le mirent mal à l'aise...
 
En fait, c’est surtout les 4 jrs passés dans la selva qui ont motivé nos compères à venir là où naît le fleuve roi, l’Amazone, qui s’écoule ensuite sinueusement jusqu’aux côtes atlantiques brésiliennes. 
Jacquot et Jeannot s'éloignèrent de qlq centaines de km d'Iquitos, par l'unique route qui rejoint Nauta, puis par bateaux à moteurs et à rames afin de s'immerger dans 
« l’enfert vert » de la jungle.
L'enfer s'est avéré être un paradis.
Le climat tropical, la chaleur humide, les moustiques et autres bestioles (fourmis très agressives) n'étaient que de très petits désagréments face à la découverte du gigantisme de cette jungle : les deux amis partageront la vie tranquille et rigolote des indiens locaux (cultiver-yucca/fruits/riz, pêcher-piranhas/tucunaré, manger-ananas/papaye/pastèque, boire-whisky de la selva, glander et converser dans des hamacs/dans des bars de la selva, boire-biere/rhum, jouer au foot/après avoir tondu le terrain municipal à la machette bien sur, ...), ils verront qlq animaux exotiques (singes, bébé caiman -goût très proche du poulet-, anaconda, toucans, perroquets, etc), s’endormiront bercer par les mouvements de hamacs -un délice de paresse- ou le tangage des lanchas, avec toujours en fond sonore le bruit des animaux. Enfin, ils profiteront des cours de botanique donné par leur hôte -de la liane qui fournit de l'eau potable qd on la coupe, aux plantes médicinales et épices de la jungle-, se doucheront sous la pluie tropicale ou se baigneront dans le rio verdâtre...
Cette simplicité de vie, les gens rencontrés là-bas, la quiétude des lieux ont fait de cette découverte de la jungle le coup de cœur de Jacquot. Il repense souvent depuis à ce qu’il a ressenti là-bas : être à l’écart du monde, à l’abri de la pression sociale et des contraintes de tps. Une liberté paradoxale puisque la nature parfois hostile nous emprisonne (Nous avons rencontré qlq’un qui s’est perdu 8jrs dans la jungle en allant de balader à coté de chez lui !!!) mais nous protège de l’extérieur…
 
C’est sur ce petit nuage vert que Jacquot a du quitter son ami et retourner étudier sous les latitudes chiliennes…
Les deux amis n’auront pas rencontrés de shamane comme il l’avait d’abord espéré, mais cette dose d’émotions accumulée dans les regions pittoresques du Pérou a fourni à Jacquot le « fix de voyage » dont il avait besoin après son arrivée décevante dans l’américanisme chilien.

Il prend peu à peu conscience de l’immensité et de la complexité de ce continent latin avec tous ces reliefs à surmonter (jungle, salars, Andes, déserts), de son unité disloquée à l’image de la langue : cet espagnol que l’on parle partout, mais dans chaque pays différemment... Il attend avec une impatience difficilement contenue sa prochaine expédition dans les steppes patagones du Chili et de l’Argentine…
Eh oui, un fix est un fix, il en appelle toujours un suivant !
 
A suivre ???
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Lundi 12 novembre 2007
par hen publié dans : C'est le Pérou!

Nauta, un an auparavant. Séparé depuis deux jours de ses compagnons de route, Fernando progresse péniblement au cœur du marché central. Il se faufile entre les stands et les passants, la tête baissée pour passer sous les bâches. L’atmosphère est suffocante. La chaleur poisseuse, commune à toute la jungle, est intensifiée par l’effet de serre des bâches. Le peu d’air disponible, imprégné d’odeurs de poisson, de corne brûlée, de volière… Pas de quoi mettre en appétit, mais il est décidé à se forcer à manger un bout. Il a déjà perdu tellement de poids, il se sent trop faible pour continuer à l’ignorer. D’ailleurs, il a décidé d’aller consulter un homme de connaissance l’après-midi même. Une adresse dans sa poche, un ermite dont on dit beaucoup de bien. Dans le labyrinthe des cantines du marché, il s’assoit comme un habitué sur le premier tabouret de libre, sans prendre le temps de consulter le menu. Avalant mécaniquement sa soupe au riz, il jette un œil à l’adresse gribouillée sur son paquet de Hamilton : Juan Salas Mesa, Rio Yarapa, caserio Nuevo Loreto. C’est à au moins deux heures de peke-peke[1].

Sur la berge de l’Amazone, il y a déjà pas mal de monde qui attend pour embarquer. Et surtout beaucoup de marchandises : des gros sacs de vêtements, des ananas, des régimes de bananes de toutes tailles, des yuccas et même quelques poules… Tout le monde est mis à contribution pour charger le bateau : les enfants dockers et les usagers se passent les fruits et les sacs à la chaîne. Le moteur de l‘embarcation entame sa quinte de toux caractéristique, Fernando tente de se faire une petite place parmi les ananas qui lui piquent les fesses. Les visages sont fatigués après la journée de marché. Les corps entassés à l’avant et à l’arrière du bateau, pêle-mêle avec les marchandises. Le centre de la barque est le territoire réservé de deux jeunes touristes. Ils sont confortablement étendus dans des hamacs fixés aux chevrons du toit. Leurs appareils photo futuristes mitraillent le paysage, les nuages, les dauphins roses, les fruits et les passagers, Fernando compris. Le bateau zigzague lentement entre les courants pour remonter le fleuve. Sur demande, des villageois embarquent ou débarquent. Après une demi-heure de trajet, le guide des étrangers réclame une pause de 5 minutes au prochain village. Au ton sans appel, le conducteur du bateau suppose que c’est sérieux et obéit sans un mot. Arrivé au « port », quelques rondins entrecroisés, la barque s’amarre. Quinze minutes plus tard, le guide et son assistant reviennent tranquillement du village. Très vite, le conducteur constate dans un froncement de sourcil que leur besoin pressant, c’était l’alcool. Une bouteille de Coca Cola de 50 cl pleine d’Aguardiente[2]. Les deux guides s’enivreront le reste du trajet, s’amusant à forcer un peu la main aux deux gringos.

Tu es arrivé mon frère ! Fernando est réveillé en sursaut par le conducteur. Un peu paniqué, il jette son sac sur le dos et saute sur la plateforme flottante. Dans la précipitation, son pied droit glisse entre deux rondins, il se rattrape lourdement, ce qui a pour effet de faire couler un autre rondin. Au terme d’une danse épileptique, Fernando a évité le pire, il n’est trempé que jusqu’à la ceinture.

Cet épisode fait bien rire Juan ! Le médecin-botaniste-guérisseur a conservé toute son espièglerie de gamin malgré ses 57 ans. Il installe Fernando dans un hamac, puis disparaît dans son jardin luxuriant. Quand il revient, ses bras sont chargés de racines et de plantes de toutes les couleurs. Il les écrase, pèle, malaxe, et cuisine toute l’après-midi. L’odeur émanant du feu est de plus en plus écoeurante. La nuit tombée, les bougies allumées, Juan apporte une décoction noire encore fumante dans une vieille bouteille plastique. Pas de mots pour décrire l’expérience de Fernando. Il passe du rire aux larmes, pousse des cris inhumains, se sent mourir, vomit ses entrailles, dévoré de l’intérieur par le serpent de l’ayahuasca.  

