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Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /Oct /2007 01:44
- Par hen - Publié dans : Portraits

Résumé de l'épisode précédent : La veille, Jeannot le suisse a trouvé ce qu'il ne cherchait pas et s'en est senti comblé. Dès le lendemain, il arpente les rues à la recherche de sa surprise du jour.

L’accent traînant de Jeannot n’est pas nécessaire pour deviner qu’il n’est pas d’ici. Le jeune homme, Alberto, est plus grand que le gars de la veille, sans non plus dépasser Jeannot de beaucoup. Il est plus costaud par contre, et ses petites lunettes n’arrivent pas à lui donner un air intellectuel. Inventant sans originalité qu’il a justement des amis Suisses, Alberto se débarrasse rapidement de l’introduction pour sonder la liasse sur pattes. Herbe, crack, cocaïne, filles. Après les hésitations d’usage, Jeannot décide de couper court à la monotonie de l’avenue rectiligne et suit Alberto qui monte dans un taxi.

Il est 18h, il va bientôt faire nuit, les routes s’engorgent de taxis hurlants et de minibus asphyxiants. Jeannot a collé son nez sur la vitre. Il regarde encore d’un œil intrigué ces petits combis pleins à raz bord, souvent rouillés et sales, mais toujours décorés de belles bandes de couleurs, avec des directions incertaines peintes en lettres calligraphiées. Ce qu’il savoure le plus, c’est le message inscrit à l’arrière de chaque véhicule, collé sur le pare-brise ou peint sur la carrosserie. Beaucoup sont religieux, du genre « Dieu est Amour », mais il préfère les dédicaces aux parents, à l’amoureuse ou aux enfants. C’est quand même mieux que les plaques d’immatriculation sur les autoroutes de son comté. Son regard s’attarde sur une petite dame usée qui tente de convaincre les automobilistes de prendre leur mal en patience en achetant un chewing-gum. Il n’évite pas le parallèle et remarque que les gens sont comme les voitures, ils ne sont pas aussi lisses que chez lui.

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Avachi sur le vieux sofa enveloppé d’une couverture multicolore, Luis ravale la remontée acide de son rot retentissant. La journée a été longue, pleine de minutes étirées par le mauvais temps et le froid. Coup de téléphone. Il écoute attentivement puis raccroche sans rien avoir dit. Rendez-vous dans 45 minutes. Il se dit qu’il a largement le temps de finit sa bière Cristal avant de remettre son uniforme.

 

Après un coup de fil passé à sa cousine pour la rassurer, Alberto envoie une tape sur l’épaule du blondin rêveur. Elle est bonne celle-là, non ? interroge Alberto exhibant une vidéo sur son portable. Jeannot a beau regarder, les deux paires de fesses agitées et piquées de cellulite ont du mal à lui faire décrocher le sourire coquin de rigueur. Il a plutôt envie de rentrer chez lui, rester éloigné de ces quartiers pauvres qui se dressent devant lui et respirer autre chose que les vapeurs d’essence qui s’accumulent dans l’habitacle. T’inquiètes pas, anticipe Alberto, on est bientôt arrivé. Le pire, c’est que c’est vrai ! Le taxi les abandonne vite dans une rue sans éclairage, envahie de papiers gras et d’odeurs suffocantes. Rapide aller-retour d’Alberto, le suisse sur un banc, soigneusement encapuchonné comme il lui a été recommandé. Alberto tente de dissimuler comme il peut son excitation, son esprit tordu lui dit que s’il avait une deuxième queue, il la remuerait. Il l’emmène comme prévu dans la petite rue de l’épicerie, bien sûr fermée à cette heure. Le jeune contrebandier ne doit commettre aucune erreur, tout est minuté. Mets ta main en creux! le ton autoritaire prend sur le petit blanc. Alberto y verse grossièrement le contenu d’un sachet. Aussitôt, il est percuté par l’arrière, des cris, deux claques, un coup de crosse de revolver dans l’épaule. Témoin bête, Jeannot ne voit que le pistolet et le képi, il est hypnotisé. Son seul réflexe est de tendre sa main pleine au képi armé.

 

A suivre

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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 19:25
- Par Jean - Publié dans : Portraits

Il supposait qu’il marchait dans la bonne direction. Pour s’en assurer, il sondait les passants du regard avant de leur demander son chemin. Jeannot aime bien partir en se laissant guider par les rues, à tâtons. Cette désinvolture lui donne l’impression de tout découvrir ; il retrouve cette sensation d’aventure que connaissaient les voyageurs avant la grande uniformisation du monde.

Alors qu’il s’apprête à interroger un petit indien emmitouflé dans sa veste, ce dernier parle le premier :

« Tu veux weeds ? »

Pris de court, Jeannot hausse les épaules, ce qui suffit à éclairer le visage fermé et le regard fixe du promeneur de petite taille. Après la discussion classique qu’ont les drogués avec leur drogueur, Jeannot se ravise et le questionne au sujet de la rue Jose Galvez. Parfait, ca n’est pas loin et le petit homme connait un lieu calme dans la même direction.

« Et le crack, tu aimes le crack ? Parce que les français aiment bien fumer le crack. »

Au lieu de s’indigner, Jeannot explique tranquillement qu’il ne veut pas s’éparpiller en voulant tout découvrir d’un coup. Déçu, le petit homme lui arrache que c’est quand même très sympa, par exemple pour passer de bons week-ends, « même si ça te crame ».

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Ils viennent de passer la rue résidentielle Jose Galvez et s’approchent d’un parc boisé parfaitement entretenu. L’herbe, tondue à raz, y pousse d’un vert franc. L’air venu du large augmente l’aspect laiteux de l’atmosphère, effaçant les épaisseurs et les limites de chaque chose. L’ouverture sur l’océan en contrebas prolonge le parc à l’infini. Malgré le froid qui tenaille, les surfeurs frétillent dans leur élément ; les vagues se forment régulièrement, tout le monde s’amuse sans heurts.

A force de chercher la surprise, Jeannot en oublie l’utilité de la mémoire. Voyant que l’indigène confectionne une cigarette sans le moindre brin de tabac, il se rappelle qu’il devra faire bonne impression lors de sa rencontre avec la fille de la rue Galvez. Une fois séparé de son fournisseur, en route vers la fameuse rue, Jeannot entame sa préparation à l’entretien. Ce sont toujours les mêmes gestes et mimiques, à la limite du toc maladif : il cligne des yeux pour mieux humidifier la rétine, puis les ouvre au maximum en espérant que ça va le réveiller. Dans le même temps, il tente de récupérer une voix moins suspecte : il fait forcer sa gorge, 2 ou 3 fois, jusqu'à déclencher un petit toussotement qui aboutit sur un raclement productif. Le processus est immanquablement ponctué par un crachat discret et quelques derniers « humm » de gorge.

Personne ne répond aux coups de sonnette. Le gardien aborde sympathiquement Jeannot :
« Tu cherches Giuliana ? Elle est sortie, mais je vais lui envoyer un sms pour lui dire que t’es passé. »
Jeannot, en plus d’être reconnaissant, est très impressionné par ce garde qui connait les numéros d’appartement et de téléphone de tous les locataires de ce grand immeuble. Il s’égare au fil de déductions douteuses et conclut que ce doit être ça, la légendaire proximité et chaleur humaine latina. En tout cas, se dit-il, s’il y a une chose pas légendaire pour un sou, bien palpable au contraire, c’est ce froid insupportable en petite veste. Retour a la base.