  Animation de Antonio Soho Cahuas, PUCP.

A son réveil le matin suivant, il a le sentiment d’être un nouveau-né, comme s’il prenait contact avec la réalité pour la première fois. Mécaniquement, il se lève, remercie son soigneur et repart pour la ville. Il ne sait pas pourquoi, mais il doit appeler sa famille. Son frère répond, Fernando parle sans savoir ce qu’il dit, le serpent est encore aux manettes de son esprit. Venez me chercher, je souffre d’un début de tuberculose.

Son premier réflexe est de se rattraper et se corriger, mais il sent que c’est réel. Le serpent le lui a enseigné.



[1] Barque équipée d’un moteur de tondeuse au bruit éponyme. Principal transport en commun d’Amazonie.

[2] Le « whiskey de la selva » : alcool de canne à quatre soles le litre.    

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Mercredi 7 novembre 2007
par Henito publié dans : C'est le Pérou!

 

 

Le soir commence à tomber sur la lagune. Fernando et Jeannot finissent de digérer le festin financé par la vente d’un banal collier à un prix inespéré. Il fut un temps où Fernando aurait culpabilisé de vendre à un prix si extravagant. Mais il s’est depuis trouvé une parade morale, qui n’est d’ailleurs pas de lui : considérer que le prix juste d’un objet qu’il a fabriqué en une heure vaut 5 soles revient à se référer au salaire péruvien. Mais vu qu’il s’agissait de finlandaises, il faut considérer leur salaire pour connaître le prix juste. En somme, ce n’est pas un objet qu’il vend, ce sont des heures de travail qu’ils échangent : une heure de travail péruvien produit un collier de graines colorées, une heure de travail finlandais produit un salaire de 40 soles. Une heure contre une heure, le collier vaut bien 40 soles…Heureux, il sourit, fier de son raisonnement encore une fois appliqué.

Allongés dans le sable, ils ont été rejoints par la dizaine de nomades présents ce jour-là. Ils se connaissent tous : Hugo le sympa d’Ayacucho, Jose le mexicain, Jorge l’équatorien, Angelino l’excentrique, Nadia la belle rasta… On s’échange des nouvelles de connaissances communes, expose les projets de chacun, évoque de possibles retrouvailles ultérieures, échangent les contacts mails manquants au carnet d’adresses.

Profitant de l’obscurité naissante, Angelino embrase les deux extrémités de sa perche et se lance dans une chorégraphie à mi-chemin entre les mouvements de majorette et le kata de kung-fu. Son look très travaillé le rend encore plus fascinant : ses longues pattes de cheveux en pointe, ses lunettes de chips, ses sandales de grec… Et ses déplacements de félin ! Ce ne sont pas les jongleries d’un équilibriste qu’ils voient, c’est une image, une sorte de petite œuvre humaine. Alors que Fernando se décide à l’accompagner avec des torches enflammées, la longue silhouette de Patrick apparaît. Il fait déjà bien nuit, il faut partir tout de suite. Heureusement la lune presque pleine éclairera leurs pas. Avant de s’enfoncer dans le désert, Jeannot tient absolument à boire la décoction de San Pedro ; il l’a préparé une journée durant spécialement pour l’occasion. Dans une grimace d’amertume, il ingurgite la moitié du jus visqueux et passe la bouteille à Fernando. Les premiers effets de la substance hallucinogène devraient se manifester d’ici une heure, ce qui devrait correspondre à leur arrivée au camp.

Dans le désert, Patrick a l’air de flotter, il distance très facilement ses hôtes qui doivent se contenter de suivre ses traces pour ne pas se perdre. Jeannot et Fernando soufflent comme s’ils progressaient à 5000 mètres d’altitude ; devant, le gardien du désert souffle continuellement dans son didgeridoo, un peu comme Mihai, le berger roumain qui guide ses moutons au son de sa flûte.

Après avoir gravi de nombreuses dunes, ils découvrent enfin le campement : 3 hamacs, un abri pour les poubelles collectées et une tente arborant des messages de dévotion à Pachamama, entendez « Terre Mère ». Epuisés par la marche et le début de nausée provoquée par la potion, les deux compères s’effondrent littéralement dans les hamacs. Patrick leur donne rapidement les consignes de sécurité, comme ne pas tenter de rejoindre la lagune en pleine journée ou ne pas quitter le campement sans eau, puis repart pour la lagune. Alors qu’il a déjà disparu derrière les dunes, les deux compères restent immobiles à suivre les vibrations du didgeridoo qu’ils entendent d’abord et qu’ils finissent par imaginer.

Le projet initial du barbecue est tacitement abandonné : le breuvage amer leur donne plus envie de dégurgiter que de d’avaler quoi que ce soit. Il devient par contre impératif de faire un feu : le froid tenaille et leur état de faiblesse les fait grelotter. Le feu de camp lancé, les deux ermites d’un soir se serrent autour de la source de chaleur et se glissent doucement dans un état d’hypnose. Le combustible est tellement sec qu’il faut sans arrêt alimenter les flammes gourmandes. Les yeux rivés sur le feu, ils enfouissent leurs pieds nus dans le sable chauffé par les braises. Leurs visages sont travaillés, leurs sentiments confus oscillent entre l’état de béatitude, de contemplation et la douleur de se trouver seuls face à eux-mêmes. Fernando sent son visage vieillir, dévoré par la culpabilité et la peur de disparaître. Dans un état proche de la transe, des pensées le bousculent : Que dois-je faire ? Tout avouer et tout perdre ? Ou m’accrocher aux dernières apparences qui me protègent ? Jeannot pourrait-il comprendre ? Ne m’abandonnerait-il pas immédiatement, effrayé ? C’est sûr qu’il m’en voudra, il est déjà trop tard pour le dire… Et puis je suis déjà en train de disparaître !

Il sursaute, prenant conscience qu’il vient de dire la dernière phrase à haute voix ! Il n’ose pas lever les yeux vers Jeannot, peut-être est-il trop fasciné par les flammes pour avoir entendu… Mais Jeannot a ressenti le malaise. Plus que le murmure, c’est le sursaut qui l’intrigue. Qu’est ce qui ne va pas ?

Fernando se sent complètement transparent, il panique, chaque seconde silencieuse qui s’écoule le décontenance et l’oppresse plus encore. Finalement, au bout d’une minute infinie, de grosses larmes viennent combler l’absence de mots. Entre deux sanglots, il crie presque : la tuberculose est en train de me dévorer !

A suivre.
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Lundi 5 novembre 2007
par Henito publié dans : C'est le Pérou!