Aujourd’hui, il n’a même pas pris la peine de se définir un objectif comme prétexte à sa sortie. Giuliana lui a donné rendez-vous le lendemain. Apres avoir déambulé a rumbo perdido, il entre sur une des grandes artères touristiques de Lima : la Avenida Larco. Jonchée de casinos et de grands hôtels, cette avenue débouche sur LarcoMar, le complexe à fric de Lima. Plus ou moins en route vers ce grand centre commercial de bord de mer, Jeannot s’adonne à son passe-temps préféré : il dévisage les passants qu’il croise avant de leur lancer un sourire désarmant dont il a le secret. Mais cette fois encore, il est surpris par un badaud qui le dépasse :

« tu as l’heure ? »

A suivre
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Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /Oct /2007 09:42
- Par Gabo - Publié dans : Dubitatif
Extrait tiré du livre d'Alain Gras "Fragilité de la puissance technologique. Se libérer de l'emprise technologique"

Dans un petit village côtier mexicain, un Américain avise un pêcheur en train de faire la sieste et lui demande:

- Pourquoi ne restez vous pas en mer plus longtemps?
Le mexicain répond que sa pêche quotidienne suffit à subvenir aux besoins de sa famille.
L'Américain demande alors:
- Que faites-vous le reste du temps ?
- Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme, le soir je vais voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie.
L'Américain l'interrompt:
- Suivez mon conseil : commencez par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices, vous achèterez un gros bateau, vous ouvrirez votre propre usine. Vous quitterez votre village pour Mexico, puis New York, d'où vous dirigerez toutes vos affaires.
- Et après ? interroge le Mexicain.
- Après, dit l'Américain, vous introduirez votre société en Bourse et vous gagnerez des millions.
- Des millions ! Mais après ? réplique le pêcheur.
- Après vous pourrez prendre votre retraite, habiter un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.






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Mercredi 10 octobre 2007 3 10 /10 /Oct /2007 07:35
- Par Gabo - Publié dans : Société

Je n’en savais rien. Qui il était, je ne l’ai su qu’après.

S’il est désormais trop usé pour jouer, il se rend néanmoins chaque dimanche dans « son club ». Assis sur sa chaise qui fait face aux deux terrains spécialement montés pour l’occasion, il suit posément les rencontres amicales. Le « club » compte des anciens champions olympiques, un ex entraîneur national, ses deux fils, sa femme, ses belles filles, ses petits enfants, quelques hommes, d’affaires sûrement, amis de longue date, et Phoebe.

 

Phoebe est prof depuis une dizaine d’année à Séoul. Elle m’a fixé rendez-vous à 9 heures au gymnase du campus, m’assurant que le service de sécurité serait avisé de mon arrivée. « This is my church » me confie t’elle en évoquant ces dimanche matins. Phoebe est croyante mais n’a pas trouvé son église à Séoul, ce n’est pourtant pas ce qui manque. Elle vient donc à la place se défouler sur les terrains de badminton du très select « president’s club ». 

J’ai pris le temps de mémoriser le nom des différents présidents coréens qui s’étaient succédés depuis 1979, date de l’assassinat du dictateur Park Chung-Hee. Devant mon bol de céréales je me demandais lequel d’entre eux j’allais rencontrer. Chun Doo-hwan, le général responsable du bain de sang de 1980 ? Son dauphin et ex-bras droit Roh Tae-woo ? Kim Young-sam, l’anti-corruption au fils corrompu ? Ou alors le prix nobel de la paix Kim Dae-jung ?

Tout est calme, Phoebe monte les terrains avec des types de la sécurité en survet’ qui utilisent micros et oreillettes pour se parler dans un rayon de cinq mètres. Je suis briefé et elle m’introduit gracieusement à chaque membre du club par « Hey, this is my friend Gabriel ! » Nous tapotons doucement quelques volants histoire de s’échauffer, rien de bien violent. Soudain c’est la panique, une voie s’élève en coréen : « le président arrive ! » On pose les raquettes en vitesse, essuie toute trace de sueur et on s’aligne à intervalles réguliers le long du mur. « Le président », car c’est ainsi que tout le monde l’appelle, fait son apparition, suivi de près par le reste de la famille. De taille moyenne, dans les 70 ans, un chapeau en tissu légèrement posé sur son crâne dégarni, il s’arrête de temps à autres pour une poignée de main. Tout le monde s’incline profondément à son passage. C’est bientôt mon tour. Il s’arrête à ma gauche devant Phoebe, lui adresse un sourire puis tourne la tête et me dévisage, intrigué. Phoebe s’empresse de me présenter. Pris de court, je m’incline d’abord puis lui serre la main qu’il me tend et lâche un très timide, presque inaudible, « nice to meet you ». Il hoche la tête et continue son inspection. Je sens des grosses gouttes de sueur perler le long de mes bras. Qu’est ce qui m’a pris ? Pourquoi ce « nice to meet you » ? Ce n’est pas un truc qu’on dit à un président, non ? J’aurais mieux fait de la fermer !

M. Chang s’exécute en vrai chef d’orchestre. Il planifie les rencontres, donne les instructions et se soumet aux demandes du président. Phoebe est toute excitée à l’idée de jouer avec moi. En bonne américaine, elle me glisse au creux de l’oreille « I want to beat those guys ! » La coutume coréenne veut que l’on s’incline par respect devant ses adversaires avant chaque début de match. Ici il faut également compter avec le président : nous le saluons bien bas dans un second temps. Je ne sais toujours pas qui il est.

Phoebe rythme les rencontres par des « nice shot partner ! », « this was great !», ou encore les très paternels « well done Gabriel ». Nous gagnons notre premier match et perdons le suivant contre M. Chang et Lee, le médaillé d’argent aux JO de Sydney et d’Athènes en double homme. C’est l’heure de la pause, Phoebe se lance finalement, hésitante : « Do you know a bit about Korean history Gabriel ? » Mon haussement d’épaules l’incite à continuer, elle baisse d’un ton. « His name is Mister Chun, he was president in the early 80’s, and if you have read the lonely planet, then you might know that this wasn’t an easy time in Korea. »

Effectivement Phoebe, les années 80 ne sont pas les plus fastes qu’aient connues la Corée, bien au contraire. Cet homme qui est assis paisiblement à une dizaine de mètres de moi, le Général Chun, en est la sombre incarnation.


(Petite parenthèse historique…

 

Le 26 octobre 1979, le dictateur coréen Park Chung Hee est assassiné par son plus proche collaborateur, le chef de la KCIA (les services secrets coréens). La trêve laissée par la disparition du dictateur ne sera que de courte durée : le 12 décembre, le major-général Chun Doo Hwan réussit un putsch au sein de l’armée, il fait arrêter son principal rival le général Ching et prend le contrôle total de l’armée.

Le retour à la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une répression brutale est déclenchée : tous les dirigeants de l’opposition sont arrêtés. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l’insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.

L’armée est envoyée, environ 17 000 hommes prennent d’assaut la ville à l’aube du 27 mai et l’occupent. Le conflit est d’une rare violence, les manifestants parviennent à s’emparer d’armes dans les commissariats pour riposter. Ils  résisteront huit jours. Selon le gouvernement, les affrontements ont fait 191 morts parmi les civils, chiffre aujourd’hui encore contesté par la population qui estime le nombre de victimes à 2000, les corps ayant été brûles, enterrés ou jeté à la mer. Le tout avec la bénédiction de l’armée américaine et de Washington. Dans les mois qui suivent, la répression touche tout le pays. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l’occasion de la ‘Campagne de purification sociale’. Près de 39 000 d’entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une ‘rééducation physique et psychologique’. En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est reçu à la Maison Blanche par le nouveau président des Ėtats-Unis, Ronald Reagan.

Le 10 juin 1987 et les jours suivants, une vague de protestation s’étend à tout le pays  et les affrontements massifs atteignent un tel niveau que le régime commence à reculer : les élections présidentielles directes sont acquises. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu’elle lâche du lest.

En 1988, des élections au suffrage universel sont organisées pour la première fois en Corée. Mais l’opposition est divisée et présente trois candidats différents. Le général Roh Tae woo, candidat soutenu par le président sortant et qui était à ses côtés lors du putsch de 1979 et lors du massacre de Kwangju en mai 1980, est élu.

Chun Doo Hwan et son successeur seront finalement jugés en 1996. Chun écope de la peine de mort pour son implication dans le coup d’état de 1979, sa responsabilité dans le massacre de Kwanju et pour corruption. En 1997, il sera gracié par le nouveau président, lui-même ancienne victime du régime de Chun, dans un geste de réconciliation nationale.

Sommé de rembourser au gouvernement 188 millions de dollars qu’il aurait détourné, il n’en a rendu que 28 millions et a affirmé ne posséder plus que 248 dollars sur son compte en banque. Aujourd’hui, ce serait ses amis qui l’aideraient à subsister.