A-DSC04103.JPGPassées les premières dunes, on découvre un petit hameau structuré comme un cadre de tableau enjolivant la peinture qu’est cette grande flaque d’eau : la laguna de Huacachina. En soit, ce n’est pas extraordinaire, une flaque - surtout qu’elle n’est pas au milieu du désert – mais celle-ci est célèbre, elle apparaît même au dos du billet de 50 soles.

Patrick est une figure emblématique du site et tout le monde sait où le trouver. Voyant Fernando, c’est lui qui vient à notre rencontre, suivi de près par une jeune baba humanitaire française. Son physique est à l’image de sa personnalité charismatique ; grand et svelte, les joues légèrement creusées habillées d’une barbe christique, des lunettes profilées aux verres opaques. La jeune fille ne parait pas bien parler ni même bien comprendre l'espagnol. Néanmoins, elle sourit ou acquiesce à chaque intervention de Patrick. Il accepte tout de suite d’entreposer leur bataclan dans sa chambre minuscule qu’il doit en plus partager avec ses deux filles présentes pour le week-end. La discussion prend l’allure d’un dialogue entre Patrick et Jeannot. Patrick raconte son campement à une heure de marche dans le désert, les volontaires qui l’accompagnent pour l’aider dans son ramassage de détritus, ses petits tracas avec la police qui s’oppose à sa mission, son entêtement pacifique et sans haine…

Fernando connaît déjà bien toutes ces histoires. Sans le sou, il se fait la réflexion que ce n’est pas des paroles qui vont le nourrir. Il se retire poliment et va s’installer non loin de là, au bord de la lagune, sur un banc situé dans un lieu de passage. Il déballe sa sacoche en bandouillère, déploie un petit tapis sur le banc et y dispose méthodiquement, avec des gestes déjà mille fois répétés, tous les colliers, bracelets et autres pipes de sa confection. Non loin de là, de l’autre côté de la lagune, un de ses pairs a lui aussi installé son petit stand, son "patch". Mais lui a déjà plusieurs touristes amassés autour de son tapis, tous à triturer un fossile ramassé au brésil ou un pendentif de dent de requin récupérée d'un ami. Fernando regrette de ne pas pouvoir s’installer dans cette rue nettement plus fréquentée, il sait que les locaux l’expulseraient immédiatement. Il se ressaisit aussitôt : il ne s’agit pas de vendre un maximum, mais simplement de faire une affaire suffisamment bonne pour couvrir les dépenses de la journée. C’est tout le sens du « patchage » : plus un mode de vie qu’un métier ; un moyen de vivre en voyageant, pas de s’enrichir. Les artisans comme lui parcourent les pays d’Amérique Latine et étalent leurs babioles sur des carrés de tissu présentoirs qui sont autant de patches de trottoir. Entre eux, pas de concurrence, mais plutôt un esprit communautaire. Si l’un n’a pas ce que recherche le touriste, il l’orientera vers un autre collègue qui pourra satisfaire son besoin. Quand l’un d’eux découvre un bon plan pour le logement ou la nourriture, l’information circule instantanément. La communauté ne pourrait d’ailleurs pas survivre sans ce sens du partage et de la solidarité : où qu’ils aillent, l’exclusion et la discrimination les assaillent. Souvent trop bronzés, les cheveux parfois trop longs,un mode de vie pas assez conventionnel, c’est plus qu’il n’en faut pour être montré du doigt et chassé. A l'image des municipalités françaises qui rechignent à investir dans des structures d’accueil pour gens du voyage, la police et les représentants de villes péruviennes s’efforcent de dissuader les touristes d’acheter à « ces dangereux marginaux », des restaurants et hôtels refusent de servir les artisans, certains hôtels pour backpackers refusent même carrément d’héberger des péruviens, pour « protéger les touristes ».
Jeannot et la petite française continuent de boire les paroles de Patrick. Ce dernier leur décrit les joies du désert : la sérénité et la puissance du lieu bien sûr, mais aussi le plaisir de dévaler une dune en courant en arrière, faire des galipettes, courir en faisant les plus grandes enjambées possible… Ce gars doit avoir 30 ans de moins une fois dans le désert. Puis le thème de la discussion dérive vers le mysticisme : les hommes de connaissance – comprenez shaman, l’ayahuasca et surtout le San Pedro. Ce cactus est un symbole du Pérou : disposé au seuil de la porte, il assure bonheur et protection au foyer ; bu lors de cérémonies religieuse, il enseigne au shaman curandero comment soigner son patient. Enfin, Patrick propose à Jeannot de passer une nuit dans son campement au cœur du désert. Les yeux du jeune européen pétillent, c’est la seule chose qu’il voulait entendre. Ils partiront dès que le soleil s’adoucira.

A suivre.

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Dimanche 4 novembre 2007
par Gabo publié dans : Seoulite

J’ai entre temps à nouveau rencontré mon amie Phoebe, celle qui m’avait introduit auprès du « président », l’ancien dictateur coréen Chun Doo-hwan. Je lui ai avoué que je ne souhaitais plus rencontrer cet homme à l’avenir. Etonnée, Phoebe m’avait alors demandé si ce genre de réaction (à savoir, ne pas vouloir côtoyer un dictateur qui a été directement responsable de la mort de centaines, voire de milliers de personnes) était typiquement française, arguant que cet homme avait payé pour ses actes – pas bien cher ceci dit au passage – et  que tout cela appartenait au passé. Je lui expliquais alors rapidement qu’à mon sens cela n’avait rien de français, et que c’était plutôt lié au fait que je me sentais « mal à l’aise » en présence d’un tel individu. Mais bon c’est vrai, peut être que le culturel y est aussi pour quelque chose et que les américains pardonnent plus facilement aux dictateurs sanguinaires que nous autres de la vielle Europe. Je n’en sais rien et ne m’avancerai d’ailleurs pas trop à ce sujet.

 

C’est mon camarade de classe Kim Man Kon (que j’appelle « Man Gone ») qui m’a invité à ce dîner, lui-même ayant à l’époque été un fervent opposant au régime de Chun Doo-hwan. Lors d’un « socialize event » (comprendre beuverie générale entre copains de classe jusqu’au petit matin, après être passé par deux voire trois bars, avoir mangé une sorte de poulpe séché et un bouillon de vers à soie, un passage en boîte et un détour au karaoké) Man Gone avait évoqué ses années d’étudiant militant à la Seoul National University. En apprenant que j’avais rencontré son dictateur en personne, il m’invita illico, empli d’émotions rempli de boissons, à le joindre lundi soir au restaurant Main Liebes Alps (dont seule la consonance est allemande et qui correctement orthographié signifie « Mes chères Alpes »). Un dîner était organisé pour commémorer les soulèvements étudiants, dont l’aboutissement fut l’instauration de la démocratie dans le sud de la péninsule en 1987.