 

Sources : Eric Toussaint, cnn.com et bbc.co.uk

 

…fin de la parenthèse)

 

Phoebe m’avoue qu’elle a eu un peu de mal à revenir lorsqu’elle a su qui était cet homme. Mais elle aime trop le badminton, et elle estime qu’il a payé sa dette. D’autant plus, qu’il s’est toujours montré très cordial envers elle et qu’après tout, elle ne le connaît que dans le contexte des dimanches matins. Elle a essayé d’en savoir un peu plus sur les malheureux événements de mai 1980, mais apparemment, le dictateur et sa famille nient toute implication. Je ne lui pose pas davantage de questions.

Je regarde silencieusement cet homme qui applaudit ses deux fils en train de se démener dans un match de double. Il sourit, rigole, lâche quelques mots en coréen. Je regarde ses gardes du corps impassibles qui sont postés dans chaque coin du gymnase. Je regarde ses petits enfants qui courent et se chamaillent dans son dos. Je regarde ses belles filles qui s’entretiennent avec sa femme, assises quelques chaises plus loin. La sérénité qui règne dans le gymnase est troublante, j’ai l’impression de regarder un film de mauvais goût. Je divague graduellement et me surprend à m’imaginer en kamikaze infiltré. Les explosifs cachés dans la chaussure, je fais face au dictateur en hurlant un truc du genre « justice ! », tout en pressant le détonateur. Ces pensées stupides et incohérentes me font rire et frissonner.

Phoebe met un terme à mes rêveries: « Would you like to meet him? »

C’est parti ! Nous allons nous poster dans son dos, attendant qu’il nous invite à s’asseoir près de lui. Il s’exprime lentement dans un anglais approximatif. J’apprends qu’il a joué au golf chez lui ce matin, il ne fait cependant plus de badminton. « Now I’m tired » me contie t’il en pesant chacun de ses mots. Sa femme par contre joue toujours. Nous échangeons encore quelques banalités, il me demande ce que je fais en Corée, combien de temps je reste à Séoul, ce que j’étudie. Son fils sert d’interprète lorsque les mots lui manquent. Je lui fais bonne impression, il trouve ça bien que je fasse des études de business. Il sourit et m’adresse un « nice to meet you ». Je lui sers la main et nous repartons avec Phoebe, qui prend le temps d’essuyer discrètement les traces de transpiration laissées par mon postérieur sur la chaise.

 

M. Chang me tend un sac qui contient un coffret de shampoings, gels douche, savons et dentifrices. Cadeau du président. Je remercie Chang et m’incline vers Chun. Sur le coffret on peut lire « more dreams for your life ».

Je suis prié de jouer en double avec l’ancien entraîneur de Corée contre Lee, le champion olympique, et un des fils du président. Chun exulte, il est ravi. Je suis loin d’être du niveau de Lee (qui joue très à la cool et sans forcer) mais nous remportons de justesse le match, sous les applaudissements et les « nice player » répétitifs lancés par le président à mon encontre. A la fin du match, Chang m’informe que le président me convie avec Phoebe à déjeuner chez lui. J’accepte poliment et inspire profondément : comme si mon dimanche matin manquait de piment !

Le président se lève et met ainsi un terme aux rencontres sportives de ce dimanche 16 septembre. On s’aligne en vitesse, pose sa raquette et, un léger rictus au coin des lèvres, je m’essuie discrètement les mains transpirantes sur le mur du gymnase, juste au cas où un ancien dictateur passait dans le coin et souhaitait me serrer la pince. On ne sait jamais ! Je chasse tout cynisme de mon cerveau et reprend la face de l’homme sage-sérieux-serviable-souriant-serein que je maîtrise de mieux en mieux. Le président me serre la main et en ventriloque aguerri fait dire à son Chang que je suis attendu chez lui pour le déjeuner.

Les membres du club sont tous là, ils bavardent autour d’une longue table sur laquelle sont entreposés une quantité de mets coréens, ainsi que les incontournables soucoupes de Kimchi (du choux macéré, plus ou moins pimenté). L’intérieur ne paye pas de mine : un mobilier moche que j’imagine avoir été à la mode dans les années 80’, il n’y a rien de bien clinquant. On s’agite soudainement, c’est le signal dont je connais désormais le rituel : je me poste tourné vers la porte d’entrée, dos à la chaise qui m’a été désignée par Chang. Le président entre, se femme et ses fils suivent. Ample inclinaison, et au passage un petit mot plein d’affection de la first lady : « Oh Gabriel ! Like the angel name ! Nice that you came ! ». Une fois la petite famille installée en bout de table, un ami du président se lève le verre à la main. S’ensuit un long discours en coréen, dont il est inutile de préciser que je n’en ai saisi le moindre mot. La seule chose qui a retenu mon attention et qui m’a d’ailleurs sorti en sursaut de mes divagations kamikazes, c’est le mot « Gabriel » prononcé à la fin du speach et qui a été repris en cœur par tous les convives, le verre de bière levé bien haut. Je saisis hâtivement mon gobelet et le lève à mon tour pour remercier les hôtes et le président du toast qu’ils me portent. Décontenancé, je bois une gorgée, essayant de contenir la rougeur progressive qui gagne mon visage. Ce sera peine perdue car je manque de m’étouffer lorsque le président enchaîne tout sourire sur un très sincère « Welcome Home Gabriel ! »

Le repas débute dans la détente et la bonne humeur ! Sauf pour moi naturellement. Troublé par ce que je viens d’entendre et les scénarios catastrophe parfaitement ficelés qui saturent mon esprit, je ne parviens à saisir ce foutu morceau de kimchi. Ma main droite crispée tremble tellement qu’il m’est impossible d’actionner mon index pour déclencher ce vital mécanisme de pince avec mes baguettes. Je songe d’ailleurs un instant à renoncer complètement, chaque essai infructueux ne faisant qu’accentuer l’ampleur du tremblement. Je souffle un bon coup, me concentre et porte enfin un minuscule morceau de choux à ma bouche. Je me détends et parviens progressivement à apprécier ce moment de convivialité, répondant posément aux nombreuses questions qui fusent de part et d’autre. Le repas s’achève sur décision du président : il se lève, suivit de sa femme et de ses fils. Ils me serrent chaleureusement la main, je leur exprime ma profonde gratitude pour cette matinée et ce délicieux déjeuner. Avant de quitter la pièce, Chang m’informe que je suis invité à venir jouer tous les dimanches. Ca y est, j’ai ma carte de membre du « club ».

En partant avec Phoebe, je leur ai assuré que je reviendrai très rapidement. Je savais pourtant qu’il faudrait que j’en parle à ma conscience, je n’avais toujours pas eu le temps de la consulter. J’y ai beaucoup songé, ça n’a pas été facile de trancher. Je me suis résolu à ne plus y retourner. Parfois je me demande pourquoi je ne devrais pas. Le président était sincère je pense et il s’est montré très généreux à mon égard. A moi il ne m’a rien fait, au contraire. Mais il n’y a pas que moi, il y a les autres aussi. Ceux du passé qui n’auraient pu lui pardonner.



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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /Oct /2007 03:52
- Par Dubitatif - Publié dans : Vagabond
29/09/2007
Me voilà de retour a Valparaiso, pour ma première soirée ds cette ville...
 
Aprés qlq pas dans ces rues si singulières du Cerro Alegre, je me pose sur une terrasse en savourant une shisha a la papaye (gout moyen). J'attends la nuit...
Le soleil se couche trés vite semblant fagocyté par les nuages de l'horizon.
Les collines de Valparaiso s'illuminent progressivement de centaines de lumières...
___________________________

Il est maintenant 5h30 du matin et j'ai retrouvé des "nouveaux amis" intercambios et chiliens plus tot ds la soirée avec qui je cherche désormais un resto...
En effet, on sort d'un bar et on a faim: au détour d'un virage, l'un d'eux pousse une grille puis tappe à une porte sous forme de code sonore. Nous sommes une dizaine à attendre, un judas s'ouvre, une bouche édentée échange qlq mots avec le leader autoproclamé de notre grpe puis la porte se dévérouille bruyamment et nous entrons dans ce qui semble etre un appartement aussi grand que délabré. Au bout d'un long couloir où s'aligne qlq tabourets occupés par des clients, nous débouchons dans ce qui pourrait être un immense salon où sont disposées une petite dizaine de tables. L'endroit est bondé; étonnemment, il y a surtout des petits vieux qui sirotent leur cerveza en fumant abusivement. Un guitariste octagénaire anime le lieu avec plus ou moins de succés, mais je déduis assez vite qu'il a du inspirer le nom de l'endroit: "el rincon de la guitarra".
J'apprends alors par un de mes guides qu'il s'agit d'un des 2 ou 3 endroits de la ville (personne ne sait vraiment combien il y en a) ou l'on peut encore servir de l'alcool aprés une certaine heure de la nuit (je n'ai pas tt saisi mais c'est lié à une histoire de loi anti-alcool qui est passé il y a qlq années...). Ce resto clandestin (car on peut aussi manger ici des beignets de poisson avec des pommes de terre froide -menu unique-, c'est d'ailleurs pr ca qu'on est venu!) est le lieu de rencontre de ceux qui finissent leur nuit de travail, de qlq'uns qui commencent leur journée, il y a aussi des habitués qui restent tte la nuit ici (ca ouvre a 2h du matin) et qlq jeunes comme nous prolongeant leur soirée jusqu'au petit matin...
Me voila donc mangeant un poisson bien trop gras pr être bon (même si a cette heure ci, dans cet état, tout me semble gastronomique) dans cet endroit surréaliste.
Les murs laissent apparaitre des lézardes effrayantes de plusieurs centimètres. La peinture qui a du étre bleu clair (comme en témoigne un coin de plafond étrangement intact) a quasiment disparu de tous les murs au profit d'un blanc sale éclairé par un néon violent; le mobilier est plus que spartiate et je doute qu'on vienne ici pr le cadre agréable...
Néanmoins, l'endroit me plait, je le trouve intriguant...En fait, il incarne les valeurs de cette ville qui me séduit tjrs plus: il y a ici du romanesque, du mystérieux, du secret, de l'inattendu, de la folie...
 
On ressort deux heures plus tard, l'estomac un peu lourd. Le soleil s'est entre-tps levé. J'apercois un micro (bus local) qui passe par là; je le héle, salue briévement mes camarades, et court vers le bus qui ralentit afin que je puisse y sauter...
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Dimanche 30 septembre 2007 7 30 /09 /Sep /2007 19:58
- Par Ju l'indien - Publié dans : Vagabond

20/09/2007:
Aujourd'hui enfin, après une courte nuit, j´ai enfin trouvé la motivation pr aller a la découverte de Valparaiso, a seulement 15 minutes de "microbus" de Vina del Mar... (Grosse motiv' donc!)

Vu de la mer, ça n´est qu´une ville jumelle de Viña mais une fois passé la rangée d´immeubles du front de mer et le grand port marchand, c une toute autre ambiance. Oublié la laideur de Vina et Santiago, me voila plongé ds un univers radicalement différent des standards urbains chiliens que j'ai vu jusqu'alors...

C'est une ville bigarrée, bariolée, colorée dont les vieilles bâtisses coloniales et les sinueuses rues en pentes suintent la vie et le peuple. La ville est composée de nbeux "cerros" ou collines disposées en amphithéatre qui descendent vers la basse ville, plus commerçante, puis le port et la mer...

La ville basse grouille de monde; je m'y fais happé par des vendeurs à la sauvette, hâbleurs et plutôt sympathiques, je manque de m'étrangler avec ces toiles d'araignées de fils électriques qui s'étalent a tous les coins de rue et je m' ébaudis a chaque instant en découvrant les milliers (voire millions) de tags rebelles qui parsèment les murs.


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Dans les hauteurs, tout semble d'une autre époque, notamment les "acensores", datant de plus d´un siècle, sorte de funiculaires brinquebalants qui s´apparentent à des remontées mécaniques (sur lesquelles on aurait bien évidemment mépriser tte norme de sécurité), facilitant l'accès au sommet des cerros; pr redescendre, on préférera les escaliers qui, s'alternant avec des toboggans et des passerelles de bois, se fraye un chemin entre les charmantes maisons. Peu de voiture et bcp de silence sur ces hauteurs, rien à voir avec la fourmilière d'en bas...

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Une fois au sommet du Cerro Alegre (un des plus beaux avec le Cerro Concepcion), laissant la mer ds mon dos, je jette un oeil aux autres collines: des centaines de maisons aux couleurs vives semblent avoir été jetées sur les cerros avoisinants: de la paillote, au palais, en passant par toute une palette de bicoques sur pilotis ou de bâtiments massifs, tte cette faune architecturale coexiste á merveille sur les pentes escarpées de la ville...

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Je me retourne vers la mer: la vue sur la baie de Valpo est belle, elle a du être superbe autrefois, le port et ses grues gâchant un peu le panorama actuel: le Pacifique s´étend a perte de vue...

C´est, je crois, ce genre d´endroit qui alimente ma soif de voyage: je prends plaisir a me perdre ds les rues de la ville mais aussi bcp á m´évader ds son histoire et ses légendes: je fantasme sur cette ancienne cité
pirate, rêve de de son passé glamour et me délecte de son présent torturé...

Le jour baisse...Il me faudra revenir au plus vite pr continuer mon exploration...
Mais enfin, je pense "Viva Chile"...

 

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Vendredi 28 septembre 2007 5 28 /09 /Sep /2007 10:03
- Par Anthony - Publié dans : Société

Beached! 

Unusual is the least I can say about my day at the beach.  

I drove into Camps Bay chewing on a delicious aubergine and salami pizza. Springtime was barely settling in but the sun was already cooking my forearms and capetonian girls had unveiled their smooth, ever sun-tanned thighs.

I parked right next to the police station and strolled across the sand looking for a nice, quiet spot. I recognized Charlie from a distance; his colourful tattoos had become familiar throughout the road trip we had together. He was filling up sheets of paper with what he said was his "coming-out" story for a gay-interest magazine back in Wisconsin. So we sat there and read our respective novels while African drums roared in the background. Sun was shining, Sea was quiet as a stone and children were playing random games all over. Graceful girls and pumped-up surfers were fooling around in what was ostensibly a "high-end" coastal suburb of the Cape. It was, at first sight, an ordinary day at the beach; until an atypical buzz hauled me out of my World War One narrative.

I looked around and noticed that people were either sitting straight or standing up, some were taking their cameras out hurryingly… Faces were gazing at the ocean with astounded expressions. I couldn't figure out what all the fuss was about until I heard an unequalled breathing noise which sounded like it came straight out of Godzilla's guts. In turn I looked towards the water and saw three or four absolutely gigantic creatures swimming and making low-pitched, breathy noises less than 50 meters away from the sand on which I stood open-mouthed. Camps Bay was minutes away from Town and its tall buildings; in other words nobody expected a whale, much less 4 of them to show up here. People usually did a three-hour drive to Hermanus in order to see whales with binoculars. I could barely believe it but there they were, slowly pulling their magnificent tales in and out of the water as a sinking aeroplane would. One could have swum to them. Chilling out in warm water maybe; or resting after a long journey? Nobody could tell why they did us such honour... They seemed like animated marine volcanoes pumping CO2 out of that famous hole situated on the roof of their massive bodies, and so close to the shore I wondered whether they had come merely to scratch their tummies. Who knows, they might have come only to see the overwhelmed faces of us tiny humans. I stood there in hypnosis, remembering an old quote: To what do I owe the extreme pleasure of this surprising visit??

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Jeudi 27 septembre 2007 4 27 /09 /Sep /2007 12:51
- Par Anthony - Publié dans : Société
Khayelitsha 19 Sept. : "Test day" pour mes élèves. La dernière question consistait en une courte rédaction où il leur était demandé de raconter une histoire joyeuse. Ci-dessous la copie d'un des élèves:


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Lien pour écouter le poème de Johnson Mwakazi "Underneath the Veil"


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Mercredi 26 septembre 2007 3 26 /09 /Sep /2007 20:10
- Par Dubitatif - Publié dans : Psyché
Un chant  icaro pour accompagner la communion avec la jungle et l'humanité toute entière...Haïdadaï dadaï daïdé

 

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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /Sep /2007 10:52
- Par Anthony - Publié dans : Vagabond

WOZA 1 – Overview

 

Je commence par les contraintes: il n'y en a pas. Le délire ici n'est pas compliqué;

Comme tout voyage une énergie initiale vient de l'émerveillement ressenti devant des cultures et lieux très nouveaux. Dès mon arrivée j'ai absorbé Long Walk to Freedom, le pavé de Mandela, m'enrichissant d'une perspective historique. Puis j'ai escaladé quelques montagnes pour prendre du recul, plongé parmi des requins blancs pour avoir peur et entamé l'apprentissage de l'isiXhosa, dialecte d'un groupe ethnique majeur, pour connaître les gens. Habitant dans une ville qui reflète mal les réalités africaines, je me suis dirigé vers Khayelitsha, un township géant où 1.5 millions de Capetonians, Xhosa et Zulu pour la plupart sans oublier les arrivées quotidiennes de millionnaires Zimbabwéens, sont éclairés la nuit par des projecteurs de stade de foot. Inutiles de décrire les conditions de vie, cependant il est bon de savoir que les gens sont souriants et qu'ils apprécient toute communication sincère et dénuée d'appréhension. Par "dénué d'appréhension" j'insinue qu'il vaut mieux oublier les sanglantes histoires qui circulent; ça ne sert à rien de serrer des mains si on les soupçonne meurtrières.