 

Man Gone à la quarantaine et comme la grande majorité de mes copains de classe, il fait une pause études pour passer son MBA. C’est un homme engagé, un militant plein de convictions qui aborde avec la même aisance la structure hiérarchisée de la société coréenne et l’augmentation de la production de spermatozoïdes chez l’homme qui se pense cocu.

Le restaurant est plein à craquer. Ses copains d’antan l’accueillent par de franches accolades ; l’ambiance est très joviale, ils ont tous déjà bien bu. Sur les tables s’empilent pêle-mêle bouteilles de whisky et de vin, canettes de bière et restes de poissons séchés. On s’empresse de nous faire de la place à une table et en seul occidental présent, qui plus est tout jeunot, je suscite naturellement la curiosité. Man Gone me présente à ses acolytes et leur glisse quelques mots au sujet de ma fameuse rencontre. Un type bondit aussitôt en bout de table et braille tout sourire dans un anglais incompréhensible « Here, we hate Chun Doo-hwan ! » Le ton est donné ! Tous sont d’anciens étudiants de la Seoul National University, qu’ils ont intégré dans les années 80’. A l’époque ils étaient au cœur de la révolte, aujourd’hui ils sont pour la plupart cadres chez Samsung, Hyundai ou LG et s’échangent leurs cartes de visite. Chacun porte un badge sur lequel figurent le nom et l’année d’entrée à l’université. Ce petit détail à nos yeux revêt ici toute son importance : en Corée, il est primordial de déceler rapidement l’âge de son interlocuteur afin de se soumettre aux règles de la hiérarchie confucéenne. On appelle ainsi une personne plus âgée par son nom précédé de son titre (oncle, grande sœur, professeur…), on lui voue respect et dévouement dans chacun de nos gestes (on place par exemple son verre légèrement en deçà du sien lorsque l’on trinque et on tourne la tête pour boire), et en contrepartie tu bois et manges à l’oeil, l’aîné t’entretiens toute la soirée !

 

Une question revient souvent : « Sais tu pourquoi nous sommes réunis ce soir ? »

Oui, je sais pourquoi vous êtes tous là ! J’en sais d’ailleurs plus que vous ne le pensez… Je feins cependant de ne pas vraiment avoir saisi le but de cette réunion, leur laissant le plaisir d’évoquer leurs années rebelles. J’ai écouté leurs histoires et j’ai ainsi appris comment les étudiants se massaient autour des leaders pour éviter leur arrestation et permettre aux manifestations de durer plus longtemps. L’un me parle de ses deux années passées derrière les barreaux, l’autre évoque les déchirements lorsque un étudiant se retrouvait pendant les affrontements nez à nez avec son frère, militaire le temps de son service. Man Gone me détaille la mort de ses deux copains de classe, suicidés pour la cause, en signe de protestation ultime (le premier s’est immolé, le second s’est jeté du haut d’une église après s’être ouvert le bide). Les anecdotes s’enchaînent, mais toutes se concluent sur la même note : « we have sacrificed our lives for democracy ! »

Ils sont hilares en apprenant que je suis né en 1984, en pleine tourmente. Je suis jeune mais certains insistent pour que je les appelle « friend » et non pas « uncle ». Man Gone m’offre un livre qui retrace ces années de révolte, il s’intitule « Two beautiful men » en l’honneur de ses copains disparus.

 

Les verres se remplissent, se vident et les cigarettes se consument à une vitesse impressionnante ; le serveur a bien du mal à suivre. Sur l’estrade un micro a été installé, il est rapidement pris d’assaut. Les chants et slogans de l’époque sont entamés à pleins poumons, repris en cœur par les copains attablés. Il est temps pour moi de filer. Je me fais tout petit, siffle mon verre d’un trait, remercie chaleureusement mon ami Man Gone et m’éclipse discrètement avec à la main un livre écrit rien qu’en coréen. 

 

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Vendredi 2 novembre 2007
par Henito publié dans : C'est le Pérou!

Aïe, aïe, laeticia… elle va me manquer ! Les yeux enfoncés dans les orbites, il n’arrive plus à retenir ses larmes et préfère épargner Jeannot d'un spectacle gênant en se réfugiant dans les toilettes. Quand Fernando ressort de son refuge, sa silhouette et ses mouvements témoignent d’une grande faiblesse attendrissante. Les larmes versées ont dû finir de dessécher son corps.
Une fois assis, les émotions rassemblées, il entame sans prévenir une rétrospective de son existence à voix haute. Jeannot, légèrement distrait par les longs cheveux noirs de son interlocuteur mélancolique, s’efforce de prendre sa posture d’oreille attentive. Au fil de la longue confidence, Jeannot retient certains mots – abandon des études, drogue, décadence, vol, deal, désintoxication, nouvelle vie, voyage, rencontres… – et réinterprète la vie de Fernando. Imprégné d’images de films sur l’obscure et violente Amérique Latine ( Cidade de Deus, Ser mexicano es un orgullo pero…ser de Tepito es un don de Dios…), il imagine un parcours chaotique et passionné, jonché d’injustices et de drames. Heureusement, le récit de Fernando se termine sur une note autrement plus positive que les films du genre : il se dit changé, sa volonté s’est renforcé, ses parents lui refont confiance, il ne travaille pas trop et réalise ses rêves.

Je n’ai rien, et pourtant je vis dans l’abondance !
Pendant ses deux ans passés en Colombie et depuis lors, il s’est levé tous les matins sans un sou en poche. Et tous les soirs, il s’est couché repus et heureux. Chaque jour est une histoire différente, pleine de surprises, et rien ne subsiste jusqu’au lendemain. Réconcilié avec lui-même, Il se met à se préoccuper pour ses parents. Cette liberté, cette absence de manque dont il jouit, il regrette qu’eux en soient privés.
Moi qui ne fais rien pour, je ne manque jamais de rien, alors que mes parents se laissent se faire exploiter, se tuent à la tâche sans jamais satisfaire leurs besoins.
Fernando explique au suisse qu’il voudrait enseigner à ses parents qu’ils n’ont pas besoin de portable pour garder contact, de voiture pour se déplacer ni d’appareils photo pour profiter du paysage.
Fumant du bout des lèvres et sirotant son rhum mauvais-mais-péruvien, il continue de développer les aspects épanouissants de sa nouvelle vie : sa sérénité nouvelle, les compagnons de voyage de toutes les nationalités, tous les pays du continent qu’il a visité, les expériences uniques en tout genre, les aventures sexuelles hors du commun… Cette exhaustivité devient presque politique aux yeux de Jeannot. Il doit encore avoir du mal à l’assumer, sûrement vis-à-vis des sacrifices de ses parents, et cherche en conséquence à justifier son choix, songe-t-il.
Alors qu’il en est au chapitre du formidable réseau de ses pairs artisans voyageurs, il mentionne un certain Patrick qui, sédentarisé, s’évertuerait à ramasser les déchets accumulés
dans un désert non loin de là. Jeannot réagit sur-le-champ, s’il y a un désert pas loin, pourquoi ne pas y aller ! La décision était prise : le départ est prévu pour le surlendemain.

Il a fallu plus de quatre heures pour arriver à Ica. La nuit est déjà bien avancée. Fernando connaît bien la ville, mais malgré tout, ils 
rebroussent chemin à plusieurs reprises. Il n’était pas revenu depuis le séisme du 15 août, et la plupart de ses points de repère ne sont plus que des tas de gravas et de détritus. La marche est pénible avec les gros sacs dans le dos, l’air trop sec quasi irrespirable tant il est chargé de poussière des décombres et de sable du désert.
Après une courte nuit dans un hôtel douteux, un copieux petit déjeuner de poulet-riz et une nouvelle longue marche, les deux nouveaux acolytes hèlent une mototaxi qui les emmène pour quelques soles à la lagune de Huacachina, aux portes du désert.     


A suivre.

 DSC04083.JPGRuines d'un centre commercial, Ica.
 



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Samedi 27 octobre 2007
par hen publié dans : C'est le Pérou!

 

Retour de pêche de pyranhas
Vidéo envoyée par dubitatif
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Lundi 15 octobre 2007
par Gabo publié dans : Dubitatif
Extrait tiré du livre d'Alain Gras "Fragilité de la puissance technologique. Se libérer de l'emprise technologique"

Dans un petit village côtier mexicain, un Américain avise un pêcheur en train de faire la sieste et lui demande:

- Pourquoi ne restez vous pas en mer plus longtemps?
Le mexicain répond que sa pêche quotidienne suffit à subvenir aux besoins de sa famille.
L'Américain demande alors:
- Que faites-vous le reste du temps ?
- Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme, le soir je vais voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie.
L'Américain l'interrompt:
- Suivez mon conseil : commencez par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices, vous achèterez un gros bateau, vous ouvrirez votre propre usine. Vous quitterez votre village pour Mexico, puis New York, d'où vous dirigerez toutes vos affaires.
- Et après ? interroge le Mexicain.
- Après, dit l'Américain, vous introduirez votre société en Bourse et vous gagnerez des millions.
- Des millions ! Mais après ? réplique le pêcheur.
- Après vous pourrez prendre votre retraite, habiter un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.






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Mercredi 10 octobre 2007
par Gabo publié dans : Seoulite

Je n’en savais rien. Qui il était, je ne l’ai su qu’après.

S’il est désormais trop usé pour jouer, il se rend néanmoins chaque dimanche dans « son club ». Assis sur sa chaise qui fait face aux deux terrains spécialement montés pour l’occasion, il suit posément les rencontres amicales. Le « club » compte des anciens champions olympiques, un ex entraîneur national, ses deux fils, sa femme, ses belles filles, ses petits enfants, quelques hommes, d’affaires sûrement, amis de longue date, et Phoebe.

 

Phoebe est prof depuis une dizaine d’année à Séoul. Elle m’a fixé rendez-vous à 9 heures au gymnase du campus, m’assurant que le service de sécurité serait avisé de mon arrivée. « This is my church » me confie t’elle en évoquant ces dimanche matins. Phoebe est croyante mais n’a pas trouvé son église à Séoul, ce n’est pourtant pas ce qui manque. Elle vient donc à la place se défouler sur les terrains de badminton du très select « president’s club ». 

J’ai pris le temps de mémoriser le nom des différents présidents coréens qui s’étaient succédés depuis 1979, date de l’assassinat du dictateur Park Chung-Hee. Devant mon bol de céréales je me demandais lequel d’entre eux j’allais rencontrer. Chun Doo-hwan, le général responsable du bain de sang de 1980 ? Son dauphin et ex-bras droit Roh Tae-woo ? Kim Young-sam, l’anti-corruption au fils corrompu ? Ou alors le prix nobel de la paix Kim Dae-jung ?

Tout est calme, Phoebe monte les terrains avec des types de la sécurité en survet’ qui utilisent micros et oreillettes pour se parler dans un rayon de cinq mètres. Je suis briefé et elle m’introduit gracieusement à chaque membre du club par « Hey, this is my friend Gabriel ! » Nous tapotons doucement quelques volants histoire de s’échauffer, rien de bien violent. Soudain c’est la panique, une voie s’élève en coréen : « le président arrive ! » On pose les raquettes en vitesse, essuie toute trace de sueur et on s’aligne à intervalles réguliers le long du mur. « Le président », car c’est ainsi que tout le monde l’appelle, fait son apparition, suivi de près par le reste de la famille. De taille moyenne, dans les 70 ans, un chapeau en tissu légèrement posé sur son crâne dégarni, il s’arrête de temps à autres pour une poignée de main. Tout le monde s’incline profondément à son passage. C’est bientôt mon tour. Il s’arrête à ma gauche devant Phoebe, lui adresse un sourire puis tourne la tête et me dévisage, intrigué. Phoebe s’empresse de me présenter. Pris de court, je m’incline d’abord puis lui serre la main qu’il me tend et lâche un très timide, presque inaudible, « nice to meet you ». Il hoche la tête et continue son inspection. Je sens des grosses gouttes de sueur perler le long de mes bras. Qu’est ce qui m’a pris ? Pourquoi ce « nice to meet you » ? Ce n’est pas un truc qu’on dit à un président, non ? J’aurais mieux fait de la fermer !

M. Chang s’exécute en vrai chef d’orchestre. Il planifie les rencontres, donne les instructions et se soumet aux demandes du président. Phoebe est toute excitée à l’idée de jouer avec moi. En bonne américaine, elle me glisse au creux de l’oreille « I want to beat those guys ! » La coutume coréenne veut que l’on s’incline par respect devant ses adversaires avant chaque début de match. Ici il faut également compter avec le président : nous le saluons bien bas dans un second temps. Je ne sais toujours pas qui il est.

Phoebe rythme les rencontres par des « nice shot partner ! », « this was great !», ou encore les très paternels « well done Gabriel ». Nous gagnons notre premier match et perdons le suivant contre M. Chang et Lee, le médaillé d’argent aux JO de Sydney et d’Athènes en double homme. C’est l’heure de la pause, Phoebe se lance finalement, hésitante : « Do you know a bit about Korean history Gabriel ? » Mon haussement d’épaules l’incite à continuer, elle baisse d’un ton. « His name is Mister Chun, he was president in the early 80’s, and if you have read the lonely planet, then you might know that this wasn’t an easy time in Korea. »

Effectivement Phoebe, les années 80 ne sont pas les plus fastes qu’aient connues la Corée, bien au contraire. Cet homme qui est assis paisiblement à une dizaine de mètres de moi, le Général Chun, en est la sombre incarnation.


(Petite parenthèse historique…

 

Le 26 octobre 1979, le dictateur coréen Park Chung Hee est assassiné par son plus proche collaborateur, le chef de la KCIA (les services secrets coréens). La trêve laissée par la disparition du dictateur ne sera que de courte durée : le 12 décembre, le major-général Chun Doo Hwan réussit un putsch au sein de l’armée, il fait arrêter son principal rival le général Ching et prend le contrôle total de l’armée.