Je vais à Khayelitsha tous les mercredis en tant que "prof" bénévole de maths et de lecture en anglais, nouvelle langue officielle depuis la chute du régime Afrikaner. L'établissement ressemble plus à une étable qu'à une école mais les enfants sont réceptifs et bien plus mûrs qu'un collégien moyen dans un pays développé. Ici, un galopin d'à peine 12 ans aura une connaissance approfondie des différentes drogues disponibles, et sera régulièrement confronté à des incidents tels que meurtres, viols et autres violences. Les regards sont jeunes et vifs mais cachent mal la réalité d'un pays récemment violenté par la dictature du Boer (prononcer "Bourre"). Depuis 1994 et sa transformation en démocratie, l'Afrique du Sud est en ébullition et l'on peut jusqu'à ce jour observer les cicatrices et plaies béantes de l'ancienne déroute.

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En appliquant la méthode Thérèse je me suis épargné toute perte de temps inutile à la fac. C'est ainsi que j'ai pu explorer les nuits de Cape Town en profondeur et rencontrer ceux qui allaient devenir de bons amis. Ayant quitté mon logement initial suite à une bataille judiciaire avec les proprios rosbifs, j'ai emménagé dans une grande maison où vivent 12 sud-africains des trois principales – pardonnez l'expression – "catégories" (Whites, Blacks & Coloureds) et je partage avec eux le quotidien du jeune sud-africain au revenu moyen. Pour un visiteur européen, la vie ici est bon marché, comme le montre le panier de produits et services ci-dessous :

 

1 verre de Jack Daniel's : 1.3 €

1 bière locale ou Namibienne : 0.8 €

1 sachet rempli de ganja : 5 €

1 litre d'essence : 0.68 €

1 succulent prego steak roll chez le portugais du coin : 2.5 €

1 préservatif : 0 €

1 tente pour 4 personnes : 30 €

1 nuit dans un backpackers : 8 € (camping : 4 €)

1 diner asiatique "high-end" avec massage en même temps : 10 €

1 bouteille de vin rouge Pinotage (cépage local) à faire rosir de bonheur un bordelais : 3 €

 

Tout nostalgique et triste d'avoir provisoirement abandonné mes velléités artistiques, quelle n'était ma surprise en découvrant la communauté compacte mais extrêmement douée du Jazz au Cap. Les nuits passent vite au fameux Armchair Theatre où, tous les mercredi soir, viennent s'exprimer des créatures enivrées et virtuoses. Shannon Mowday au saxe baryton, Kesivan Naidoo qui répond au nom de Blakey, the Restless Natives enchaînent des performances où les mélodies outrageusement rythmées l'emportent sur la pesanteur. Légère déception toutefois au niveau des boîtes où à maintes reprises j'ai hurlé le nom de Ricardo Villalobos dans des oreilles de DJ qui ne réagissaient que par un regard confus. Ça ne m'a pas empêché de me trémousser sur l'afro-beat et autre hip-hop souverains. Comme je l'ai évoqué plus haut, tout est moins cher ici, par conséquent les nuits gagnent vite en intensité.

 

WOZA 2 - Drive

 

Démarrant ainsi au quart de tour, j'ai éventuellement atteint une sorte de fatigue, allant jusqu'à me demander si l'énergie était sur le point de retomber, si le passé allait recommencer à exister. Ce fut le cas pendant un certain temps, jusqu'à l'arrivée du tant attendu "spring break". Après mon dernier cours, je m'arrêtai à Canal Walk, le plus grand shopping mall d'Afrique sub-saharienne (!), pour en ressortir avec une carte d'Afrique du Sud, un sac de couchage, l'indispensable Lonely Planet, une "hurricane lamp" que j'ai fracassée aussitôt, ainsi qu'un Atlas routier. Quelques heures plus tard je me retrouvai dans une station-service de ma compagnie préférée, avec Peder (Norvège), Nadine (Allemagne), Charlie (USA) et Bettina (Ecuador). Le temps de faire le plein d'huile, d'essence et de vérifier la pression des cinq pneus de Heidi (Heidi "you're fat and you're old but baby boring you ain't" est le prénom de ma Mercedes rouge), nous avons quitté Cape Town en prenant la N2 plein Est.

Confortablement installé sur la fourrure qui recouvre les sièges en cuir (et qui dissimule divers petits sachets), équipé d'une sélection de disques parmi lesquels Fela Kuti, Rabih Abou-Khalil (que je n'ai sorti qu'au retour) et Winds of Change (une compilation de musique sud-africaine), je fis pression sur la pédale d'accélérateur et du haut de ses six cylindres, la Benz sensuelle nous propulsa hors de la capitale législative, fixant l'horizon à travers l'étoile fière et droite de la marque allemande. Nous étions en pleine heure de pointe, le périple commença donc par un embouteillage. On traversa lentement les banlieues tantôt richissimes, tantôt miséreuses du Cap. Deux mondes: A Rondebosch de belles maisons flanquées de l'indispensable "Guarded by Armed Response" et entourées de barbelés sous tension; et aux abords de Khayelitsha, un concentré de tôle dont s'extirpaient ça et là quelques adolescents pour faire leurs besoins aux abords de l'autoroute.

Il fallu ensuite escalader l'incontournable chaîne montagneuse qui entoure le Cap. Le passage fut baptisé Overberg par les Afrikaners, terme qui signifie "par-delà la montagne" (je crois) car effectivement, aussitôt la pente inversée, le paysage se métamorphose. L'autoroute spacieuse et sinueuse entourée d'un climat urbain laisse place à une route étroite et rectiligne bordée de babouins, rivières et champs de fleurs (c'est la saison). Notre première destination était Cape Agulhas, la "pointe" de l'Afrique (qui n'est pas Cape Point contrairement à la rumeur). J'accélérai et quelques premiers insectes vinrent s'écraser sur le pare-brise.

 

 

WOZA 3 – Garden route

 

Pour les amoureux de Google Earth, voici la liste de nos arrêts : Cape Town, Napier, George, Wilderness, Jeffrey's Bay, Port Elizabeth, Addo Elephant Park, Graham's Town, Chintsa, Coffee Bay, Bulungula. Retour: Bulungula - Mthatha – Ngcobo – Queenstown – Cape Town. Au total environ 3000Km parcouru en 9 jours. Le retour fut effectué en un seul coup (de Bulungula à Cape Town en passant cette fois-ci par l'intérieur des terres) soit 1300km parcourus en 17h dont 3h en 1ère vitesse sur des routes qui n'en sont pas.

 

Le but étant d'atteindre Bulungula, nous fûmes obligés de traverser de belles régions sans nous arrêter, et ce souvent dans le noir. Ainsi nous avons indifféremment passé Oudtshoorn, la reserve naturelle de Tsitsikamma, Mossel bay où se trouve le plus haut bungee jump du monde, Oyster Bay (où je suppose qu'il y a beaucoup d'huîtres) et des lieux plus touristiques comme Knysna et Plettenberg Bay, convaincus que quelque chose de peu commun nous attendait sur la côte sauvage. Celle-ci se trouve près de Mthatha qui est tout de même à 1400Km donc il n'y avait pas de temps à perdre. Généralement quand les jeunes du Cap font un road-trip vers la côte est, ils se limitent à la "Garden Route" qui en théorie se termine à Port Elizabeth. Rares sont ceux qui atteignent la lointaine côte sauvage et la plupart n'y songent même pas car le Transkei est réputé comme étant particulièrement dangereux, sans oublier l'état déplorable des routes.