Le retour à la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une répression brutale est déclenchée : tous les dirigeants de l’opposition sont arrêtés. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l’insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.

L’armée est envoyée, environ 17 000 hommes prennent d’assaut la ville à l’aube du 27 mai et l’occupent. Le conflit est d’une rare violence, les manifestants parviennent à s’emparer d’armes dans les commissariats pour riposter. Ils  résisteront huit jours. Selon le gouvernement, les affrontements ont fait 191 morts parmi les civils, chiffre aujourd’hui encore contesté par la population qui estime le nombre de victimes à 2000, les corps ayant été brûles, enterrés ou jeté à la mer. Le tout avec la bénédiction de l’armée américaine et de Washington. Dans les mois qui suivent, la répression touche tout le pays. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l’occasion de la ‘Campagne de purification sociale’. Près de 39 000 d’entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une ‘rééducation physique et psychologique’. En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est reçu à la Maison Blanche par le nouveau président des Ėtats-Unis, Ronald Reagan.

Le 10 juin 1987 et les jours suivants, une vague de protestation s’étend à tout le pays  et les affrontements massifs atteignent un tel niveau que le régime commence à reculer : les élections présidentielles directes sont acquises. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu’elle lâche du lest.

En 1988, des élections au suffrage universel sont organisées pour la première fois en Corée. Mais l’opposition est divisée et présente trois candidats différents. Le général Roh Tae woo, candidat soutenu par le président sortant et qui était à ses côtés lors du putsch de 1979 et lors du massacre de Kwangju en mai 1980, est élu.

Chun Doo Hwan et son successeur seront finalement jugés en 1996. Chun écope de la peine de mort pour son implication dans le coup d’état de 1979, sa responsabilité dans le massacre de Kwanju et pour corruption. En 1997, il sera gracié par le nouveau président, lui-même ancienne victime du régime de Chun, dans un geste de réconciliation nationale.

Sommé de rembourser au gouvernement 188 millions de dollars qu’il aurait détourné, il n’en a rendu que 28 millions et a affirmé ne posséder plus que 248 dollars sur son compte en banque. Aujourd’hui, ce serait ses amis qui l’aideraient à subsister.



 

Sources : Eric Toussaint, cnn.com et bbc.co.uk

 

…fin de la parenthèse)

 

Phoebe m’avoue qu’elle a eu un peu de mal à revenir lorsqu’elle a su qui était cet homme. Mais elle aime trop le badminton, et elle estime qu’il a payé sa dette. D’autant plus, qu’il s’est toujours montré très cordial envers elle et qu’après tout, elle ne le connaît que dans le contexte des dimanches matins. Elle a essayé d’en savoir un peu plus sur les malheureux événements de mai 1980, mais apparemment, le dictateur et sa famille nient toute implication. Je ne lui pose pas davantage de questions.

Je regarde silencieusement cet homme qui applaudit ses deux fils en train de se démener dans un match de double. Il sourit, rigole, lâche quelques mots en coréen. Je regarde ses gardes du corps impassibles qui sont postés dans chaque coin du gymnase. Je regarde ses petits enfants qui courent et se chamaillent dans son dos. Je regarde ses belles filles qui s’entretiennent avec sa femme, assises quelques chaises plus loin. La sérénité qui règne dans le gymnase est troublante, j’ai l’impression de regarder un film de mauvais goût. Je divague graduellement et me surprend à m’imaginer en kamikaze infiltré. Les explosifs cachés dans la chaussure, je fais face au dictateur en hurlant un truc du genre « justice ! », tout en pressant le détonateur. Ces pensées stupides et incohérentes me font rire et frissonner.

Phoebe met un terme à mes rêveries: « Would you like to meet him? »

C’est parti ! Nous allons nous poster dans son dos, attendant qu’il nous invite à s’asseoir près de lui. Il s’exprime lentement dans un anglais approximatif. J’apprends qu’il a joué au golf chez lui ce matin, il ne fait cependant plus de badminton. « Now I’m tired » me contie t’il en pesant chacun de ses mots. Sa femme par contre joue toujours. Nous échangeons encore quelques banalités, il me demande ce que je fais en Corée, combien de temps je reste à Séoul, ce que j’étudie. Son fils sert d’interprète lorsque les mots lui manquent. Je lui fais bonne impression, il trouve ça bien que je fasse des études de business. Il sourit et m’adresse un « nice to meet you ». Je lui sers la main et nous repartons avec Phoebe, qui prend le temps d’essuyer discrètement les traces de transpiration laissées par mon postérieur sur la chaise.

 

M. Chang me tend un sac qui contient un coffret de shampoings, gels douche, savons et dentifrices. Cadeau du président. Je remercie Chang et m’incline vers Chun. Sur le coffret on peut lire « more dreams for your life ».

Je suis prié de jouer en double avec l’ancien entraîneur de Corée contre Lee, le champion olympique, et un des fils du président. Chun exulte, il est ravi. Je suis loin d’être du niveau de Lee (qui joue très à la cool et sans forcer) mais nous remportons de justesse le match, sous les applaudissements et les « nice player » répétitifs lancés par le président à mon encontre. A la fin du match, Chang m’informe que le président me convie avec Phoebe à déjeuner chez lui. J’accepte poliment et inspire profondément : comme si mon dimanche matin manquait de piment !

Le président se lève et met ainsi un terme aux rencontres sportives de ce dimanche 16 septembre. On s’aligne en vitesse, pose sa raquette et, un léger rictus au coin des lèvres, je m’essuie discrètement les mains transpirantes sur le mur du gymnase, juste au cas où un ancien dictateur passait dans le coin et souhaitait me serrer la pince. On ne sait jamais ! Je chasse tout cynisme de mon cerveau et reprend la face de l’homme sage-sérieux-serviable-souriant-serein que je maîtrise de mieux en mieux. Le président me serre la main et en ventriloque aguerri fait dire à son Chang que je suis attendu chez lui pour le déjeuner.

Les membres du club sont tous là, ils bavardent autour d’une longue table sur laquelle sont entreposés une quantité de mets coréens, ainsi que les incontournables soucoupes de Kimchi (du choux macéré, plus ou moins pimenté). L’intérieur ne paye pas de mine : un mobilier moche que j’imagine avoir été à la mode dans les années 80’, il n’y a rien de bien clinquant. On s’agite soudainement, c’est le signal dont je connais désormais le rituel : je me poste tourné vers la porte d’entrée, dos à la chaise qui m’a été désignée par Chang. Le président entre, se femme et ses fils suivent. Ample inclinaison, et au passage un petit mot plein d’affection de la first lady : « Oh Gabriel ! Like the angel name ! Nice that you came ! ». Une fois la petite famille installée en bout de table, un ami du président se lève le verre à la main. S’ensuit un long discours en coréen, dont il est inutile de préciser que je n’en ai saisi le moindre mot. La seule chose qui a retenu mon attention et qui m’a d’ailleurs sorti en sursaut de mes divagations kamikazes, c’est le mot « Gabriel » prononcé à la fin du speach et qui a été repris en cœur par tous les convives, le verre de bière levé bien haut. Je saisis hâtivement mon gobelet et le lève à mon tour pour remercier les hôtes et le président du toast qu’ils me portent. Décontenancé, je bois une gorgée, essayant de contenir la rougeur progressive qui gagne mon visage. Ce sera peine perdue car je manque de m’étouffer lorsque le président enchaîne tout sourire sur un très sincère « Welcome Home Gabriel ! »

Le repas débute dans la détente et la bonne humeur ! Sauf pour moi naturellement. Troublé par ce que je viens d’entendre et les scénarios catastrophe parfaitement ficelés qui saturent mon esprit, je ne parviens à saisir ce foutu morceau de kimchi. Ma main droite crispée tremble tellement qu’il m’est impossible d’actionner mon index pour déclencher ce vital mécanisme de pince avec mes baguettes. Je songe d’ailleurs un instant à renoncer complètement, chaque essai infructueux ne faisant qu’accentuer l’ampleur du tremblement. Je souffle un bon coup, me concentre et porte enfin un minuscule morceau de choux à ma bouche. Je me détends et parviens progressivement à apprécier ce moment de convivialité, répondant posément aux nombreuses questions qui fusent de part et d’autre. Le repas s’achève sur décision du président : il se lève, suivit de sa femme et de ses fils. Ils me serrent chaleureusement la main, je leur exprime ma profonde gratitude pour cette matinée et ce délicieux déjeuner. Avant de quitter la pièce, Chang m’informe que je suis invité à venir jouer tous les dimanches. Ca y est, j’ai ma carte de membre du « club ».

En partant avec Phoebe, je leur ai assuré que je reviendrai très rapidement. Je savais pourtant qu’il faudrait que j’en parle à ma conscience, je n’avais toujours pas eu le temps de la consulter. J’y ai beaucoup songé, ça n’a pas été facile de trancher. Je me suis résolu à ne plus y retourner. Parfois je me demande pourquoi je ne devrais pas. Le président était sincère je pense et il s’est montré très généreux à mon égard. A moi il ne m’a rien fait, au contraire. Mais il n’y a pas que moi, il y a les autres aussi. Ceux du passé qui n’auraient pu lui pardonner.



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Mercredi 3 octobre 2007
par Dubitatif publié dans : Just Chili'n
29/09/2007
Me voilà de retour a Valparaiso, pour ma première soirée ds cette ville...
 
Aprés qlq pas dans ces rues si singulières du Cerro Alegre, je me pose sur une terrasse en savourant une shisha a la papaye (gout moyen). J'attends la nuit...
Le soleil se couche trés vite semblant fagocyté par les nuages de l'horizon.
Les collines de Valparaiso s'illuminent progressivement de centaines de lumières...
___________________________

Il est maintenant 5h30 du matin et j'ai retrouvé des "nouveaux amis" intercambios et chiliens plus tot ds la soirée avec qui je cherche désormais un resto...
En effet, on sort d'un bar et on a faim: au détour d'un virage, l'un d'eux pousse une grille puis tappe à une porte sous forme de code sonore. Nous sommes une dizaine à attendre, un judas s'ouvre, une bouche édentée échange qlq mots avec le leader autoproclamé de notre grpe puis la porte se dévérouille bruyamment et nous entrons dans ce qui semble etre un appartement aussi grand que délabré. Au bout d'un long couloir où s'aligne qlq tabourets occupés par des clients, nous débouchons dans ce qui pourrait être un immense salon où sont disposées une petite dizaine de tables. L'endroit est bondé; étonnemment, il y a surtout des petits vieux qui sirotent leur cerveza en fumant abusivement. Un guitariste octagénaire anime le lieu avec plus ou moins de succés, mais je déduis assez vite qu'il a du inspirer le nom de l'endroit: "el rincon de la guitarra".
J'apprends alors par un de mes guides qu'il s'agit d'un des 2 ou 3 endroits de la ville (personne ne sait vraiment combien il y en a) ou l'on peut encore servir de l'alcool aprés une certaine heure de la nuit (je n'ai pas tt saisi mais c'est lié à une histoire de loi anti-alcool qui est passé il y a qlq années...). Ce resto clandestin (car on peut aussi manger ici des beignets de poisson avec des pommes de terre froide -menu unique-, c'est d'ailleurs pr ca qu'on est venu!) est le lieu de rencontre de ceux qui finissent leur nuit de travail, de qlq'uns qui commencent leur journée, il y a aussi des habitués qui restent tte la nuit ici (ca ouvre a 2h du matin) et qlq jeunes comme nous prolongeant leur soirée jusqu'au petit matin...
Me voila donc mangeant un poisson bien trop gras pr être bon (même si a cette heure ci, dans cet état, tout me semble gastronomique) dans cet endroit surréaliste.
Les murs laissent apparaitre des lézardes effrayantes de plusieurs centimètres. La peinture qui a du étre bleu clair (comme en témoigne un coin de plafond étrangement intact) a quasiment disparu de tous les murs au profit d'un blanc sale éclairé par un néon violent; le mobilier est plus que spartiate et je doute qu'on vienne ici pr le cadre agréable...
Néanmoins, l'endroit me plait, je le trouve intriguant...En fait, il incarne les valeurs de cette ville qui me séduit tjrs plus: il y a ici du romanesque, du mystérieux, du secret, de l'inattendu, de la folie...
 
On ressort deux heures plus tard, l'estomac un peu lourd. Le soleil s'est entre-tps levé. J'apercois un micro (bus local) qui passe par là; je le héle, salue briévement mes camarades, et court vers le bus qui ralentit afin que je puisse y sauter...
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Dimanche 30 septembre 2007
par Ju l'indien publié dans : Just Chili'n

20/09/2007:
Aujourd'hui enfin, après une courte nuit, j´ai enfin trouvé la motivation pr aller a la découverte de Valparaiso, a seulement 15 minutes de "microbus" de Vina del Mar... (Grosse motiv' donc!)

Vu de la mer, ça n´est qu´une ville jumelle de Viña mais une fois passé la rangée d´immeubles du front de mer et le grand port marchand, c une toute autre ambiance. Oublié la laideur de Vina et Santiago, me voila plongé ds un univers radicalement différent des standards urbains chiliens que j'ai vu jusqu'alors...

C'est une ville bigarrée, bariolée, colorée dont les vieilles bâtisses coloniales et les sinueuses rues en pentes suintent la vie et le peuple. La ville est composée de nbeux "cerros" ou collines disposées en amphithéatre qui descendent vers la basse ville, plus commerçante, puis le port et la mer...