 

George fut la première étape de nuit, c'est là-bas que (#%@ et -))!%$, deux norvégiens qui avaient décidé de nous suivre au dernier moment, durent jeter l'éponge. Leur vieille mercedes avait prématurément rendu l'âme (contrairement à la mienne qui se porte comme une fleur) et on était entré dans George en la poussant. S'ensuivit une nuit de festivités et d'organisation et au réveil nous reprîmes la route pour Wilderness, une région qui comme son nom l'indique, est quasi-sauvage, quoique moins que ce qui nous attendait plus loin. A bord de canoës de location nous nous sommes enfoncés dans une forêt un peu trop silencieuse. Comme on nous l'avait indiqué, il fallait laisser les embarcations sur une plage de sable et marcher dans la même direction pendant une heure, une idée dont nous saisîmes le bienfondé lorsque tout d'un coup surgit une chute d'eau en plein nulle part. Sans prévenir, Peder (prononcer Pèdre et non Pédé) rassembla son courage et fit le grand saut en premier, je suivi. Les autres attendaient au pied de la rivière verticale, étendus sur d'énormes rochers polis par l'eau douce. Après quelques minutes de repos le soleil fut vite assez bas et nous retraversâmes la forêt en vitesse, se prenant à l'occasion une branche ou liane dans le front. On courait tous car même si Charlie était le seul à avoir vu les babouins dentus, tout le monde les avait entendu grogner.

 

Jeffrey's Bay (ou Jay Bay) est une immense plage de sable ultra fin. C'est aussi un haut-lieu du surf sud-africain. On y a bronzé, joué au football sur la plage (si si… j'ai même marqué un but!), bouffé un mexicain dégueu avant de repartir car pas assez de vent pour surfer.

 

Port Elizabeth est une ville de merde.

 

Addo

A l'intérieur de Addo Elephant Park les règles sont simples: 1 il ne faut pas sortir du véhicule, 2 il ne faut pas avoir de citrons ou d'oranges sur soi car les éléphants en raffolent. Apparemment ils n'hésiteraient pas à poursuivre indéfiniment une voiture contenant des oranges, bien entendu en écrasant tout sur leur chemin. Nadine a donc dû se séparer du gros citron qu'elle trainait partout et auquel, pour une raison que j'ignore, elle attachait beaucoup d'importance. Le reste de la journée nous étions tous les cinq entassés dans Heidi qui se promenait paisiblement parmi éléphants, zèbres, autruches, kudus, singes, serpents, warhogs, buffles etc. Aucun signe de la part des lions et autres prédateurs malgré maintes pancartes de mise en garde mentionnant explicitement le roi de la jungle.

 

Graham's Town est une ville sympa.

 

WOZA 4 – Wild Coast

 

Chintsa n'est pas vraiment un village, plutôt un lieu-dit qui marque le début de la côte sauvage. C'est là que je donnai à Heidi un avant-goût de la violence qui l'attendait: les routes commençaient déjà à se gater. Buccaneers, le backpackers du coin, est selon le guide coast2coast le meilleur backpacker d'Afrique. Arrivés vers minuit après s'être paumés mille fois et manquant de tomber en panne sèche, on s'est contenté de fumer quelques doobies en compagnie d'un écossais incroyable qui est sorti de nulle part avec des pizzas; Un quasi miracle car dans les backpackers, si tu arrives après l'heure du dîner c'est tant pis pour ta gueule… surtout dans un coin perdu comme Chintsa où l'unique alternative serait de pêcher. Réveil hébété en découvrant les environs. Nous sommes sur une pente, le BP est une série de cabanes en bois masquées par les arbres. En contrebas j'aperçois une étendue d'eau plate que je crois d'abord être l'océan (indien depuis Agulhas), avant de comprendre en regardant plus loin qu'une gigantesque plage renferme ce qui semble être un immense lagon. Le vent souffle et de l'autre côté de la plage les vagues se lèvent l'une après l'autre sur plusieurs centaines de mètres au large. J'aperçois une tâche noire au loin, c'est une baleine échouée. Les habitués du coin nous mirent en garde contre la puissance du vent mais la décision était prise: "Let's go surfin'!". Toutes les chansons des Beach Boys refirent surface dans mon esprit tandis que nous longions le lagon sur un chemin étroit, armés de longues planches qui ne cessaient de pivoter obstinément sous l'effet du vent. La jeune baleine s'était manifestement aventurée trop loin durant la marée haute. Après s'être recueilli auprès de cette grande et magnifique créature on s'est avancé, pieds dans l'eau, en direction des vagues quelque peu menaçantes... Au moins la température était correcte comparée à celle, glaciale, de l'Atlantique. Néanmoins j'appréhendais sensiblement le fait de n'avoir reçu aucune instruction sur l'art de surfer. Je savais juste qu'il fallait se coucher à plat ventre, nager vigoureusement vers une vague de taille correcte (elles se succédaient rapidement), puis, une fois la vague élue, faire demi-tour, nager en sens inverse, se laisser emporter ou pas, le cas échéant se tenir debout sur la planche et enfin savourer un moment éphémère de toute-puissance. Au début la moindre vague me jetait à l'eau, puis je parvins à nager une cinquantaine de mètres vers le large, là où elles devenaient substantielles, et je réussi quelques glissades, bien que toujours couché, et curieux de savoir où se trouvait le requin le plus proche… Après plusieurs tentatives je décidai de souffler quelques secondes. Toujours dans l'eau, j'abandonnai la planche un instant le temps de me frotter les yeux et faire une blague con, mais l'engin diabolique profita de ce moment pour se glisser entre l'horizon et moi. La première vague vint gifler l'instrument qui à son tour me frappa violemment à la mâchoire. Manquant de perdre connaissance j'expectorai la phrase très motion-picturesque "Holy shit man! I'm hit!!". Je sorti de l'eau tel une james bond girl en déversant ma toxique hémoglobine.

 

De retour sur la route je laissai pour la première fois quelqu'un d'autre conduire Heidi. Charlie fut l'heureux élu. Nadine, qui n'avait aucune expérience de conduite à gauche, faisait la gueule à l'avant. Quant à moi, toujours un peu sonné par l'anesthésie et les antibiotiques, j'étais très confortablement allongé sur la banquette arrière. La plaie mesurait environ 3 centimètres de long, profonde jusqu'à l'os. Il avait fallu trois points de sutures et une agrafe chirurgicale pour la refermer. Négligeant les painkillers prescrits par le médecin j'optai pour des substances alternatives et me laissai émerveiller par la beauté du décor. Nous avions atteint le Transkei (prononcer transe caille), un ancien homeland Africain dont est originaire le vieux Nelson, et nous dirigions vers Coffee Bay: avant-dernière étape du voyage. Les villages qui défilaient étaient désormais dépourvus de blancs, car historiquement les "homelands" ou "Bantustans" (Bantu = Peuple en isiXhosa) furent généreusement "concédés" par les Boers aux Africains avec à la clef une autonomie factice basée sur l'éternel stratagème du "divide & conquer". Des villages de tailles moyennes, frappés d'une pauvreté flagrante, furent bientôt remplacés par d'autres, plus petits, moins misérables, et composés de huttes, ou logements traditionnels africains, de forme circulaire, recouverts de toits coniques en paille, et parfois agrémentés d'une minuscule fenêtre. Les routes, jusque là toujours goudronnées, commençaient à sérieusement se gâter. A l'occasion je jetai de subtils coups d'œil à l'indicateur de température moteur qui, sans vouloir me vanter, était deux fois plus élevée que lorsque j'étais au volant! Mais je faisais confiance à Charlie qui se débrouillait plutôt bien pour un américain. Jusqu'au moment où, quittant la route des yeux pour essayer de comprendre comment fonctionnaient les phares, il se laissa dériver et heurta un "pothole" ou "énorme trou"; hantise de toute voiture digne de ce nom… à 100km/h ça fait très mal. Le bruit fut abominable, Heidi fut prise de panique et j'émergeai, affolé, de mon univers enfumé. Jetant un œil par la fenêtre je découvris avec effarement le couvercle de jante (ou enjoliveur) qui roula quelques secondes aux côtés de la voiture avant de s'engloutir dans un champ de blé. Je tiens à préciser que les enjoliveurs de Heidi sont vraiment enjolivants car peints en rouge orangé comme le reste de la voiture… pas question qu'il en manque un donc. Ce serait un signe de vieillesse par trop cruel.