La ville basse grouille de monde; je m'y fais happé par des vendeurs à la sauvette, hâbleurs et plutôt sympathiques, je manque de m'étrangler avec ces toiles d'araignées de fils électriques qui s'étalent a tous les coins de rue et je m' ébaudis a chaque instant en découvrant les milliers (voire millions) de tags rebelles qui parsèment les murs.


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Dans les hauteurs, tout semble d'une autre époque, notamment les "acensores", datant de plus d´un siècle, sorte de funiculaires brinquebalants qui s´apparentent à des remontées mécaniques (sur lesquelles on aurait bien évidemment mépriser tte norme de sécurité), facilitant l'accès au sommet des cerros; pr redescendre, on préférera les escaliers qui, s'alternant avec des toboggans et des passerelles de bois, se fraye un chemin entre les charmantes maisons. Peu de voiture et bcp de silence sur ces hauteurs, rien à voir avec la fourmilière d'en bas...

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Une fois au sommet du Cerro Alegre (un des plus beaux avec le Cerro Concepcion), laissant la mer ds mon dos, je jette un oeil aux autres collines: des centaines de maisons aux couleurs vives semblent avoir été jetées sur les cerros avoisinants: de la paillote, au palais, en passant par toute une palette de bicoques sur pilotis ou de bâtiments massifs, tte cette faune architecturale coexiste á merveille sur les pentes escarpées de la ville...

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Je me retourne vers la mer: la vue sur la baie de Valpo est belle, elle a du être superbe autrefois, le port et ses grues gâchant un peu le panorama actuel: le Pacifique s´étend a perte de vue...

C´est, je crois, ce genre d´endroit qui alimente ma soif de voyage: je prends plaisir a me perdre ds les rues de la ville mais aussi bcp á m´évader ds son histoire et ses légendes: je fantasme sur cette ancienne cité
pirate, rêve de de son passé glamour et me délecte de son présent torturé...

Le jour baisse...Il me faudra revenir au plus vite pr continuer mon exploration...
Mais enfin, je pense "Viva Chile"...

 

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Vendredi 28 septembre 2007
par Anthony publié dans : Power of Africa

Beached! 

Unusual is the least I can say about my day at the beach.  

I drove into Camps Bay chewing on a delicious aubergine and salami pizza. Springtime was barely settling in but the sun was already cooking my forearms and capetonian girls had unveiled their smooth, ever sun-tanned thighs.

I parked right next to the police station and strolled across the sand looking for a nice, quiet spot. I recognized Charlie from a distance; his colourful tattoos had become familiar throughout the road trip we had together. He was filling up sheets of paper with what he said was his "coming-out" story for a gay-interest magazine back in Wisconsin. So we sat there and read our respective novels while African drums roared in the background. Sun was shining, Sea was quiet as a stone and children were playing random games all over. Graceful girls and pumped-up surfers were fooling around in what was ostensibly a "high-end" coastal suburb of the Cape. It was, at first sight, an ordinary day at the beach; until an atypical buzz hauled me out of my World War One narrative.

I looked around and noticed that people were either sitting straight or standing up, some were taking their cameras out hurryingly… Faces were gazing at the ocean with astounded expressions. I couldn't figure out what all the fuss was about until I heard an unequalled breathing noise which sounded like it came straight out of Godzilla's guts. In turn I looked towards the water and saw three or four absolutely gigantic creatures swimming and making low-pitched, breathy noises less than 50 meters away from the sand on which I stood open-mouthed. Camps Bay was minutes away from Town and its tall buildings; in other words nobody expected a whale, much less 4 of them to show up here. People usually did a three-hour drive to Hermanus in order to see whales with binoculars. I could barely believe it but there they were, slowly pulling their magnificent tales in and out of the water as a sinking aeroplane would. One could have swum to them. Chilling out in warm water maybe; or resting after a long journey? Nobody could tell why they did us such honour... They seemed like animated marine volcanoes pumping CO2 out of that famous hole situated on the roof of their massive bodies, and so close to the shore I wondered whether they had come merely to scratch their tummies. Who knows, they might have come only to see the overwhelmed faces of us tiny humans. I stood there in hypnosis, remembering an old quote: To what do I owe the extreme pleasure of this surprising visit??

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Jeudi 27 septembre 2007
par Anthony publié dans : Power of Africa
Khayelitsha 19 Sept. : "Test day" pour mes élèves. La dernière question consistait en une courte rédaction où il leur était demandé de raconter une histoire joyeuse. Ci-dessous la copie d'un des élèves:


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Lien pour écouter le poème de Johnson Mwakazi "Underneath the Veil"


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Mercredi 26 septembre 2007
par Dubitatif publié dans : C'est le Pérou!
Un chant  icaro pour accompagner la communion avec la jungle et l'humanité toute entière...Haïdadaï dadaï daïdé

 

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Mercredi 19 septembre 2007
par Anthony publié dans : Power of Africa

WOZA 1 – Overview

Je commence par les contraintes: il n'y en a pas. Le délire ici n'est pas compliqué;

Comme tout voyage une énergie initiale vient de l'émerveillement ressenti devant des cultures et lieux très nouveaux. Dès mon arrivée j'ai absorbé Long Walk to Freedom, le pavé de Mandela, m'enrichissant d'une perspective historique. Puis j'ai escaladé quelques montagnes pour prendre du recul, plongé parmi des requins blancs pour avoir peur et entamé l'apprentissage de l'isiXhosa, dialecte d'un groupe ethnique majeur, pour connaître les gens. Habitant dans une ville qui reflète mal les réalités africaines, je me suis dirigé vers Khayelitsha, un township géant où 1.5 millions de Capetonians, Xhosa et Zulu pour la plupart sans oublier les arrivées quotidiennes de millionnaires Zimbabwéens, sont éclairés la nuit par des projecteurs de stade de foot. Inutiles de décrire les conditions de vie, cependant il est bon de savoir que les gens sont souriants et qu'ils apprécient toute communication sincère et dénuée d'appréhension. Par "dénué d'appréhension" j'insinue qu'il vaut mieux oublier les sanglantes histoires qui circulent; ça ne sert à rien de serrer des mains si on les soupçonne meurtrières.

Je vais à Khayelitsha tous les mercredis en tant que "prof" bénévole de maths et de lecture en anglais, nouvelle langue officielle depuis la chute du régime Afrikaner. L'établissement ressemble plus à une étable qu'à une école mais les enfants sont réceptifs et bien plus mûrs qu'un collégien moyen dans un pays développé. Ici, un galopin d'à peine 12 ans aura une connaissance approfondie des différentes drogues disponibles, et sera régulièrement confronté à des incidents tels que meurtres, viols et autres violences. Les regards sont jeunes et vifs mais cachent mal la réalité d'un pays récemment violenté par la dictature du Boer (prononcer "Bourre"). Depuis 1994 et sa transformation en démocratie, l'Afrique du Sud est en ébullition et l'on peut jusqu'à ce jour observer les cicatrices et plaies béantes de l'ancienne déroute.

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En appliquant la méthode Thérèse je me suis épargné toute perte de tem