"Stop the goddamn car!" je bondis à l'extérieur et amorçai un sprint dans la direction opposée. Quelques vieux considérèrent avec surprise l'homme blanc qui courrait bruyamment en gesticulant, l'air alarmé et un peu ridicule. Je saluai poliment. Au loin j'aperçus deux jeunes filles du village qui elles aussi courraient vers moi, pieds nus et munies… de l'enjoliveur! Je les saluai et les remerciai dans leur propre langue, geste qu'elles accueillirent avec le sourire avant d'articuler l'inévitable "Money!". J'acquiesçai et elles me suivirent jusqu'à la voiture où j'invitai Charlie à récompenser copieusement ces jeunes demoiselles pour leur effort, puis de prendre ma place sur la banquette arrière.

 

WOZA 5 - Bulungula

 

Rincés par plusieurs heures de dirt roads accidentées nous arrivâmes à Bumvu, Coffee Bay, juste à temps pour dîner. La soirée fut animée, avec spectacle de danse traditionnelle donné torse nu par les adolescentes du village. Je les retrouvai après leur performance et elles acceptèrent de chanter Nkosi Sikelel' iAfrika (God Bless Africa). J'appris plus tard que chanter était le principal gagne-pain des jeunes. Qu'importe, l'hymne nationale sud-africain m'émeut jusqu'aux larmes, c'est un chant africain composé de quatre parties en quatre langues différentes (Xhosa, Zulu, Afrikaans et Anglais). Après les dernières polyphonies j'offris aux filles un sourire béat accompagné d'un gros billet. Je conserve précieusement une vidéo de ce moment. S'ensuivit une session de percussions arrosée et enfin une soirée de jeux stupides mais drôles autour d'un feu. Une heure après s'être couchés nous fûmes réveillés par un énorme coq qui cocoricait juste à l'entrée des dorms. Maudite soit sa mémoire. Le lendemain fut une journée de repos, nous étions épuisés. Quelques ultimes préparatifs et consultations approfondies de plans imprimés sur internet et nous étions repartis, cette fois-ci en direction de Bulungula dont certains disaient que c'était le plus bel endroit de l'Afrique entière! (affirmation un peu simpliste mais c'est pour vous donner une idée…)

L'Atlas routier qui jusque-là était notre seul guide n'avait plus aucune utilité car les chemins que nous empruntions n'étaient pas listés. La route fut un cauchemar pour Heidi, mais un régal pour nos yeux. Parsemée de gros cailloux et de passages à première vue impossibles, elle était néanmoins bordée d'un décor époustouflant composé d'animaux, d'enfants qui criaient "Sweets! Sweets!", d'ici et là quelques maisons rondes auprès desquelles ronflaient d'éventuelles grand-mères en habit traditionnel et bien sûr les champs à perte de vue. Collines dorées et vallées profondes rendues spectaculaires par le soleil orange d'un soir d'hiver. Après plus d'une heure nous atteignîmes l'épicerie Embekweni, lieu de pèlerinage pour les habitants des villages environnants. Je fis de mon mieux pour demander poliment à une vieille dame le chemin vers Zizamele, une autre épicerie quelque 20km plus loin. Un gros 4x4 nous y attendait et nous patientâmes une demi-heure de plus le temps qu'arrivent une poignée d'étasuniens accompagnés d'Elisabeth, une française sympathique du Touquet qui n'est pas passée inaperçue. Je m'explique. Nous étions dans un 4x4 qui rebondissait dans un coin de l'Afrique dont très peu de cartes mentionnaient l'existence, et parler français avec une jeune femme pour le moins sympathique réveilla en moi des émotions déjà vieilles ainsi qu'une familiarité nostalgique. En général mes amis préféraient mettre en avant mon Libanisme, exotique et rare dans ce pays, mais face à Elisabeth je pus mesurer l'ampleur de mon attachement à la France. La nuit tomba durant le trajet et très vite nous n'arrivions à voir qu'un petit morceau du chemin flippant sur lequel évoluait l'engin avec peine. Sur place quelques amis du Cap nous attendaient autour du feu et je constatai avec intérêt qu'on entendait à la fois un bruit de rivière, et le souffle de l'océan. Dave, qui est à l'origine de ce projet, nous fit faire un tour des lieux.

 

Bulungula Lodge est composé d'une petite bâtisse centrale qui abrite un lounge, le bar et la cuisine. Ce lieu de rassemblement est entouré d'une dizaine de huttes: une pour les douches, une pour les toilettes et le reste sert de dortoirs. Bien entendu il n'y a pas d'électricité. Energies solaire et éolienne alimentent une poignée d'ampoules, un frigo rempli de bière, des enceintes branchées à un lecteur MP3 et l'unique prise électrique qu'utilisent ceux qui ont besoin de recharger quelque chose. Découverte du jour: Les "rocket showers". Pour se laver la procédure est la suivante:

 

1 Remplir une petite fiole de paraffine (ou kérosène)

2 Vider le liquide à la base du gros tube métallique qui monte jusqu'au plafond et duquel pend la douche

3 Allumer le carburant en utilisant un des briquets qui pendouillent du plafond

4 L'eau coule, chauffée en temps réel par le feu

 

En fait le tube prend feu une fois sur deux et si par mégarde on oublie d'essuyer le sol et les murs en cas d'éclaboussures de kérosène, en quelques secondes le feu gagne l'extérieur du cylindre puis le mur le plus proche. Patience, il suffit de terminer sa douche bien au chaud et le feu finit par s'éteindre. It's a way of life!

 

Après un délicieux diner Xhosa préparé par des villageoises auxquelles s'agrippaient des bébés, on gagna nos dorms qui étaient tous décorés de fresques africaines réalisées par les gens du village, ainsi que quelques peintures psychédéliques faites par une artiste londonienne. Une fois de plus on avait déboulé dans un backpacker durant la nuit, impatients donc de découvrir les lieux au réveil. A force d'imaginer à quoi cela pouvait ressembler je sombrai vite dans un sommeil des plus profonds.

 

Le lendemain matin je sorti de ma hutte en hâte et me précipitai vers le haut de la colline derrière laquelle semblait se cacher l'océan. Je lâchai des good mornings à la va vite en traversant le lounge et trois secondes plus tard le spectacle tant espéré s'offrit à moi. Je fus enveloppé d'une mystique naturelle et à mon tour j'offris ma personne et mon amour à ce paradis terrestre.

 

Nkosi Sikelel' iAfrika.



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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /Sep /2007 11:48
- Par Sylvain - Publié dans : Société

La coupe du monde de rugby me les brise menues….Vous pensez que c’est excessif, moi aussi mais comment réagir face à l’excès ??? par l’excès bien sur, transformé bien évidemment, j’ai honte….mais ceux-là qui savent sauront me pardonner.

Le rugby new look s’offre une consécration, que dis-je, un triomphe, les spots du XV de France ressemblent à des pubs Dolce & Gabbana et Rafael Ibanez, notre valeureux capitaine écarté après sa 1ere rencontre calamiteuse, est un playboy depuis hier , incrédible !!! Mais c’est pas de sa faute à notre pote Rafa, on l’aime bien quand même, et à la vue de son attitude dans ce fameux spot Nike, où, sur fonds d’images subliminales des footeux victorieux de 98, on l’aperçoit, déterminé comme jamais à rentrer dans son maillot XS, on se dit qu’il a tout de la victime de base et rien du guerrier émérite. Car le rugby est en train d’être récupéré par la pub et le show biz, processus déjà amorcé par notre ami Max Guazzini, proprio du Stade Français et fondateur de la radio aux jingles tellement longs qu’à un moment tu te demandes si c’est le nouveau single de Mat Pokora, et comme la chanteuse de jingle chante juste, et ben là tu te dis que le nouveau single de Mat Po c’est pour dans 30 secondes, donc tu zappes vite. Bref revenons à notre ami Max, qui a décidé tout seul de pipoliser le Stade Français, de le rendre frais, et surtout de monter une équipe digne de ce nom dans la capitale. Pour l’instant il s’en sort bien le garçon, passionné de rugby qu’il est, et le Stade trône parmi les têtes d’affiche de notre championnat national (Top 14), avec 5 titres de champion et 2 finales de coupe d’Europe depuis son arrivée au club. Mais le plus spectaculaire est la manière dont Max a travaillé l’image de son club, et comment cette communication précise et efficace est en train de se répandre.

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Aujourd’hui les joueurs du Stade Français portent des maillots rose bonbon, se rasent le torse et posent nus dans leurs célèbres calendriers. Nike a développé des maillots près du corps pour rendre le jeu plus esthétique, mais officiellement pour éviter que l’on puisse s’agripper aux maillots trop larges portés dans le temps. Les mi-temps sont rythmées par des pom-pom girls et tout le monde s’en délecte. « Le rugby se modernise, il est temps d’entrer dans l’ère du vrai professionnalisme » entend-on par-ci par-là.

 

La Coupe du Monde actuelle est très révélatrice de ce phénomène, mais plus qu’elle c’est surtout l’accueil que le grand public lui réserve, qui démontre à quelle point ces stratégies de communication sont efficaces. Vous savez le grand public, qui s’émoustille dès qu’on lui dit de le faire, celui qui râle parce qu’il ne pourra pas voir les Enfants de la Télé samedi prochain à cause de cette connerie de rugby dans l’année, mais qui est le premier à émettre un avis sur les choix tactiques du sélectionneur une fois la compétition commencée. Le même mec qui se plaignait de ne pouvoir avoir sa dose de JPP, non pas le vrai JPP, qui lui a fait lever des stades entiers d’une reprise de volée en pleine lucarne, mais l’autre, l’ami de la France, du terroir et des « petits villages qui conservent une tradition millénaire en continuant à fabriquer des sabots à la main », et qui n’a pu faire lever personne, et surtout pas le niveau. Ce même mec donc, qui, dévasté par le match de Champion’s League du mercredi qui le prive de son Combien Ca Coute tant aimé, où il peut épancher sa haine du gaspillage public et des impôts en trouvant des mines compatissantes en face de lui, était le premier à émettre un avis nauséabond sur la sois disante incompétence d’Aymé Jacquet en 1998, et ben ce mec là, il mange à côté de moi tous les midis, et il a ramené tous ses potes en plus.
Dans le restaurant d’entreprise tous les styles sont mélangés, du stagiaire en banque lisant L’Equipe au groupe de comptables plus proches de Caméra Café que de La Firme, en passant par les grappes de demoiselles du marketing, serrées dans leurs jeans slims mais à l’aise dans leurs ballerines. Et tous parlent rugby, comme s’ils étaient tous nés entre Agen, Pau et Dax. J’ai été d’ailleurs témoin d’une conversation ahurissante, à la table qui me faisait face, où une ménagère de moins de 50 ans parlait du match contre l’Argentine, du fait que Michalak devrait jouer et que Bernard Laporte ne savait pas ce qu’il faisait en le laissant sur le banc de touche ; après avoir émis cette opinion, la brave demoiselle, comme une fleur, fanée ceci dit, s’exclama « au fait le rugby ça se joue à combien ? ». Je failli m’étouffer avec mon steak tant le ridicule de la situation me compressa l’œsophage et me donna envie de pleurer. Voilà ce que fait le grand public d’une compétition qu’on lui donne en pâture, comme il l’avait fait avec la Coupe du Monde de foot en 98. Le propos n’est pas ici de dénigrer la ferveur populaire, bien au contraire, tant elle est nécessaire et indispensable à la réalisation d’exploits sportifs. La France n’aurait jamais été championne du monde en 98 sans ces masses de supporters qui accompagnait tous leurs déplacements en bus à travers le pays. Mais elle n’aurait jamais non plus été championne du monde sans une force incroyable à l’intérieur du groupe, qui lui a permis d’éluder les critiques et les attaques pour se concentrer sur son jeu et sur la victoire. Voilà ce qui manque au XV de France pour l’instant, et la défaite inaugurale face à l’Argentine l’a bien montré. Voilà 15 mecs porteurs de l’espoir de tout un pays, de toute une masse de sponsors, que l’on oblige à devenir champions du monde car tels est leur destin. Les rugbymen français n’ont pas l’expérience et le vécu de leurs homologues du ballon rond, ils jouent dans le championnat de France pour la plupart, et le niveau de développement du rugby professionnel n’est pas à même de leur fournir régulièrement des contextes sportifs aussi forts que celui ressenti lors du match d’ouverture au Stade de France. Si on rajoute à ça la crétinerie d’un Bernard Laporte parti leur lire la lettre de Guy Mocquet dans les vestiaires avant de rentrer sur la pelouse, on comprend très vite la raison de l’apathie constatée sur le rectangle vert.

 

L’Equipe de France victime de l’organisation médiatico-publicitaire de sa propore Coupe du Monde? On n’est pas loin de la vérité, mais la réponse à cette question sera forcément liée aux résultats futurs du XV de France, qui peut tout à fait développer une force collective susceptible de lui permettre de se qualifier, de battre les Blacks puis d’aller chercher la victoire tant espérée. Et l’ironie dans tout ça, c’est qu’en cas de victoire des Bleus, ce sont les sponsors qui vont se frotter les mains….Realize !!!!

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Jeudi 13 septembre 2007 4 13 /09 /Sep /2007 07:09
- Par Gabo - Publié dans : Société
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Me baladant au gré des stations de métro, je suis tombé par hasard (car ici je fais tout au hasard) sur ce parc de petits vieux près de l’arrêt Jongnosam-ga. Je n’avais jamais vu une telle concentration d’octogénaires. Ils sont des centaines : assis ou allongés sur le sol, des journaux en guise de paillasse ; seuls ou en groupe, sobres bien que très souvent ivres, jouant à une sorte d'échecs coréens, scrutant les passants, attendant que le temps passe ou qu’ils y passent… Certains sont en piteux état, les vêtements déchirés, vautrés à même le sol ils n’ont plus la force de se relever. Ce sont, pour la grande majorité, des vieillards retraités.

Kwang a 78 ans, il a passé toute sa vie à Séoul où il dirigeait un « business » qu’il a délaissé il y a une dizaine d’années. Son anglais est très correct pour quelqu’un qui n’a jamais voyagé. Ses yeux rêvent de voir l’Europe, la France, la Scandinavie, l’Italie, le Danemark. Malgré son sourire qui révèle ses trois dernières dents, Kwang est amer : « old people in Korea are very poor », les jeunes ne s’occupent plus des vieux ici et c’est pourquoi ils se retrouvent tous chaque jour dans ce parc.
 
On me hèle un peu plus loin. Ils sont une dizaine, assis en cercle à boire du Soju (l’alcool local), de la bière et du café. On m’offre un premier verre que je porte tranquillement à mes lèvres. Mais déjà on s’excite autour de moi et je comprends qu’il ne s’agit pas de déguster, je suis un homme et un homme ça boit cul sec. Je vide mon verre d’un trait, on me le rempli illico. J’ai beau protester poliment, sortir un billet pour payer une tournée ou essayer de rendre mon gobelet, rien à faire, je suis invité et pas question de me défiler ! Je trinque, et je trinque… Ils rigolent, applaudissent, m’entraînent par la main et me proposent pêle-mêle piments, cigarettes, insectes séchés, et autres friandises. Je suis un peu perdu, je n’y comprends pas grand-chose, mais j’esquisse tant bien que mal des grands sourires, j’hoche de la tête et je lâche dans le vent quelques mots d’anglais. Lorsqu’un jeune intrigué tente de s’approcher, le petit vieux à l’œil de verre, qui a déjà bien enquillé, se met dans une telle colère que le galopin a vite fait de déguerpir.

Je jette un coup d’œil furtif à ma montre, il n’est que 16h30 et je suis déjà bien amoché. Il faut que je me sorte de ce guet-apens : je m’incline profondément devant chacun de mes hôtes et je lance des « bye bye » à tour de bras ! Je les quitte en titubant, eux ils se retrouveront demain, même heure le gobelet à la main. Un peu plus loin, j’aperçois une ambulance et des médecins qui s’activent autour d’un brancard. Un petit vieux est parti.
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